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14/07/2011 |
| Israël – Palestine |
| Petit résumé des faits … |

Sommaire
1.3 Israël, Etat démocratique ? 10
2. Histoire de la Palestine 20
2.1 Périodes perse, hellénistique et romaine 20
3. La Palestine de nos jours 45
3.6 Les ressources naturelles 54
3.7 La « justice » militaire et les prisonniers 56
4.1 L’Ancien Testament (Bible Hébraïque) 78
Un projet colonial
1.1 Le sionisme
Théodor Herzl

Le sionisme est une idéologie politique nationaliste prônant l’existence d’un centre spirituel, territorial ou étatique peuplé par les Juifs, en général en Palestine ottomane puis mandataire. Sur un plan idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à redonner aux Juifs un statut perdu depuis l’Antiquité, à savoir celui d’un peuple regroupé au sein d’un même État.
Le mouvement sioniste est né à la fin du 19ème siècle, parmi les communautés ashkénazes d’Europe centrale et orientale sous la pression des pogroms, mais aussi en Europe occidentale, à la suite du choc causé par l’affaire Dreyfus, qui compte parmi les motifs du lancement du Congrès sioniste par Theodor Herzl[1]. Bien qu’ayant des caractères spécifiques du fait de la dispersion des Juifs, cette idéologie est contemporaine de l’affirmation d’autres nationalismes en Europe.
Le sionisme doit son nom au mont Sion, colline sur laquelle fut bâtie Jérusalem.
Après leur « expulsion » brutale de Palestine au début de l’ère chrétienne, les Juifs deviennent le prototype d’un peuple en diaspora, privé de base territoriale, de continuité, de contiguïté spatiale. Pour parler de la diaspora (terme grec qui signifie « dispersion »), les sionistes vont utiliser le terme de golah, qui veut dire exil. Pour eux la diaspora ne signifie plus seulement « dispersion », éparpillement, mais perte d’un lieu bien défini.
La tradition biblique désigne sous le nom d’Eretz Israël (Terre d’Israël) la terre promise par Dieu au peuple juif, terre des deux royaumes israélites.
Dans la Bible, « Terre d’Israël » fait référence à plusieurs concepts :
- un terme politique, c’est la terre donnée aux Juifs pour s’y installer ;
- un terme religieux, car renvoyant à une promesse divine ;
- un terme géographique.
La définition géographique donnée par la Bible est par ailleurs floue : dans certains textes bibliques, on parle de la Terre promise comme allant « depuis le fleuve d’Égypte [le Nil] jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate » (soit de l’Égypte à l’actuel Irak), d’autres se limitent à une zone comprise entre la mer et le fleuve Jourdain.
À partir du début du sionisme, le terme va prendre une dimension moins religieuse et plus politique : c’est le territoire ancestral revendiqué pour la recréation de l’État juif.
Par principe, la plupart des tendances politiques du mouvement sioniste considèrent qu’Eretz Israël appartient de droit au peuple juif (pour des raisons au moins historiques, voire pour des raisons religieuses chez les sionistes religieux).
Mais toutes les tendances du mouvement sioniste ne revendiquent pas un État juif sur la totalité de Eretz Israël : certaines sont favorables à un certain degré de partage avec les Palestiniens, d’autres y sont hostiles. L’utilisation des termes Cisjordanie ou Judée-Samarie pour désigner l’ouest du Jourdain n’est pas totalement neutre non plus. Cisjordanie est un terme utilisé par les instances internationales, et Judée-Samarie par la partie israélienne.
À l’intérieur même du sionisme, défendre Israël ou défendre Eretz Israël n’a généralement pas la même signification. Dans le premier cas, on veut défendre le principe d’un État, sans insister sur des frontières particulières. Dans le second, on se réfère au territoire désigné par la Bible, en particulier le Livre de Josué[2], qui s’étend sur les deux rives du Jourdain.
Sous la pression de l’antisémitisme européen et sous l’influence des idéologies nationalistes et d’indépendance nationale, une partie de la population juive européenne (surtout en Europe centrale et orientale, où l’intégration est difficile) transforme à la fin du 19ème siècle ce désir religieux en un projet politique : le sionisme. Les premières organisations (Amants de Sion) apparaissent en 1881. L’Organisation sioniste mondiale est créée en 1897.
En s’appuyant sur les ambitions coloniales britanniques au Moyen-Orient, le mouvement sioniste obtient par la déclaration Balfour (1917), la conférence de San Remo (1920) et le mandat de la Société des Nations (1922) un « Foyer national juif » en Palestine, contre l’avis des Arabes palestiniens qui craignent d’être à terme dépossédés. La Palestine est alors placée sous mandat britannique : on parlera pour cette période de « Palestine mandataire ».
De 1918 à 1948, au cours de l’Alya[3], la population juive en Palestine passe de 83 000 personnes à 650 000. La croissance est due à une forte natalité, mais surtout à une forte immigration due aux troubles politiques de l’Europe de l’entre deux-guerres, ainsi qu’à la montée de l’antisémitisme en Europe centrale et orientale dès les années 1920, lequel antisémitisme culmine dans la Shoah. Pendant cette période, l’Agence juive favorise l’immigration juive par tous les moyens et en 1933, elle n’hésite pas à passer un accord avec les nazis pour acheter l’émigration de Juifs allemands vers la Palestine. Dès la seconde moitié des années 1930, après les restrictions sur les certificats d’immigration délivrés par les Britanniques, elle organise l’immigration clandestine.
Durant la même période, la conscience nationaliste palestinienne se développe et la population arabe de Palestine s’oppose au sionisme, à l’immigration juive et au mandat britannique, parfois dans la violence.
En 1939, après 3 ans de révolte arabe et à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne prend une orientation plus pro-arabe. Dans son livre blanc sur la Palestine, elle annonce la diminution drastique de l’immigration juive et promet la création d’un État arabe indépendant dans les 10 ans. Mais après un conflit violent cette fois contre les Juifs sionistes entre 1944 et 1947, les Britanniques remettent leur Mandat à l’Organisation des Nations unies.
En novembre 1947, l’ONU propose un plan de partage de la Palestine entre un État juif (56 % du territoire) et un État arabe tandis que Jérusalem devient un corpus separatum sous administration internationale. Dès le lendemain, la Guerre de Palestine débute.
L’État d’Israël est proclamé le 14 mai 1948.
Courants politiques du sionisme
Le sionisme rassemble des courants très divers allant de l’extrême droite à l’extrême gauche. Tous ont en commun la volonté de créer un État juif. Mais ils se sont historiquement divisés sur trois questions fondamentales :
1-Les objectifs territoriaux : Le sionisme vise-t-il à établir un État juif :
- n’importe où (sionisme territorialiste),
- sur un territoire quelconque en Palestine (point de vue dominant à gauche et dans une partie de la droite),
- ou sur toute la Palestine biblique (Eretz Israël) (point de vue dominant à droite, à l’extrême droite et chez les sionistes religieux) ?
2-Les objectifs sociaux : la société que doit créer le sionisme doit-elle être marxiste (Poaley Tzion), sociale-démocrate (Mapaï), libérale (Sionistes généraux, Parti révisionniste), voire fasciste (Brit Ha’Birionim) ?
3-La place de la religion : la société que doit créer le sionisme doit-elle être athée (marxiste, cananéens), ouverte sur la religion, mais sans plus (une partie de la gauche et la majorité de la droite) ou religieuse (Sionisme religieux) ?
Il y a eu d’autres divergences (l’usage de la force/violence dans la construction de l’État, par exemple), mais ces trois thématiques expliquent les structurations fondamentales des courants sionistes. À l’époque actuelle, ces différentes thématiques se regroupent en trois grands ensembles au sein de la société israélienne :
- le post-sionisme, qui veut donner une orientation laïque à l’État d’Israël, normaliser les relations avec les Palestiniens et dans lequel certains voient parfois même une forme d’antisionisme ;
- le néo-sionisme, héritier du sionisme révisionniste et du sionisme religieux, qui revendique le caractère purement juif d’Israël, les territoires de l’Israël biblique et le transfert des Palestiniens et des Arabes israéliens vers les autres pays arabes ;
- le sionisme classique qui défend une position située entre les deux précédentes.
Les caractéristiques à la fois du « néo-sionisme » et du « post-sionisme » ne sont pas entièrement étrangères au « sionisme classique » mais elles diffèrent en accentuant des divergences existant déjà au sein du sionisme. Pour Chan & al.[4], « le néo-sionisme accentue les dimensions messianiques et particularistiques du nationalisme sionisme tandis que le post-sionisme accentue ses dimensions universalistes et de normalisation. »
Quelques courants marginaux ont existé. Ils ne subsistent plus réellement aujourd’hui :
Anarcho-sionisme : pour la construction d’un foyer national juif révolutionnaire et sans État. Ce courant est marginal par lui-même. Mais les doctrines anarchistes ont fortement influencé le Hapoel Hatzaïr, et plus encore le Hachomer Hatzaïr et le mouvement Kibboutzim.
Sionisme territorialiste : pour la construction d’un État juif n’importe où dans le monde, sans référence à la Palestine. Ce courant sera surtout actif avant la déclaration Balfour de 1917, quand l’établissement d’un État en Palestine, refusé par les Ottomans, semblait une utopie. Il s’organise au sein d’une « Organisation sioniste territorialiste », entre 1905 et 1925, date de sa dissolution.
Le « sionisme culturel » de Ahad HaAm, surtout intéressé par la Palestine comme centre moral et culturel, plus que comme centre de peuplement.
Les Cananéens : un petit courant de droite, qui se réclamait d’un nationalisme « hébreu », et prônait la rupture pure et simple avec le judaïsme.
En marge du sionisme juif, on peut aussi citer un courant essentiellement religieux, celui de certains chrétiens fondamentalistes (surtout nord-américains). Pour ceux-ci, la réunion des juifs en Terre sainte favorisera le retour du messie (Jésus-Christ) et la conversion des Juifs au christianisme.
L’antisionisme des Juifs religieux

Pour les religieux non sionistes, l’État juif de l’Antiquité a été détruit par Dieu, en punition des péchés du peuple juif. Pour eux, seul le messie de Dieu pourra rétablir le royaume d’Israël. Il s’agit donc d’un antisionisme assez particulier, puisqu’il ne conteste pas l’idée d’un état juif, considéré au contraire comme inévitable, mais conteste les modalités de sa création par les sionistes, c’est-à-dire par les hommes et non par la volonté divine.
Ce courant est historiquement le premier, puisqu’il existe depuis la création du sionisme. Il regroupait à l’origine la majorité des orthodoxes et ultra-orthodoxes, encore que certains orthodoxes aient dès le départ soutenu le mouvement sioniste. On note dès l’entre-deux guerre, et plus encore depuis la création d’Israël une forte évolution de cette attitude. Les orthodoxes se sont ainsi massivement ralliés au sionisme.
Les ultra-orthodoxes ont généralement évolués vers des positions plus neutres (sauf chez certains groupes restés très hostiles, comme les Neturei Karta ou les Hassidim de Satmar).
Les ultra-orthodoxes ashkénazes ne se sont toujours pas officiellement ralliés au sionisme. Par contre, les ultra-orthodoxes séfarades du Shass ne voient aujourd’hui pas de contradiction entre le sionisme et la religion, pour autant que l’état prenne une orientation plus religieuse. Cependant, pour les ultra-orthodoxes actuels, toutes tendances confondues, l’acceptation officielle ou officieuse de l’État n’enlève rien aux exigences que celui-ci fonctionne selon la Loi divine. À défaut, le sionisme, au moins dans sa version laïque, est critiqué comme une révolte contre l’œuvre de Dieu.
Au final l’antisionisme militant des juifs religieux, originellement puissant, est aujourd’hui restreint à des groupes minoritaires. La majorité des juifs religieux accepte ou soutient aujourd’hui le sionisme, éventuellement avec certaines réserves.
La muraille d’acier
Zeev Vladimir Jabotinsky né en Ukraine le 18 octobre 1880 et décédé le 4 août 1940, était un leader de l’aile droite du mouvement sioniste et le fondateur de la Légion juive[5] durant la Première Guerre mondiale.

Il crée en 1925 le Parti révisionniste, le principal parti de la droite nationaliste sioniste, qui réclame un État juif sur les deux rives du fleuve Jourdain, intégrant aussi la Transjordanie, l’actuelle Jordanie.
En opposition avec la gauche qui domine alors le mouvement sioniste, lui et son parti quittent l’Organisation sioniste mondiale en 1935. Il sera le principal inspirateur politique de l’organisation armée clandestine sioniste, l’Irgoun[6].
En novembre 1923, Jabotinsky publie un texte fondamental dans la structuration de sa pensée : la « Muraille d’acier ». Dans ce texte, Jabotinsky critique la démarche du courant sioniste majoritaire, et entend promouvoir une politique alternative en Palestine. Le cœur de sa réflexion est la résistance arabe au sionisme, qui pour lui ne pourra que s’amplifier avec la colonisation juive. Il se demande quelle réponse le sionisme doit lui apporter :
Zeev Vladimir Jabotinsky
« Sur le plan émotionnel, j’éprouve à l’égard des Arabes les mêmes sentiments qu’envers les autres peuples : une indifférence polie. Sur un plan politique, […] je considère qu’il est absolument impossible d’expulser de quelque manière que ce soit les Arabes de Palestine, où vivront toujours deux peuples ».
Mais il ne faut pas se faire d’illusion : « les Arabes de Palestine n’accepteront jamais la transformation de la Palestine arabe en un pays à majorité juive. […] Que le lecteur passe en revue tous les exemples de colonisation dans d’autres contrées. Il n’en trouvera pas un seul où elle se soit faite avec l’accord des indigènes ».
Jabotinsky se moque de ceux qui prendraient les Arabes pour des « imbéciles qu’on peut escroquer. […] Ils sont aussi fins psychologues que nous. On peut leur raconter ce qu’on voudra, ils lisent aussi bien dans notre cœur que nous dans le leur.
Ceux qui croient possible un accord avec les Arabes, croient que ceux-ci donneront leur pays aux Juifs en échange de la promesse de l’égalité et d’une amélioration du niveau de vie. Pour Jabotinsky, c’est ridicule, et ils ont au fond un « mépris fondamental » pour les Arabes. Ils ne voient finalement en eux qu’une populace avide, disposée à vendre sa patrie pour une ligne de chemin de fer. […] La Palestine n’en demeurerait pas moins aux yeux des Arabes palestiniens le centre et la base de leur existence nationale indépendante ».
Le sionisme devra donc s’imposer grâce à une « Muraille d’Acier », une armée juive. On retrouve ici le thème de la légion juive, qui est au cœur de l’analyse politique de Jabotinsky : le sionisme devra s’imposer par la force.
Jabotinsky ne rejette pas la coopération avec le Royaume-Uni : il souhaite son aide pour ériger cette « Muraille d’acier ». Il ne rejette pas non plus un accord avec les Arabes. On peut au contraire discuter avec eux « d’une garantie contre l’expulsion, de l’égalité des droits. […] Je crois et j’espère que nous pourrons leur donner ces garanties […] mais la muraille d’acier est le seul moyen d’y parvenir ». Il n’y aura un accord que lorsque le rapport de force sera clairement établi en faveur des sionistes : « autrement dit, le seul moyen d’obtenir un accord dans l’avenir, c’est de totalement renoncer à en obtenir un dans le présent ».
Vouloir bâtir un rapport de force sur le terrain n’est pas spécifique à Jabotinsky. Les leaders sionistes de toute obédience perçoivent l’immigration juive et la Haganah[7] comme les outils de ce rapport de force. La spécificité de Jabotinsky réside dans la brutalité avec laquelle il pose le problème, et dans son insistance sur le volet militaire du rapport de force à créer.
Cette idée qu’il fallait dresser un « mur de fer » devant les Arabes pour éteindre en eux tout espoir d’empêcher l’État d’Israël de s’établir en Palestine est partagée par presque tous les leaders israéliens[8].
1.2 Israël, Etat juif ?
Doit-on apposer à l’État d’Israël le qualificatif de « juif »? Et si Israël est un État juif en quoi et comment cela le distingue-t-il, lui qui par ailleurs aspirait à devenir une «nation comme les autres »?
D ans le texte même de sa Déclaration d’indépendance, l’Etat israélien s’est défini comme juif. La notion n’a donc pas de caractère de nouveauté. C’est l’exigence faite aux Palestiniens de reconnaître ce caractère qui le remet en lumière. C’est certainement aussi la nature de ce caractère tel que veulent le définir certains tenants de la droite israélienne qui en modifient notoirement la perception. En effet, le même texte de Déclaration d’indépendance spécifiait : « L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration des juifs […] assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe…» Or de nos jours certains de ceux qui veulent que soit reconnu le caractère juif de l’État veulent corollairement « déplacer » ses ressortissants Arabes dans les Territoires dévolus aux Palestiniens. Les Arabes d’Israël, dont certains vivent très bien leur identité israélienne, peuvent nourrir quelque crainte. Il s’agit d’une population de 1, 5 million de personnes, soit 20% des Israéliens.
Les Palestiniens, eux, refusent de reconnaître le caractère juif de l’État israélien au motif que l’Autorité palestinienne a déjà reconnu l’État d’Israël dans ses frontières de 1967 et qu’elle n’a pas à lui reconnaître en plus un caractère particulier.
Mais dans l’épisode sur la reconnaissance du caractère juif de l’État, nous sommes témoins de la dialectique habituelle des belligérants locaux. Et c’est faire offense aux sourds que de parler de « dialogue de sourds ». Ici, il n’y a pas de dialogue du tout.
Avant de refuser quoi que ce soit les Palestiniens devraient bien plutôt demander aux Israéliens ce qu’ils entendent par « État juif ». Le débat démocratique à l’intérieur de la société israélienne pourrait prendre un certain temps. Car s’il est déjà difficile de s’entendre sur qui est juif ou non, il pourrait ne pas être aisé de s’entendre sur le caractère juif de l’État à en croire B. Michaël, chroniqueur du Yedihot Aharonot, le plus grand quotidien israélien, qui écrivait en mai 2009: « Quelqu’un a-t-il déjà réussi à remplir le concept « d’État Juif » d’un contenu cohérent ? Pas encore. Peut-il même y avoir un « État Juif » qui ne soit pas un État dirigé par la Halakha (la loi religieuse)?
Demande-t-on aux citoyens d’Israël de reconnaître Israël « comme un État juif »? Pas le moins du monde. Une grande part des citoyens (juifs ou non juifs) rejette cette phrase vide et trompeuse. Il poursuit « Personne ne niera que l’État d’Israël est l’état de nombreux Juifs. C’est aussi un état qui a choisi de maintenir une relation spéciale avec la culture juive et la religion juive et c’est aussi l’endroit où le peuple juif essaie d’exercer un droit à l’autodétermination. Construire un foyer national pour les Juifs qui le veulent et devenir une nation comme les autres. »
Une nation comme les autres ?
Devenir une nation comme les autres, la Déclaration d’indépendance d’Israël en parle : « C’est de plus, le droit naturel du peuple juif d’être une nation comme les autres nations et de devenir maître de son destin dans son propre État souverain ».
Mais pour être une nation « comme les autres », peut-on revendiquer un caractère particulier?
À décharge d’Israël, il ne serait ni le premier ni le dernier État à le faire. 57 États appartiennent à l’Organisation de la conférence islamique (dont la Palestine depuis 1969), et la plupart d’entre eux font de la charia (la loi islamique) leur principale ou unique source de législation. L’Arabie Saoudite exige, elle, que tous ses sujets soient musulmans.
En outre, le lien entre la religion et la nation n’est pas l’apanage des pays musulmans. Ainsi, la loi argentine charge le gouvernement de soutenir la foi catholique romaine. La reine Elizabeth II est le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre. Dans le royaume himalayen du Bhoutan, la constitution proclame que le Bouddhisme est l’‘héritage spirituel de la nation. La deuxième partie de la constitution grecque déclare que la religion dominante en Grèce est celle de l’Église orthodoxe orientale du Christ.
Le judaïsme est-il appelé à devenir pour Israël ce que l’islam est à l’Arabie Saoudite ou ce que l’anglicanisme est au Royaume-Uni?
Ou bien Israël finira-t-il par trouver sa singularité pour devenir une nation comme les autres?
Pour l’heure, il semble que cette nouvelle exigence israélienne s’origine moins dans le désir, somme toute légitime, de vivre sa singularité en paix que de retarder les négociations en faisant de cette reconnaissance un préalable. C’est ainsi que la chronique du Yedihot poursuit : « Nous devrions nous préparer d’avance à des exigences plus logiques et évidentes. Par exemple : qu’ils (les Palestiniens) reconnaissent l’État « Juif et démocratique ». […] Et naturellement, ils devront signer une déclaration reconnaissant que Tsahal est la plus morale des armées et que le Shin Beth (les services de renseignements) est une organisation caritative ».
Les juifs israéliens ont un vrai problème identitaire. Ils gagneront certainement à avancer sur cette question pour trouver la légitime paix à laquelle ils aspirent. Au lieu de cela ils courent le risque de galvauder leur singularité en la dressant en épouvantail.
Les Israéliens, alors que le processus de paix est dans une impasse totale, ne devraient-ils pas revenir au texte fondateur de son indépendance pour s’en inspirer et le mettre en pratique. « Nous tendons la main de l’amitié, de la paix et du bon voisinage à tous les États qui nous entourent et à leurs peuples. Nous les invitons à coopérer avec la nation juive indépendante pour le bien commun de tous. L’État d’Israël est prêt à contribuer au progrès de l’ensemble du Moyen-Orient ».
Cette nation juive-là, dans ce but-là, pourrait trouver sa place dans la région. C’est tout le « mal » à souhaiter aux habitants du Moyen Orient.
MARIE-ARMELLE BEAULIEU
1.3 Israël, Etat démocratique ?
Israël, une démocratie ? Il est vrai que le système politique israélien se rapproche d’une démocratie. Il y a bien des élections, un parlement (la Knesset). Certes. Mais ce n’est qu’un vernis qui cache une toute autre réalité. Tout d’abord, il faut déjà relativiser : l’aspect démocratie ne concerne en réalité que les juifs citoyens israéliens. Pour eux, effectivement, ce n’est pas du tout un régime autoritaire. Ils peuvent s’exprimer, voter, faire valoir leurs droits en justice.
Soit. Mais ce que l’on oublie de dire, c’est que les palestiniens, dépourvus d’Etat, vivent sous domination et occupation israélienne. A ce titre, il est primordial de s’intéresser à leur sort qu’ils sont sous la botte des dirigeants israéliens. Or, pour les palestiniens, Israël revêt plutôt les habits d’une effroyable dictature, la pire de toute la région : absence de liberté de circulation (check point), enfermement ; colonisation continue de leurs terres, des champs ; destruction régulière de logements sous de faux prétextes administratifs ; contrôle total des exportations et importations.
Que dire des arrestations arbitraires, des milliers d’enfants détenus sans jugement ? Que dire aussi des bombardements ? A cet égard, on peut légitimement parler du seul régime colonial de la région, ressemblant davantage à une dictature. Avec une coloration théocratique, vu qu’en Israël religion et Etat ne sont pas réellement séparés : les partis ultra-orthodoxes (qui poussent à la déportation des palestiniens) sont très représentés, ont droit de cité et influences même les gouvernements.
Qualifier un régime politique de démocratique, ou proche de la démocratie, nécessite une réelle compréhension du sens du terme démocratie dans ses dimensions sociales, politiques et économiques. La démocratie n’est pas un concept absolu avec une définition sur laquelle tout le monde est d’accord.
C’est bien plus un concept historique dont la définition et l’application changent en fonction des contextes et des nations ; ceci pose plusieurs interrogations au sein de tout système politique : comme le processus de décision, de représentation politique, de rapport entre majorité et minorité, de citoyenneté, de droits de l’homme et de société civile… A ce propos, le système politique israélien basé sur le système parlementaire à la proportionnelle, répond aux plus hauts impératifs d’une démocratie apparente : c’est en effet la meilleure manière de représenter proportionnellement l’ensemble des partis, et donc le meilleur moyen de bâtir l’Etat-nation moderne au cas où les partis communautaires n’existent pas.
Néanmoins, les élections ne constituent plus la principale caractéristique d’un régime démocratique, comme ce fut le cas durant les 18ème et 19ème siècles. Selon de récentes études portant sur la démocratie, l’importance du suffrage et de l’alternance au pouvoir comme critères a diminué au profit de sujets plus essentiels telles les questions des droits de l’homme ou la société civile. Le premier obstacle auquel fait face le chercheur sur la question de la démocratie israélienne, c’est l’absence total d’une Constitution écrite. Il est ainsi possible de considérer Israël comme le seul Etat au monde sans constitution, et qui n’est basé en effet que sur un certain nombre de tradition et de lois fondamentales, comme ce fut le cas au Moyen-âge.
L’absence de Constitution en Israël est due à deux raisons principales : tout d’abord, la constitution est censée préciser le rôle et les missions de l’Etat, ce qui entre en contradiction avec les réels objectifs de l’Etat israélien, à savoir « exproprier les terres de leurs propriétaires palestiniens et les attribuer aux immigrants juifs, expatrier les palestiniens, la « loi du retour », l’immigration juive, et l’application d’un modèle de citoyenneté qui entre en contradiction avec toute constitution démocratique possible ». De plus, un des rôles principaux de l’Etat est de délimiter les frontières politiques et nationales, ce qui ne correspond pas à la mentalité coloniale discriminatoire israélienne, car les frontières sont un rejet complet de la pratique coloniale expansionniste adoptée par Israël.
De plus, une constitution est ce qui précise la nature même de l’Etat. Or la naissance d’Israël fut marquée d’un vif débat entre laïques et religieux qui ne reconnaissent pas l’Etat laïque, car cet Etat nierait le caractère sacré de la terre d’ « Israël ».
Voilà pourquoi certains partis non sionistes considèrent le sionisme comme une hypocrisie et un mensonge : ainsi, selon des partis tels Gush Amunim ou Aghudet Israël, l’Etat sioniste ne constitue pas le salut pour les juifs. Cette absence de Constitution en Israël octroya à l’ensemble des institutions israéliennes, dont les institutions académiques, la liberté de mettre en application les concepts religieux sionistes à l’encontre des populations arabes palestiniennes ; des concepts qui entrent intrinsèquement en contradiction avec toute constitution démocratique. Beaucoup d’israéliens prirent conscience de cela, et décidèrent alors de lier intrinsèquement les termes Israël et démocratie sans les définir, car toute définition constituerait une base légale à la communauté politique, et une constitution sera alors requise. Ainsi, la contradiction reste le seul lien entre ces deux concepts. Néanmoins, face à l’incessante critique arabe, certains chercheurs israéliens cherchèrent à trouver une issue en affirmant que le racisme colonial ne contredit pas la démocratie de l’Etat, ils prennent alors comme exemple le modèle démocratique de l’Etat colonial européen.
Ils ont néanmoins oublié de préciser que cette conception était le fruit de son temps, et qu’elle constituait une règle générale en Europe, et non une exception, comme il en est le cas actuellement en « Israël ». En effet, le développement du concept d’Etat-nation en Europe fut accompagné par l’expansion de la domination européenne sur le monde. C’est la définition bourgeoise du concept de souveraineté nationale, mais seule la gauche radicale considérait la démocratie et la bourgeoisie comme la même expression de la volonté de domination d’une classe sur l’autre. Ainsi, il n’est pas étonnant que ces Etats démocratiques soient coloniaux dans leurs politiques étrangères.
Dans une seconde tentative pour fournir un caractère démocratique à l’Etat israélien, certains chercheurs israéliens affirmèrent que l’octroi d’une égalité de droits dans un cadre constitutionnel aux populations arabes, tout en gardant le contrôle légal et législatif entre les mains de la majorité juive, permettait de qualifier Israël de démocratique. Cette définition est adoptée par le professeur gauchiste Sami Samouha, de l’université de Haïfa, qui explique dans son article « La démocratie ethnique », que l’Etat peut être démocratique et ethnique, ce qui permet de considérer le modèle de régime israélien comme l’un des modèles démocratiques dans le monde. En effet, même si Israël n’est pas un Etat démocratique au sens libéral du terme, il reste malgré tout une démocratie même s’il établit deux degrés de citoyenneté : les citoyens juifs, et les citoyens palestiniens qui ne jouissent pas des mêmes droits accordés aux citoyens juifs.
La démocratie raciale israélienne dont parle Samouha considère l’appartenance ethnique comme base principale d’appartenance à l’Etat-nation. Or, cette appartenance ethnique n’est pas le fruit d’une majorité ethnique, le concept de majorité ici est un concept idéologique, Israël est un Etat juif non du fait de la majorité juive, mais du fait de sa définition en tant qu’Etat juif, cela implique la présence d’une majorité et d’une minorité perpétuelles. Cette vision vient en complète contradiction avec la définition européenne, de tradition française, de la démocratie qui est le régime où la majorité reconnaît les droits de la minorité, et admet que la majorité d’aujourd’hui peut devenir la minorité de demain. La majorité se plie aux dispositions légales qui défendent éventuellement des intérêts différents des siennes, tout en permettant à tous d’exercer leurs droits fondamentaux.
Les rapports étroits qui existent entre l’Etat, la société, et la culture ethnique juive affaiblissent la démocratie, car ils nient les minorités au profit de la culture de la majorité, elle-même culture de l’Etat. La tentative de Samouha intervient dans une prise de conscience profonde de la contradiction entre le judaïsme et la démocratie dans l’Etat d’ Israël. Mais sa tentative de réconcilier Israël et démocratie ne tient pas, car reconnaître la légitimité du concept d’un « Etat juif démocratique » doit provenir de la minorité, en l’occurrence des arabes d’Israël ; or ceux-ci ne reconnaissent pas ce concept. Les arabes peuvent être prêts à accepter un Etat démocratique juif, c’est-à-dire un Etat intrinsèquement démocratique, mais juif uniquement du fait de l’influence culturelle de la majorité juive.
Ainsi, les arabes d’Israël pourront reconnaître l’aspect juif de l’Etat, mais ils refusent son caractère sioniste ; ce qui est différent de la vision israélienne qui s’appuie d’abord sur le caractère juif de l’Etat, puis sur son caractère démocratique. En effet, insister d’abord sur la démocratie ne peut se faire qu’au dépend de la judaïté de l’Etat. Elargir le concept de démocratie conduirait à une égalité complète entre arabes et juifs dans le cadre de l’Etat-nation, ce qui est inacceptable pour l’identité juive. Cette contradiction dans la vision de démocratie ethnique n’empêcha pourtant pas les théoriciens de la démocratie israélienne de considérer Israël comme un Etat-nation démocratique similaire à l’Etat-nation européen du 19ème siècle, caractérisé par son unité culturelle et linguistique.
L’intellectuel arabe Azmi Bchara s’oppose virulemment à cette vision en expliquant dans son livre « Du judaïsme d’Etat à Sharon : une étude dans les contradictions de la démocratie israélienne » : « qu’Israël ne sépare pas entre la communauté politique, la nation et la religion. Il est donc impossible de séparer la religion de l’Etat, les Etat-nations ne sont pas tous démocratiques, un Etat-nation le devient lorsque la citoyenneté devient l’appartenance à la communauté politique moderne, quelque soit les origines ethniques des citoyens ». En d’autres termes, la démocratie israélienne manque d’une caractéristique essentielle : la laïcité qui sépare la religion et l’Etat, pour enfin séparer la religion et la nation. Cette séparation est la plus importante caractéristique des Etats modernes démocratiques, pour pouvoir jauger la modernité d’un régime politique. En effet, la laïcité pousse vers la quête de principes basés non sur une assise métaphysique, mais sur une assise politique, ce qui permet d’établir la justice et l’égalité.
Ainsi, les Etat-nations ne sont pas tous démocratiques, l’état-nation est celui qui laïcise ses institutions et ses symboles religieux, en faisant de la citoyenneté le critère d’appartenance à l’Etat-nation, et de la nation le moyen d’acquérir la citoyenneté complète. Or, c’est exactement le contraire qui intervient en Israël : les israéliens ne sont pas tous membres de la nation juive : seule la religion juive permet d’appartenir à la nation ; voilà pourquoi la mentalité sioniste ne comprend pas le concept de « nation israélienne », mais bien celui de « nation juive » : l’Etat d’ Israël est uniquement l’Etat des juifs. La troisième tentative pour octroyer à Israël un caractère démocratique vient de la part du professeur en géopolitique de l’université de Bir Saba, Urn Yeftahil. Celui-ci considère que la démocratie israélienne est une démocratie où un groupe ethnique domine majoritairement l’espace géographique et démographique et contrôle totalement l’espace politique.
Cette démocratie « ethnocratique », selon Yeftahil, cherche à accroître légalement la domination du groupe ethnique majoritaire sur les autres groupes, en transformant les droits religieux en droits politiques. Il est intéressant de noter que le professeur reconnaît ici avec franchise que le régime établi en « Israël » ne constitue pas un Etat national juif démocratique, mais que c’est bien un appareil coercitif qui cherche à judaïser une région binationale et multiethnique. Le sionisme, avec les opérations de judaïsation et d’expulsion qu’il entreprend, devient alors la base même de cette prétendue démocratie.
Dans tous ces cas, le sionisme remplace la citoyenneté qui ne peut élaborer une identité juive laïque. Cette culture imbibée de racisme est à l’origine du regain d’audience de la droite extrémiste dans la société israélienne. Dans un rapport intitulé « Etude sur la démocratie en Israël », 62% des sondés espéraient que leur gouvernement adopterait une politique qui convaincra les 1,3 millions d’arabes israéliens de quitter le pays. La question qui se pose ici est comment peut-on concilier la démocratie, qui suppose la reconnaissance de « l’autre » comme reflet de soi au sein de la même communauté politique, avec une démocratie où « l’autre » est perçu comme une négation totale de celle-ci. La démocratie israélienne n’en deviendrait-elle pas imaginaire ? Mais les prêcheurs de la démocratie israélienne continuent de décrire leur Etat de « Juif et démocratique » comme s’il s’agissait là d’un fait accompli, ou alors d’un texte religieux qui refuse toute exégèse, interprétation ou réflexion, même si leur formule est contraire au raisonnement logique le plus objectif.
Israël, qui se glorifie d’être « la seule démocratie au Moyen-Orient », vote régulièrement des lois étonnamment racistes qui sont explicitement discriminatoires à l’encontre de ses propres citoyens.
Ces lois, aucun pouvoir législatif démocratiquement élu et doué de bon sens ne les voterait nulle part ailleurs dans le monde. Aucune Cour Suprême ne les soutiendrait et aucune instance exécutive, responsable devant un pouvoir législatif démocratique, ne se verrait autorisée à les mettre en pratique nulle part ailleurs dans le monde.
Et pourtant la discrimination, soutenue par l’état, contre les non- juifs (Arabes israéliens ou immigrants), une discrimination qui nie l’essence même de la démocratie, est rampante en Israël au point que quand la Knesset[9] vote une loi raciste de plus, presque personne ne le remarque .
Le parlement de « la seule démocratie au Moyen-Orient » a voté le 31 juillet 2003 la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée en Israël. Cette loi, écrite spécifiquement pour tous les citoyens non- juifs d’Israël et donc discriminatoire spécifiquement contre eux, a été votée initialement pour un an et puis prolongée de 6 mois la semaine dernière.
Pour les 6 mois à venir et vraisemblablement pour toujours à partir de là, la citoyenneté et le droit de résidence seront refusés à tous les conjoints non-juifs (et leurs enfants) des citoyens israéliens non-juifs.
La Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée, comme nombre de lois de noms semblables dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, cherche à limiter le nombre de non-juifs qui vivent en Israël et à Jérusalem-Est particulièrement, pour maintenir l’ « équilibre démographique » de l’Etat juif.
Comme l’a récemment observé le ministre israélien Dani Neveh, de même que de nombreux intellectuels et hommes politiques israéliens, « l’Etat d’Israël a clairement le droit élémentaire de préserver son caractère d’Etat juif, d’Etat des Juifs ».
L’une des manières de préserver ce « droit élémentaire » au racisme est de nier catégoriquement le « droit au retour » des réfugiés palestiniens. Une autre manière est de garantir automatiquement, par la Loi du Retour, la citoyenneté à toute personne juive de n’importe quel pays du monde, même si cette personne n’a jamais mis les pieds en Israël avant. Une troisième manière, plus subtile et non moins insidieuse, est de forcer tous les citoyens qui ont commis le double crime d’être non-juifs et de ne pas avoir de conjoint juif, à quitter Israël et sinon à y vivre -choix agréable- sans leurs familles.
L’article 2 de la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée pose que « le ministre de l’Intérieur ne donnera pas la citoyenneté à un résident de la région, selon la Loi sur la Citoyenneté, qu’il ne donnera pas de permis de séjour en Israël à un résident de la région selon la loi d’Entrée et que le commandant militaire régional ne donnera pas à ces résidents de permis de séjour en Israël selon la législation sur la défense dans la région. »
Comme l’article 1 de la loi définit comme « résidents de la région », les résidents de Cisjordanie et de Gaza et qu’il exclut spécifiquement les résidents des colonies juives dans ces zones, ceci veut dire essentiellement que tous les citoyens israéliens ou les Palestiniens détenteurs d’une carte d’identité de Jérusalem mariés à des Palestiniens de Cisjordanie ou Gaza se voient interdire de demander la citoyenneté ou un permis de séjour pour leurs conjoints et même leurs enfants.
Alors, s’ils veulent vivre avec leurs familles, ces citoyens israéliens ou ces Palestiniens Jérusalémites doivent faire un choix impossible : ou bien leurs conjoints et leurs enfants vivent illégalement en Israël et courent par conséquent le risque d’être déportés ou pire, ou bien ils vont vivre dans les Territoires Occupés et risquent par conséquent de perdre la vie, comme les dizaines d’autres victimes quotidiennes de l’occupation.
La Loi sur la Citoyenneté rejoint ainsi la cohorte de lois israéliennes qui cherchent à protéger « l’équilibre démographique » de la présence accrue des non-juifs : des lois qui empêchent des citoyens naturalisés israéliens non-juifs de vivre avec leurs familles ; des lois qui interdisent aux enfants non-juifs d’immigrants de demander la citoyenneté ; des lois qui autorisent des tests ADN sur des immigrants pour s’assurer de leur « origine juive » ; et bien sûr, enfin mais ce ne sont pas les moindres, les lois racistes inhumaines de l’occupation.
Alors que les excès de la « démocratie israélienne » sont apparents pour tous ceux qui veulent bien les observer, cette Loi sur la Citoyenneté en particulier rappelle tellement les lois de citoyenneté et de résidence votées par le régime d’apartheid d’Afrique du Sud (qui se réclamait aussi – et c’est intéressant- de la démocratie) que la comparaison entre les deux est inévitable.
- La Commission de la constitution, des lois et de la justice de la Knesset a approuvé mardi (15 février 2011) un projet de loi qui requiert que soient frappés de lourdes amendes les citoyens israéliens qui prennent l’initiative ou qui incitent au boycott contre Israël et l’occupation des territoires palestiniens.
1.4 Le « peuple » juif
Les Juifs forment-ils un peuple ?
Shlomo Sand
A cette question ancienne, un historien israélien[10] apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.
Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Torah dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif. Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d’Israël. De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an 70 après J.C.
S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son unicité ne fut pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans l’antique patrie. Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.
Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard. Justes étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale. D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif.
Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient quasiment d’aucun écho. L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant.
Les instances spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.
Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales. La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ? Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du 20ème siècle, ne la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple.
Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz[11], porteurs d’une vision «nationale» de la Bible : ils ont transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national. Les historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.
Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie[12] » contredisent la possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci… était aux mains des Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.
Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses élites politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.
L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.
Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au 4ème siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au 7ème siècle. La plupart des penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande révolte palestinienne. Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée.
A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ». Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.
Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le Talmud autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.
La victoire de la religion de Jésus, au début du 4ème siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au 5ème siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au 7ème siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.
La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du 13ème siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish.
Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ; ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.
Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier. La « recherche sur les origines des populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio juive dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu ». Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.
Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».
Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.
Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passe un temps, on le sait, par l’invention de la nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au 19ème siècle et durant une partie du 20ème. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.
Shlomo Sand
Histoire de la Palestine
2.1 Périodes perse, hellénistique et romaine
La période perse -587 à -333
De 587 av. J.-C., la période perse s’étend jusqu’en 333 av. J.-C..
D’autres peuples commencent à cette période à s’installer alors en Samarie, parmi lesquels les Edomites, les Ammonites et les Moabites.
En 539 av. J.-C., Cyrus le Grand, roi de Perse, fait la conquête de Babylone et de ses provinces. Il autorise la même année par un édit les Israélites à retourner en Judée, mais la situation économique n’y est pas très favorable et beaucoup restent dans l’empire perse, aidant parfois financièrement ceux qui choisissent de revenir en Judée. Ces derniers, au nombre de 4 000 environ d’après les archéologues, reconstruisent le Temple de Salomon[13] (selon la Bible, d’abord l’autel des sacrifices dès 538 av. J.-C. puis le temple lui-même entre 520 et 515 av. J.-C.). D’autres parties de la ville détruite, dans laquelle certains Israélites étaient déjà retournés clandestinement, sont rebâties.
Cette épreuve pour la communauté judéenne en exil, soldée par un renouveau religieux en Palestine, permet l’émergence véritable du judaïsme. Une importante communauté juive se développe à Éléphantine en Égypte. Elle nous est connue en détail par une riche collection de papyri écrits en araméen.
Jusqu’au 4ème siècle av. J.-C., grâce aux libertés qui règnent dans l’empire perse achéménide, la Judée et la Samarie deviennent plus florissantes. Le grand prêtre de Jérusalem est nommé administrateur de la province perse de Judée, ce qui fait d’elle une théocratie. Toute trace de la monarchie davidique a disparu. L’araméen ayant été adopté par les souverains achéménides sous l’administration babylonienne, cette langue se propage en Palestine et, en Judée, elle prend une importance de plus en plus grande au détriment de l’hébreu. C’est alors que se généralise le terme « Judéens » pour désigner les enfants d’Israël et qui donnera juifs en français.
La période hellénistique -333 à -134
En 333 av. J.-C. : Alexandre le Grand de Macédoine, vainc les Perses, s’ouvrant ainsi la voie vers la Syrie. Après Tyr et Gaza en 332 av. J.-C., il pénètre en Égypte où il fonde Alexandrie en 331 av. J.-C., puis entame la conquête de la Judée et des terres entre l’Égypte et l’Inde, obligeant les peuples à lui faire acte d’allégeance.
La Palestine semble alors connaître un temps de paix et la Judée s’hellénise partiellement, de nombreux Grecs s’y installent et leur culture influence profondément les domaines sociaux, philosophiques mais également religieux. La communauté juive devient minoritaire d’autant plus que de nombreux juifs partent par milliers s’installer dans les nombreuses cités de l’empire, depuis la mer Noire jusqu’à la mer Égée, mais surtout dans la nouvelle capitale d’Alexandrie. Ces migrations prirent une telle importance qu’on les désigna sous le nom collectif de diaspora (en grec, « dispersion »). À cette période, la Bible commence à être traduite en grec, traductions qui formeront la Septante. Des synagogues sont édifiées dans les grandes villes.
Après la mort d’Alexandre, en 323 av. J.-C., ses descendants, les Séleucides de Syrie, contrôlent la Judée jusqu’au 3ème siècle av. J.-C., mais elle devient l’enjeu de conflits incessants entre l’Égypte et la Syrie.
En 198 av. J.-C., le roi Antiochos III de Syrie écrase les Égyptiens à la bataille de Panion, et annexe définitivement la Judée à ses territoires, et tente de remplacer le judaïsme par l’hellénisme.
Selon l’historien Flavius Josèphe, Antiochos III avait accordé aux Juifs une charte définissant le statut théocratique de la nation juive. Cependant, les tensions avec les Romains se multiplient et le successeur d’Antiochus III ne renouvelle pas cette charte.
En 167 av. J.-C., le roi Antiochos IV de Syrie interdit la religion juive et consacre l’autel du Temple de Jérusalem à Zeus.
Selon les livres des Macchabées, repris par Flavius Josèphe, le soulèvement juif contre l’hellénisme s’organise sous la direction du prêtre Mattathias et de ses fils, fondateurs de la dynastie hasmonéenne. Au terme d’un rude conflit militaire, les hasmonéens, qui ont fait appel aux Romains en 164 av. J.-C. et qui profitent de l’affaiblissement du pouvoir séleucide, sont victorieux, obtiennent l’abrogation des mesures qui ont provoqué le soulèvement. Judas Maccabée conduit alors des expéditions punitives envers les non-Juifs et les Juifs hellénisés.
Les grands prêtres désignés sont favorables à la culture hellénique, ce qui génère des conflits avec les adversaires des Grecs qui finissent par céder. Ces derniers nomment en -152 Jonathan grand-prêtre.
La période romaine -63 à 324
Elle s’étend de 63 av. J.-C. à 324 ap. J.-C. et se prolonge, sans solution de continuité, dans la brillante période byzantine.
Les historiens distinguent usuellement deux périodes, la première concernant les deux derniers siècles de la Jérusalem juive, jusqu’à la fin de la guerre d’Hadrien 135 ap. J.-C., puis l’époque de la païenne Ælia Capitolina, se clôturant sur la victoire de Constantin, en 324 ap. J.-C..
En 63 av. J.-C., Pompée prend Jérusalem. Hyrcan II reste grand prêtre, Antipater, son ministre gouverne la Judée.
À partir de 47 av. J.-C., le royaume de Judée est directement soumis à l’empire romain. Le gouverneur Antipater prend le titre de procurateur. La loi romaine s’étend sur la Judée.
En 37 av. J.-C., Hérode le Grand, le fils d’Antipater devient roi de Judée. Dans un premier temps, aucun juif n’avait pu prétendre à la royauté, le plus haut grade leur étant accordé étant celui de grand prêtre ou d’ethnarque. Mais Hérode s’impose parmi ceux à même de défendre les intérêts romains en Palestine, devenant roi allié à l’empire. À la fin de son règne, son royaume s’étend sur la Palestine jusqu’à la mer Morte, entre Massada et Sodome, et des parties de la Transjordanie. En administrateur et helléniste passionné, il fait construire gymnases, théâtres, piscines et autres lieux de rassemblements, ainsi que des temples en l’honneur de l’empereur romain. Il aménage également Massada et la colline de l’Hérodion (proche de Bethléem) pour en faire des forteresses, celles-ci accueillent alors les plus anciennes synagogues connues, celle de l’Hérodium qui est datée de la Première révolte juive, et celle de Massada du début du règne d’Hérode
En 20 av. J.-C., Hérode s’attache à bâtir à la place du modeste temple que les Juifs ont érigé à leur retour d’exil, un nouveau temple, dit Temple d’Hérode. Le culte s’y établit dès l’an 18 av. J.-C., mais l’aboutissement de la réalisation ne se fera qu’en 64 ap. J.-C., quelques années avant la Première révolte juive, qui verra la destruction de ce monument. Hérode tarde cependant à se faire reconnaître des Juifs, qui lui reprochent ses origines étrangères et son alliance avec Rome qu’il applique dans un despotisme souvent brutal.
Avec la déposition d’Hérode Archélaos, la Judée devient une province romaine. Le régime procuratorien dure 60 ans jusqu’à la Première révolte juive – interrompu de 41 à 44, ce qui correspond au règne d’Hérode Agrippa Ier. Toutefois, jusqu’au règne de l’empereur Claude, le titre des gouverneurs de Judée est préfet.
Parmi les procurateurs qui se succèdent jusqu’en 41, le commandement de Ponce Pilate (26-36) reste associé dans les textes religieux des Évangiles à la mort de Jésus-Christ. Son règne se termine peu après le massacre de Samaritains[14] qu’il ordonne. Nous savons aujourd’hui que Ponce-Pilate était préfet et non procurateur. L’erreur s’est probablement diffusée dans les différents textes, au fil des recopies effectuées dans les monastères, à partir de l’évangile attribué à Luc considéré comme le texte de référence.
Considéré au départ comme une secte juive, le christianisme s’étend rapidement parmi les juifs hellénisés, qui considèrent Jésus-Christ comme le Sauveur (en hébreu Yeshua), le Messie attendu et annoncé par les Prophètes. Cependant cette nouvelle religion se propage avec beaucoup plus de force et de foi vers Rome et l’Europe qu’en Judée même, ou le judaïsme, fondement et source du monothéisme, est largement suivi par la population. Les religieux réagissent fortement en refusant tout laxisme dans l’observance des formes de la religion traditionnelle.
Au début de l’ère chrétienne, la population de Judée est composée en majorité d’habitants d’origine grecque, en partie judaïsés, d’un tiers de juifs autochtones, et de quelques groupes de Nabatéens.
De 41 à 44 ap. J.-C., Hérode Agrippa Ier règne sur les terres du royaume d’Hérode, légèrement modifiées. À sa mort, l’empereur Claude fait du royaume du défunt une province administrée par un procurateur romain. La situation devient tendue entre Romains et Juifs qui les accusent de despotisme et des incidents éclatent.
En 66 ap. J.-C., lors du prélèvement effectué sur le trésor du Temple, des émeutes éclatent, qu’attisent les Zélotes[15]. Elles constituent la Première révolte juive, de 66 à 70. Proclamé empereur en 70, le général Vespasien, envoyé par l’empereur Néron, confie à Titus son fils, la mission de terminer les opérations engagées contre les Juifs. Les bastions juifs tombent les uns après les autres, le Temple de Jérusalem, après plusieurs mois de siège en 70, est incendié, la forteresse de Massada est vaincue en 73. De nombreux juifs sont vendus comme esclaves.
En 72 ap. J.-C., est fondée Flavia Neapolis, l’actuelle ville de Naplouse. La province est devenue indépendante de celle de Syrie et est régie par un légat.
Vers la fin du 1er siècle, le canon hébraïque de la Bible est fixé à Yavné, après la destruction du Temple. Pour les versions grecques, voir Traductions de la Bible.
En 135, les troupes romaines écrasent dans le sang une révolte menée par Shimon bar Kokhba. Le royaume de Judée est définitivement aboli et intégré dans une nouvelle province romaine nommée Syrie Palestine. Ce sont les Romains qui ont créé le nom « Palestine », un mot de la même racine que Philistin.
Jérusalem est rasée. L’empereur Hadrien ordonne de la rebâtir sous le nom d’Ælia Capitolina en l’honneur de Jupiter. Elle est déclarée cité romaine et interdite aux Juifs sous peine de mort.
Les Juifs de Palestine se regroupent en Galilée et autour du lac de Tibériade où s’établit le Sanhédrin.
2.2 Moyen Âge
La période byzantine (324 à 638)
À partir du 3ème siècle, sous l’influence des chrétiens qui sont devenus de plus en plus puissants, surtout après l’adoption du christianisme par l’empereur Constantin Ier au 4ème siècle, la Palestine prend un statut moral particulier en étant considérée comme Terre sainte.
Constantin et spécialement sa mère sainte Hélène, qui vient en pèlerinage sur place, détruisent les sanctuaires païens établis sur les lieux saints et établissent des basiliques sur le site du Saint-Sépulcre et de la Nativité à Bethléem. D’autres basiliques et sanctuaires sont construits et le pèlerinage en Terre Sainte se développe, ainsi que le monachisme (saint Jérôme de Stridon se retire à Bethléem pour y traduire la Bible en latin : la Vulgate).
La Palestine byzantine connaît, comme le reste de la partie orientale de l’Empire, une floraison culturelle et économique alors même que l’Empire d’occident disparaît.
Les empereurs byzantins de Constantinople s’y intéressent de très près. Au 6ème siècle, les chrétiens sont majoritaires en Palestine, aux côtés desquels on trouve une forte minorité juive, des Arabes païens et une petite communauté samaritaine.
Vers la fin du 4ème siècle, Rav Mouna et Rav Yossi achèvent la compilation du Talmud[16] de Jérusalem
En 425, l’empereur Théodose II supprime le patriarcat du Sanhédrin.
La période musulmane (638 à 1096)
638 : Le Calife Umar (634-644), annexe les territoires de Syrie et la Judée. Jérusalem tombe après deux ans de siège et les conquérants convertissent pacifiquement la population. La cité de Jérusalem est un lieu sacré de l’islam, car selon les musulmans, Mahomet aurait été transporté, lors d’une nuit miraculeuse, de La Mecque à « la plus éloignée des mosquées ». Dans ce lieu — d’après la tradition musulmane — il a fait son ascension au paradis : c’est l’épisode du isra’ (voyage nocturne) et du Mi’radj (ascension). Les Arabes autorisaient les Juifs et les Chrétiens à rester dans Jérusalem.
En 691, La «Coupole du Rocher», l’un des plus beaux monuments de l’architecture islamique, est construite à Jérusalem, sur l’emplacement de l’ancien temple juif détruit par les romains.
En 702 est construite la mosquée Al-Aqsa, près du nouveau Dôme du Rocher.
Salih ibn Ali, le Wali d’Égypte est nommé gouverneur de la Palestine, il sera confirmé par le nouveau Calife en 755.
792–793 : Guerre civile entre tribus bédouines Mudhar et Yamani.
Au 10ème siècle, la dynastie régnante des Fatimides s’oppose aux attaques turques, bédouines et byzantines. Le géographe arabe Muqaddasi, né à Jérusalem en 942, définit la Palestine comme le territoire s’étendant de la plaine côtière à la steppe, à travers la montagne, puis la dépression du Jourdain.
En 972, le calife Fatimides al-Mu’izz, (953–975), étendit son empire sur l’Égypte, la Palestine et une partie de la Syrie.
De 1090 à 1272, les haschischins, secte politico-religieuse dissidente du courant ismaélien, font régner la terreur dans les États du Proche et du Moyen-Orient. Ils prônaient l’élimination physique des ennemis de la Vérité, et tuèrent de nombreux dignitaires Turcs seldjoukides, Abbassides, Sunnites, Fatimides et croisés chrétiens.
En 1192 : Le roi de Jérusalem Conrad de Montferrat fut tué par les haschischins.
Le temps des croisades (1096 à 1244)
De 1096 à 1099, première croisade des chrétiens en Terre Sainte.
En 1098, Jérusalem est prise par les Fatimides
le 15 juillet 1099, Jérusalem est prise par les Croisés, une grande partie des habitants musulmans et juifs sont massacrés.
Le royaume franc de Jérusalem est fondé, il va durer deux siècles. Godefroi de Bouillon (1061-1100) est proclamé roi.
En 1100, le roi Godefroi de Bouillon désireux avant tout de protéger les intérêts de l’Église dans l’État latin en formation, choisit lui-même de porter le titre d’avoué du Saint-Sépulcre, car il ne voulait pas ceindre une couronne d’or là où le Christ avait porté une couronne d’épines.
Le 18 juillet 1100, le roi Godefroi de Bouillon meurt tué par une flèche empoisonnée, selon le chroniqueur ibn al-Qualanissi, alors qu’il dirigeait les opérations du siège d’Acre, mais selon les chroniqueurs francs il serait mort de la peste.
En juin 1101, Bataille de Rama, lors de laquelle, le nouveau roi Baudouin Ier, avec ses 260 chevaliers et son infanterie, écrase l’armée égyptienne du général-émir al Sawla al Qavasi.
En mai 1102, Bataille de Rama près de Jaffa, lors de laquelle 20 000 guerriers égyptiens débarquent et prennent par surprise le roi Baudouin et ses chevaliers qui sont massacrés. Le roi réussit à se sauver, mais Jérusalem se retrouve sans défense, or curieusement les Égyptiens ne tentent rien et repartent.
En 1103 : Le roi Baudouin Ier prend les cités de Haïfa, de Jaffa et d’Acre.
En 1108 : Arrivée en Palestine de Bertrand de Toulouse et d’escadres de mercenaires génois, dans le but final de prendre Tripoli et Beyrouth au Liban.
En 1111, le gouverneur palestinien d’Ascalon, propose au roi Baudouin Ier, un tribut versé par les palestiniens de la ville, en contrepartie de l’éviction des fonctionnaires égyptiens, et de la fourniture d’une garnison franque pour les protéger, mais en juillet les égyptiens contre-attaquent et massacrent le gouverneur et 300 guerriers francs.
En 1113 : Les armées syriennes de Mawdûd, atabek de Mossoul, et de Tughtekin, émir de Damas, attaquent les bourgs francs de Galilée. Le roi Baudouin Ier les rencontre lors de la Bataille de Sinn al’Nabra qu’il perd, mais il est sauvé par l’arrivée de renforts d’Antioche et de Tripoli et finalement les Syriens se retirent.
Le roi Baudouin Ier répudie son épouse Arda, fille du prince Taphnuz, qu’il soupçonne d’infidélité, et épouse Adelaïde de Sicile qui le rejoint en Palestine avec une dot de 7 navires chargés d’or et d’objets précieux.
Fondation de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
En 1115, Tughtekin de Damas s’allie au roi Baudouin pour contrer l’armée du sultan Mohammed de Bagdad.
En 1117, le roi Baudouin Ier répudie sa deuxième épouse après l’avoir ruinée.
En 1118 : En mars, le roi Baudouin Ier part conquérir l’Égypte avec 216 chevaliers et 400 fantassins, il traverse le Sinaï mais meurt de maladie à El-Arich le 2 avril. Le nouveau roi est Baudouin, comte d’Édesse, sous le nom de Baudouin II.
L’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ est créé par les chevaliers Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, afin d’assurer la garde du défilé d’Athlit, le chemin d’accès le plus dangereux pour les pèlerins.
Le nouveau roi de Jérusalem, Baudouin II leur octroie une partie de son palais, à l’emplacement du Temple de Salomon.
En l’honneur de ce lieu hautement symbolique, ils prennent le nom d’Ordre du Temple en 1119, créé avec sept autres chevaliers français : André de Montbard, Gondemare, Godefroy, Roral, Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnan. André de Montbard était le neveu de Saint-Bernard qui a écrit lui-même la règle de l’ordre. Jusqu’en 1291 et la chute de Saint-Jean-d’Acre, les Templiers vont gagner, en Terre Sainte, une aura très importante.
En 1147 et 1148, désastreuse deuxième croisade qui finit par rejoindre Jérusalem.
En août 1153, les Templiers, par la prise de la cité d’Ascalon, marquent leurs ambitions d’obtenir un véritable pouvoir temporel.
À l’exception de l’époque de la désastreuse deuxième croisade, la Palestine connaissait depuis la mort du roi Baudouin Ier en 1118 des années de paix relative et de relation de bon voisinage entre chrétiens et musulmans. Beaucoup d’anciens croisés épousèrent des femmes arabes et adoptèrent nombre de coutumes orientales, et d’intenses échanges commerciaux se développèrent avec les ports italiens. Il n’y eut pas de conversion forcée au christianisme, mais des persécutions contre les Juifs qui choisirent l’exil en grand nombre et disparurent presque de Palestine.
Dans les années 1180, le plus puissant seigneur du monde musulman était le sultan d’Égypte, Salâh al-Dîn, dit Saladin. Il dominait une grande partie du Levant et avait en général de bons rapports avec les chrétiens. Lors de la bataille de Hattin (Attîn), Saladin battit les chrétiens et finalement entra en vainqueur à Jérusalem en octobre 1187. Cet évènement dès qu’il fut connu en Europe entraîna l’appel à la troisième croisade.
En 1189, l’empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, unirent leurs forces et formèrent une très importante armée, l’armée des Rois. Cependant Frédéric Barberousse se noya, et Philippe Auguste quitta la croisade après la prise de Saint-Jean-d’Acre. Resté seul, Richard Cœur de Lion accomplit des prodiges mais finalement, en 1192, avant de repartir, il négocia une trêve avec Saladin, aux termes de laquelle, Jérusalem restait définitivement aux mains de Saladin, les pèlerins chrétiens étaient autorisés à s’y rendre librement et les « Francs » conservaient les ports du Levant, ainsi que Chypre.
Avec la défaite des Croisés et la victoire de Saladin, la communauté juive redevint plus nombreuse, surtout dans les villes côtières.
En 1211–12, 300 rabbins d’Europe émigrent en Palestine
En 1228 et 1229, l’empereur germanique Frédéric II, excommunié, organisa sa propre croisade en Terre sainte, et, essentiellement par la diplomatie, il obtint la restitution de Bethléem, de Nazareth et de Jérusalem.
En 1244, les musulmans reprennent définitivement Jérusalem.
La conquête ottomane : 1244 jusqu’au XVIIIe
Après Saladin, aux 13ème siècle et 16ème siècle, les Mamelouks égyptiens, créés en 1230, prennent en 1250 le pouvoir en Égypte et contrôlent la Palestine, alors que le prestige de Jérusalem s’accroît dans le monde arabe.
Durant cette période, la Palestine, accueille des réfugiés arabes chassés par l’avancée des Mongols sur l’Irak et la Syrie, et vers la fin du 15ème siècle, elle accueille les réfugiés juifs chassés d’Espagne. Beaucoup d’entre eux s’installent en Galilée, et vont être à l’origine du rayonnement intellectuel et religieux de la ville de Safed.
En 1516, le sultan turc Selim Ier de Constantinople conquiert la Palestine qui va devenir durant 4 siècles, jusqu’en 1917, une des provinces arabes de l’Empire ottoman, un an avant l’Égypte, mais il laisse aux milices mamelouks le pouvoir au niveau local, avec le titre de Bey.
Intégrée dans l’empire Ottoman, la Palestine connaît au 16ème siècle un bon développement économique, au contraire de l’Égypte. Les cités et lieux de cultes sont rénovés, toutes les communautés voient leurs populations croître. Les Ottomans autorisent les juifs à se réinstaller en Palestine, fuyant les persécutions (notamment d’Espagne).
2.3 Époque contemporaine
Le XIXe siècle
Bonaparte y passe, suivi d’une courte présence égyptienne. La région subit une forte dépression économique, mais, à la fin du 19ème siècle, la Palestine redevient l’objet des convoitises, notamment européennes, et sa population voit l’arrivée massive d’Arabes de Transjordanie, tandis que les minorités chrétiennes et juives s’étendent également.
Le général Napoléon Bonaparte passe par la Palestine et Saint-Jean-d’Acre.
Lors de ce 19ème siècle, la Palestine subit une forte dépression économique, et redevient l’enjeu de convoitises européennes.
20 avril 1799, Jérusalem : Proclamation à la nation Juive, discours de Napoléon Bonaparte, durant sa campagne d’Égypte, reconnaissant la propriété de la terre sainte (Palestine) au peuple juif. L’authenticité de cette proclamation est contestée par certains historiens.
1831 : Conquête par l’Égypte de Méhémet Ali.
1840 : Retour des ottomans. Ils mirent en place un nouveau système de prélèvement de l’impôt, plus efficace fiscalement, mais qui affaiblit l’autorité des chefs des villages en faveur des notables urbains et paupérisa la population paysanne.
1854 : Selon le compte-rendu publié dans le New York Tribune, les Juifs représentaient les deux tiers de la population de Jérusalem. Le journaliste, envoyé spécial au Moyen-Orient pour La Tribune s’appelait Karl Marx.
1866 : Le Suisse Henri Dunant (1828-1910), fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, constitue La Société Nationale Universelle pour le Renouvellement de l’Orient, et lance un appel suggérant que les colonies juives naissantes en Palestine soient déclarées diplomatiquement neutres, tout comme la Suisse.
1869 : Construction de la première route carrossable entre Jaffa et Jérusalem.
1873 : Les territoires allant de Ramleh-Jaffa, au nord, jusqu’à l’Égypte, au sud, relèvent désormais directement des autorités de Constantinople. Jusque là, la Judée et la Samarie relevaient de l’administration de Damas, alors que la Galilée relevait de Beyrouth.
1881 : L’assassinat du tsar Alexandre II marque le début de la première vague d’immigration juive. Des Juifs venus de Russie, de Roumanie, et du Yémen, viennent s’installer en Palestine. Le baron Edmond de Rothschild se met à acheter de la terre en Palestine et finance le premier établissement « sioniste » à Rishon LeZion (Le Premier à Sion). Arrivée des premiers émigrants juifs sionistes, les Amants de Sion. Eliézer Ben Yehoudah, le père de l’hébreu moderne, arrive à Jaffa en septembre 1881.
A la veille de 1881, la population de la Palestine est de 457 000 personnes, dont 400 000 musulmans, entre 13 000 et 20 000 Juifs et 42 000 chrétiens, la plupart orthodoxes grecs16. Les Juifs, ashkénases d’origine européenne et sépharades d’origine d’Espagne, d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, sont de condition modeste et se concentrent dans des quartiers à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade. Ils ne représentent au total qu’une minorité (hormis dans ces villes). La population arabe vit à 70% dans des petits villages dans les collines, à proximité des sources et des puits, où, métayers, ils vivent d’une agriculture primitive. Les grands propriétaires terriens vivent dans les villes et, pour certains, à Beyrouth, Damas et Paris. C’est à eux, principalement, que les terres seront achetées, privant ainsi les métayers de leur outil de travail.
Dans les milieux ouvriers juifs socialistes européens, des quêtes sont organisées pour l’achat de terres en Palestine, des gravures d’époque présentent ces quêtes populaires. Le sionisme moderne est né dans les milieux juifs ouvriers qui influenceront directement le style de vie des nouveaux arrivant : une société proche des idéologies socialistes et des méthodes collectivistes soviétiques, en créant des collectivités semblables aux kolkhozes russes (coopératives agricoles de production qui avait la jouissance de la terre qu’elle occupait et la propriété collective des moyens de production), ou tout est mis en commun au service de la communauté. Dans les campagnes, ces collectivités appelées kvoutza, modernisées ensuite par le kibboutz et le mochav, coexistant avec un secteur privé.
1883 : le baron Edmond de Rothschild en Palestine favorise l’implantation de colonies juives
Les idées de Theodor Herzl se concrétisent. Bien qu’en public il prétende que l’arrivée des Juifs n’apporterait que des bienfaits matériels, il est conscient du problème que pose la présence de la population Arabe en Palestine, mais il se garde d’en parler.
1890 : Début de la deuxième vague d’immigration juive en provenance de Russie.
1892 : Première ligne de chemin de fer entre Jaffa et Jérusalem.
1899 : Création de la Banque coloniale juive, chargé de générer le financement des activités pour l’achat de terres en Palestine.
Le baron Edmond de Rothschild décide du transfert de ses colonies en Palestine à la JCA (Jewish Colonization Association).
Le XXe siècle jusqu’à la Déclaration Balfour (1903 – 1920)
1903 : Le 6ème Congrès sioniste, adopte le principe d’une installation en Palestine.
1908 : Ouverture près de Jaffa du Bureau palestinien destiné à organiser l’achat de terres par le Dr Arthur Ruppin (1876-1943), ainsi que du Palestine Land Development Company (PDLC).
En mars, incidents à Jaffa entre Juifs et Arabes.
1909 : Fondation d’un petit bourg juif à proximité de Jaffa qui deviendra la ville nouvelle de Tel- Aviv.
Création du premier kibboutz.
La notion de travail juif, au cœur de la philosophie socialiste, conduit à l’exclusion des Arabes de l’économie juive. Cette politique exacerbe l’hostilité des Arabes envers le sionisme. Paradoxalement plus ouverts, les riches propriétaires terriens utilisent la main d’œuvre arabe, moins chère et plus expérimentée.
1910 : À Jérusalem sur une population totale de 73700 personnes, 47400 sont juifs, 9800 musulmans, 16500 chrétiens. (En 1860, sur 18000 personnes on comptait 8000 juifs, 6000 musulmans et 4000 chrétiens)
1915 : En pleine guerre, le Royaume-Uni, la France et la Russie, planifient, dans le plus grand secret, le partage du Proche-Orient et définissent les contours de leurs zones d’influence. Ils pensent que la Palestine est un cas particulier, du fait de l’enjeu symbolique que constituent les lieux saints, et doit bénéficier d’un statut international.
1916 : L’accord Sykes-Picot redéfinit la nouvelle carte géopolitique du Moyen-Orient. La Palestine est définie comme zone internationale, comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haïffa et Jérusalem.
En 1917, les Britanniques s’emparent de Jérusalem et forcent l’Empire ottoman à la capitulation.
2 novembre : Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères par sa déclaration, adressée au Baron Edmond de Rotschild au Royaume-Uni, promet au peuple Juif, la création d’un Foyer national juif sur la terre de Palestine, mais il ne s’agit pas encore d’un État juif.
Décembre : conquête de la Palestine par l’armée britannique. Le général Edmund Allenby entre à Jérusalem.
1919 : Rencontre entre l’Emir Fayçal et Haïm Weizmann le 3 janvier; la possibilité d’une coopération judéo-arabe apparaît. L’Emir Fayçal envisage favorablement la venue des Juifs en Palestine et la fondation d’un Foyer National Juif.
En 1920 : À la Conférence de San Remo, la déclaration Balfour est incluse dans les attendus du mandat britannique sur la Palestine que la Société des Nations approuvera deux années plus tard. Par cet acte, le Royaume-Uni choisit de soutenir le sionisme plutôt que l’arabisme pour imposer son contrôle sur la Palestine.
4 avril : Lors de la fête traditionnelle musulmane du Nabi Moussa, transformée en manifestation pour l’unité syrienne (le projet d’un grand état arabe unifié sur tout le Moyen-Orient), des violences éclatent entre Juifs et Arabes, et la situation tourne à l’émeute.
Sir Herbert Samuel est nommé haut-commissaire du Mandat britannique sur la Palestine.
Le Mandat britannique (1921–1947)
En 1921 : de passage à Jérusalem, le jeune secrétaire d’État britannique aux Colonies, Winston Churchill, reçoit une délégation islamo-chrétienne qui lui déclare : « Si les sionistes n’étaient venus en Palestine que comme des hôtes, ou si les choses en étaient restées à ce qu’elles étaient avant la guerre, il n’y aurait pas de problème Juifs et de non-Juifs. Mais c’est l’idée d’une Palestine transformée en un Foyer national juif que les Arabes rejettent et combattent ».
Les mouvements palestiniens refusant de cautionner la construction d’un « Foyer national juif », ils rejettent toute participation aux institutions politiques du mandat britannique, à l’exception de la gestion des affaires religieuses.
1922 : La Transjordanie (partie orientale du territoire mandataire britannique) devient un émirat autonome. Elle est soustraite à l’immigration juive.
1924 : Début de la troisième vague d’immigration de Juifs en provenance essentiellement de la Pologne.
1925 : Fondation par Vladimir Jabotinsky du Mouvement révisionniste (ainsi nommé parce qu’il demande la réinsertion de la Transjordanie dans la Palestine mandataire).
1928 : la Palestine vivait jusqu’en 1926 dans un calme relatif, mais la communauté juive -le yichouv – traverse depuis une crise profonde. Le tarissement de l’immigration juive permet même à certains de parler de « banqueroute du projet sioniste ». Cette année là, la commémoration par les juifs sionistes de la destruction du Temple par les Romains se radicalise et est ressentie comme une provocation par la communauté musulmane. De nombreux incidents ont lieu près du mur des Lamentations. Des rumeurs commencent à circuler, au sujet d’un complot juif, dont le but est de s’emparer de l’Esplanade des mosquées.
1929 : La rumeur aboutit à des émeutes qui prennent des allures de pogrom anti-juif; massacres à Hébron puis à Safed : 113 juifs tués et 339 autres blessés. Pourtant, l’émigration reprend, et de nombreux juifs d’Europe centrale continuent d’arriver en Palestine, apportant des capitaux et achetant de plus en plus de terres arabes.
1930 : Publication du second Livre Blanc britannique, prévoyant de limiter pour la première fois l’immigration des Juifs en Palestine.
1931 : Deuxième recensement britannique. La Palestine compte 175 000 Juifs et 880 000 Arabes (pour 84 000 Juifs et 760 000 Arabes lors du premier recensement en 1922)20. En 1939, la Palestine comptera 1 070 000 Arabes et 460 000 Juifs.
En 1933 : Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne. C’est le début de la 5ème aliyah, principalement en provenance d’Allemagne et des territoires contrôlés par les Allemands.
En octobre, à Haïfa, des émeutiers arabes s’en prennent aux autorités britanniques qu’ils considèrent comme responsables des progrès du sionisme.
1934 : Début de la Hapa’alah, entreprise d’immigration illégale de réfugiés juifs alors que leur nombre dépasse les quotas imposés par les Britanniques.
Automne 1935 : une révolte populaire arabe éclate, avec une nette coloration d’islam populiste et de guerre sainte, menée par le cheikh Izz al-Din al-Qassam. Après sa mort, en novembre, une grève générale est lancée pour obtenir l’arrêt de l’immigration juive et la vente des terres aux juifs. Elle se prolongera jusqu’en octobre 1936.
En 1936 : Début de l’opération Homa Oumigdal (murailles et tour), qui est une entreprise d’implantations aboutissant, de 1936 à 1939, à 51 nouvelles localités créées chacune en une seule nuit.
Avril 1936 : La révolte arabe, soutenue par le grand mufti de Jérusalem, Haj Amin al Husseini, se généralise après la grève générale. Les britanniques et les Juifs sont visés par de nombreux attentats.
1937 : La commission britannique Peel, propose un projet de partition de la Palestine entre Juifs et Arabes (15% du territoire à l’état juif). Le gouvernement britannique finit par accepter le principe de cette recommandation. Il s’agit là du premier texte suggérant le partage du pays entre Juifs et Arabes. Malgré le soutien de Ben Gourion, l’Agence juive[17] rejette le plan, tous comme les dirigeants palestiniens.
Des groupes armés arabes s’en prennent aux Britanniques, aux Juifs et aux « traîtres arabes ». Les Britanniques mènent une dure répression, et en deux années réussissent à vaincre et à décapiter ce mouvement national palestinien.
L’Irgoun commet, en 1937 et 1938, une série d’attentats à la bombe contre les foules et les bus arabes en représailles contre les attentats arabes. ces actions font environ 250 victimes civiles arabes.
Ben Gourion se rallie à la thèse, largement débattue, du « transfert » : « Le transfert obligatoire [nous] apporterait une immense région [pour la colonisation].[…] Je suis en faveur d’un transfert obligatoire et je n’y vois rien d’immoral. ».

3 mai 1939 : Publication du 3ème Livre Blanc (de MacDonald) :
Celui-ci prévoit que « au terme de la période de cinq ans, aucune immigration juive ne sera plus autorisée, à moins que les Arabes de Palestine ne soient disposés à y consentir ».
Par ailleurs, « le gouvernement de Sa Majesté déclare aujourd’hui sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif. [il a le] désir […] de voir s’établir finalement un État de Palestine indépendant ».
Ce projet officiel semble entrainer la fin des espoirs sionistes, et entraine une nette dégradation des relations entre l’Agence juive, et le gouvernement britannique.
Rue Ben Yehuda après l’attentat du22 février 1948
1941 : Le Grand Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, rencontra plusieurs dirigeants nazis dont Adolf Hitler et Heinrich Himmler, espérant les amener à adopter la cause arabe et même à étendre leurs mesures anti-juives aux Juifs de Palestine. Lors de sa réunion avec Hitler, en novembre 1941, al-Husseini obtint d’Hitler la promesse que « l’objectif allemand serait (…) la destruction des éléments juifs résidant dans la sphère arabe ». Le Mufti soutiendra les forces de l’Axe jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La majorité des palestiniens et des arabes ne suivront pas le Mufti.
6 mars 1942 : A la conférence de Biltmore, qui réunit l’Agence Juive et les délégués sionistes américains, David ben Gourion annonce que l’objectif officiel du sionisme est la création d’un « commonwealth juif », une « patrie des Juifs ». C’est la première revendication d’un état indépendant, l’Agence juive s’étant jusqu’alors gardée d’affronter la puissance mandataire sur ce point, en restant à la revendication plus consensuelle et plus floue d’un « foyer national juif » autonome.
Février 1944 : l’Irgoun, organisation armée sioniste issue de la droite sioniste, rompt le cessez-le-feu qu’elle respectait depuis 1940 du fait de la guerre, et lance une campagne d’attentats contre les britanniques, qui durera jusqu’en 1948. Le Lehi, une dissidence de l’Irgoun, reprend aussi ses opérations anti-britanniques. Les attaques, en combattant les deux points les plus rejetés du livre blanc de 1939 visent à permettre une libre émigration juive en Palestine afin de modifier le rapport de force démographique, et à empêcher la création de l’état palestinien unitaire qui était envisagé. Un troisième objectif s’y ajoute progressivement : le départ des britanniques.
8 août 1944 : le haut commissaire britannique pour la Palestine (gouverneur), sir Harold Mac Michael, très impopulaire dans le Yichouv, échappe à une tentative d’assassinat du Lehi.
1946 : La Transjordanie acquiert son indépendance et devient le Royaume Hachémite de Jordanie.
Juillet 1947 : le bateau Exodus est expulsé des côtes de Palestine vers l’Europe, portant à son bord 4 500 survivants de la Shoah, suscitant un important mouvement de sympathie international.
18 février 1947 : Devant l’augmentation des attentats commis par les organisations armées sionistes (surtout Irgoun et Lehi, et dans une moindre mesure Haganah), les Britanniques annoncent l’abandon de leur mandat sur la Palestine.
28 avril 1947 -13 mai : La SDN[18] ayant attribué ce mandat, c’est à son successeur, l’ONU, qu’il appartient de décider des conséquences de la fin du mandat. Une commission d’enquête est créé l’UNSCOP (United Nations Special Committee on Palestine), composé de représentants de 11 états (Australie, Canada, Guatemala, Inde, Iran, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay, Yougoslavie). Dans un souci de neutralité, aucune des grandes puissances de l’époque ne fut représentée.
L’UNSCOP considère deux options. La première était la création d’États juif et arabe indépendants, avec la ville de Jérusalem placée sous contrôle international. La seconde consistait en la création d’un seul État fédéral, contenant à la fois un État juif et un État arabe.
L’agence juive coopère largement avec l’UNSCOP, mais le Haut comité arabe (représentant les palestiniens) refuse, considérant que « les droits naturels des arabes de Palestine sont évidents et ne peuvent continuer à faire l’objet d’enquête », et critiquant l’absence de prise en compte de l’idée d’un état indépendant unitaire. Ce sont les états arabes qui défendent la position palestinienne.
Sur le principe, les représentants de la jeune Ligue arabe[19] rejettent toute division de la Palestine mandataire, et réclament une indépendance unitaire. La fin de l’immigration juive est demandée, les Juifs déjà installés et ayant « acquis légalement la nationalité palestinienne [auraient] les mêmes droits [que les] arabes ». Hamid Frangié, un représentant libanais, indique à l’UNSCOP qui demande des précisions sur ce dernier point que « les Juifs entrés illégalement en Palestine ou n’ayant pas demandé la nationalité – au total, d’après lui, 400 000 personnes, soit les deux tiers des immigrants – seraient […] expulsés ». Pour le Haut comité arabe, « l’affrontement en terre sainte met aux prises, non deux légitimités, mais des autochtones avec des colons étrangers ».
Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU vote à la majorité des 2/3 et le soutien des grandes puissances (USA, URSS, France) une résolution sur le partage de la Palestine.
Deux états, un juif et un arabe, sont créés. Le territoire israélien proposé couvre 56% de la Palestine mandataire, qui abriterait une population de 498 000 Juifs sur 650 000 (37% de la population totale de la Palestine), plus une minorité de 407 000 Arabes sur 1 237 000. À l’époque du vote, 7% du territoire de la Palestine avait déjà été acquis en propriété foncière par la population juive grâce au financement par des mécènes et aux collectes de fonds.
Le territoire des deux états ne comprend pas Jérusalem, où vivent 100 000 Juifs supplémentaires aux côtés de 105 000 Arabes, et dont le statut prévu est celui de zone internationale.
Les Britanniques se sont abstenus, souhaitant préserver leurs intérêts dans le monde arabe sans s’opposer aux américains. L’Agence juive soutient le plan, lequel est rejeté par la droite nationaliste sioniste : Parti révisionniste, Irgoun et Lehi.
Les pays arabes ont voté contre le plan, et quittent la salle du vote après celui-ci. Toutes les organisations politiques palestiniennes s’opposent au plan, à l’exception du parti communiste, qui s’aligne sur Moscou.
Bien que la principale objection soit la création d’un état pour des « colons étrangers », la partie arabe critique aussi de façon plus technique le tracé de la frontière. Celui-ci a en effet été dessiné de façon à englober le maximum de villages juifs à l’intérieur de l’État juif, la réciproque n’étant pas respectée. La frontière englobe enfin 56% du territoire palestinien, les Juifs ne représentant à l’époque que 37% de la population.
Du vote des Nations Unies aux Armistices (1947–1949)
Dès le lendemain de l’adoption du plan de partage par l’ONU, les manifestations de joie de la communauté juive sont contrebalancées par les manifestations d’opposition arabe dans tout le pays. En effet, de graves affrontements ont déjà lieu et dans tout le Proche-Orient les extrémistes islamistes s’en prennent aux communautés juives.
Le 1er décembre, le Haut Comité arabe décrète une grève générale de 3 jours.
Décembre 1947 : un « vent de violence » va rapidement et spontanément s’installer, annonciateur de la « guerre civile ». Dans toutes les zones mixtes où vivent les deux communautés, à Jérusalem et Haïfa en particulier, attaques, représailles et contre-représailles de plus en plus violentes se succèdent. Les tirs isolés évoluent en batailles rangées ; les attaques contre le trafic se transforment en embuscades. Des attentats de plus en plus sanglants se produisent, auxquels répondent à leur tour des émeutes, des représailles et d’autres attentats.
8 janvier 1948 (ou 10 janvier selon Yoav Gelber) : entrée en Palestine de l’Armée de libération arabe de Quawukji, formée de volontaires arabes et palestiniens, à l’époque environ 1 500 hommes. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, une troupe composée de 700 Syriens, en tenue de combat, bien équipée et disposant de transports mécanisés entre en Palestine « via la TransJordanie ».
Le 27 janvier, une bande de 300 hommes, venant de l’extérieur de la Palestine, s’est établie dans la région de Safed en Galilée et est probablement responsable des attaques intensives au mortier et à l’arme lourde de la semaine contre la colonie de Yechiam.
Janvier 1948 – Mars 1948 : les attaques menées par les nationalistes palestiniens et les volontaires arabes se généralisent, sous le nom de « guerre des routes ». Les communications entrent implantations juives et avec la Jérusalem juive deviennent difficiles. Les forces Juives sont sur la défensive.
En mars, rédaction du plan Daleth par la Haganah, lequel prévoit « destruction de villages […]. En cas de résistance, les forces armées doivent être détruites et la population expulsée en dehors des frontières de l’État hébreu ». Des historiens comme Ilan Pappé[20] ou Walid Khalidi le considère comme un plan de nettoyage ethnique[21], alors que Benny Morris ou Yoav Gelber le considère plutôt comme un plan limité à la gestion des affrontements autour des « bases ennemies ».
Première vague de réfugiés : environs 70 000 palestiniens, essentiellement des membres des couches moyennes et supérieures, qui partent pour l’étranger dans l’attente de la fin des combats.
Début avril 1948, la Haganah, principale milice clandestine, dépendant de l’Agence juive (le gouvernement du Yichouv), reçoit sa première grosse livraison d’armes en provenance de Tchécoslovaquie (en quelques mois, sous la direction de Yigael Yadin, elle deviendra une véritable armée professionnelle).
Début de la contre-attaque des forces sionistes : décidée par Ben Gourion, l’Opération Nahshon est lancée le 2 avril par la Haganah pour dégager la Jérusalem juive avec laquelle les communications sont devenues très difficiles.
9 avril, l’Irgoun et le Lehi, assistés par la Haganah, prennent le village de Deir Yassin. Après le retrait de la Haganah un massacre est commis contre les civils. Le massacre est condamné par l’Agence juive et les dirigeants de la Haganah[22], mais sans sanctions judiciaires.
Courant avril, la Haganah conquiert Tibériade et Haïfa, puis, par l’opération Yiftah sous la direction de Yigal Allon, Safed, pendant que l’Irgoun s’empare de Jaffa.
Yigal Allon lance une campagne de guerre psychologique. En un mois et demi (avril-mai), les villages arabes tombent les uns après les autres.
Seconde vague de l’exode palestinien. D’après un rapport du Shai (service de renseignement militaire de la Haganah) daté du 30 juin 1948, 391 000 personnes sont parties depuis décembre 1947, ce qui estime la seconde vague à 320 000 réfugiés. Le rapport indique : « au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations [de la Haganah] […], [l’Irgoun et le Lehi] ont directement causé environ 15 % de l’émigration ». Deux pour cent des départs seulement seraient des expulsions directes, chiffre considéré comme sous-estimé par Morris, qui l’évalue plutôt à 10%.
Le 14 mai 1948, Ben Gourion lit la Déclaration d’indépendance qui proclame la création de l’État d’Israël. A ce stade, le gouvernement contrôle la bande côtière Ashkelon–Haïfa, la Jérusalem juive, le vallée de la Jézréel et la haute vallée du Jourdain.
Dans les jours qui suivent, des armées composées d’environ 1 000 Libanais, 6 000 Syriens, 4 500 Irakiens, 10 000 Égyptiens et entre 6 000 et 9 000 Transjordaniens se joignent aux forces arabes civiles (12 000 hommes) et à l’Armée de Libération (3 800 hommes d’après Gresh et Vidal[23]). Israël se retrouve comme avant avril sur la défensive.
11 juin 1948 – 8 juillet 1948 : première trêve israélo-arabe. Les armes affluent en Israël, en particulier en provenance du bloc de l’est, qui souhaite la défaite des anglais et de leurs alliés arabes. Création et organisation de Tsahal, qui regroupe toutes les milices juives.
Juillet – octobre :
Israël conquiert la plus grande partie de la Palestine, hors le Neguev et la Cisjordanie.
Troisième vague de départ des réfugiés (300 ou 350 000), accompagnés de certains massacres. Selon Morris[24] ou Gelber, s’appuyant sur les archives de Tsahal, les expulsions deviennent particulièrement nombreuses.
Au total, ce sont à la fin 1948 entre 700 000 et 730 000 Palestiniens qui fuiront ou seront chassés de leur terre et leur maison. Cet exode est à la fois intérieur vers la Bande de Gaza et la Cisjordanie et extérieur vers la Syrie, le Liban et la Jordanie. À la fin de la guerre, plus de la moitié des Palestiniens sont des réfugiés : il en reste moins de 150 000 en Israël, 400 000 en Cisjordanie, 60 000 dans la bande de Gaza. Suite à l’annexion de la Cisjordanie la plus grande partie de ces réfugiés palestiniens passeront sous tutelle jordanienne. Le Liban et la Syrie accueillent chacun à peu près 100 000 réfugiés, l’Irak 5 000 et le restant sera sous administration égyptienne dans la bande de Gaza.
La Palestine comptait environ 1 800 000 habitants (musulmans, juifs et chrétiens) dont environ 1 200 000 palestiniens de souche. En quelques mois, elle voit la majeure partie de la population palestinienne de souche fuir ou être chassée des zones sous contrôle israélien. Les réfugiés furent remplacés par les immigrés juifs survivants de la Shoah, ainsi que par les réfugiés juifs chassés ou fuyant à leur tour les pays arabes.
Décembre 1948 : la loi sur les « propriétés abandonnées » permet la saisie des biens de toute personne « absente ». Elle définit un « Absent » comme une personne qui « pendant la période du 29 novembre 1947 au 1er septembre 1948, se trouvait quelque part ailleurs sur la Terre d’Israël située à l’extérieur du territoire d’Israël » (ce qui signifie la Cisjordanie ou la Bande de Gaza) ou dans d’autres États Arabes. Les anciens villages arabes sont détruits, et leurs terres redistribuées à des communautés agricoles juives, Mochavim ou Kibboutzim, formalisant légalement la volonté d’empêcher tout retour.
24 janvier 1949 : annexion de la Cisjordanie par la Transjordanie, qui devient alors la Jordanie. La Palestine, qui avait obtenu une existence juridique à partir du mandat de la Société des Nations de 1922, cesse toute existence légale, partagée entre Israël (77%), la Jordanie (20%), et l’Égypte (2%). Seule la bande de Gaza n’est pas formellement annexée par l’Égypte, tout en restant cependant administrée par elle en l’attente d’une hypothétique « libération de la Palestine ».
Mars 1949 : le désert du Neguev passe sous contrôle israélien (opération Ouvda).
Février 1949 – Juillet 1949 : signature d’une série d’Accords d’armistice.
De l’Indépendance d’Israël à la Guerre de Six Jours (1949–1967)
En 1967, la guerre des Six Jours change la donne géopolitique au Proche-Orient. Cette guerre fut déclenchée comme une « attaque préventive » d’Israël contre ses voisins arabes, à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Égypte le 23 mai 1967. Au soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation arabe est détruite. Israël en profite pour conquérir Jérusalem-est, la Cisjordanie et la bande de Gaza, territoires palestiniens qui étaient passés en 1948 sous double occupation jordanienne et égyptienne, ainsi que le Golan syrien et le Sinaï égyptien.
En 1968, le Fatah, groupe de résistance palestinienne, est la cible d’une attaque majeure de l’armée israélienne sur le village jordanien de Karameh, durant laquelle plus de 150 combattants palestiniens succomberont sous le feu israélien et 29 soldats israéliens seront tués par les forces armées jordaniennes. Malgré sa défaite sur le terrain, la bataille est considérée comme bénéfique par le Fatah, les Israéliens s’étant finalement retirés.
Le 3 février 1969, lors du Congrès national palestinien, Yasser Arafat est nommé président du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, en remplacement de Ahmed Choukairy, d’abord appointé par la Ligue arabe.
En 1970, Yasser Arafat appelle au renversement de la monarchie hachémite, en s’appuyant sur le fait que 75% des habitants de la Jordanie sont maintenant Palestiniens à un degré ou à un autre. Le roi Hussein ne se laisse pas faire et fait massacrer par dizaines de milliers les Palestiniens, qu’ils soient fedayins ou civils, obligeant Yasser Arafat à se réfugier au Liban. Cet épisode dramatique est connu sous le terme de Septembre noir.
1973 : La guerre du Kippour, aussi appelée guerre du Ramadan dans le monde arabe ou encore guerre d’octobre ou guerre israélo-arabe de 1973 opposa, du 6 octobre au 24 octobre 1973, Israël à une coalition menée par l’Égypte et la Syrie.
Le jour du jeûne de Yom Kippour, férié en Israël, qui coïncidait avec la période du Ramadan, les Égyptiens et les Syriens attaquèrent par surprise simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, territoires respectivement égyptien et syrien occupés par Israël depuis la guerre des Six Jours. Profitant d’une supériorité numérique écrasante, les armées égyptiennes et syriennes avancèrent durant 24 à 48 heures, le temps qu’Israël achemine des renforts. Même si les attaquants bénéficiaient toujours d’une large supériorité numérique, l’armée israélienne put alors les arrêter. En une semaine, Israël retrouva son potentiel militaire et lança des contre-offensives qui lui permirent de pénétrer profondément en Syrie et de traverser le canal de Suez pour progresser au sud et à l’ouest en Egypte lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies en coopération avec les deux superpuissances par l’intermédiaire du Royaume-Uni demanda un cessez-le-feu pour laisser place aux négociations.
Alors que les armées israélienne et égyptienne se regroupaient, les combats reprirent sur les fronts syriens et égyptiens après l’heure du cessez-le-feu sans que l’on puisse déterminer qui en étaient le ou les responsables. Sans en référer à l’état-major, les officiers de terrain qui étaient frustrés de n’avoir pas pu accomplir les quelques centaines de mètres de progression nécessaires pour achever l’encerclement de l’armée égyptienne se servirent de cette rupture du cessez-le-feu pour terminer la manœuvre.
L’incapacité des services secrets israéliens à prévenir correctement de l’attaque imminente eut pour conséquence un séisme politique et notamment la démission de la Première ministre Golda Meir.
La réussite militaire initiale égyptienne, la destruction de la ligne Bar-Lev et l’effondrement de la théorie de sécurité Israélienne permirent l’ouverture des négociations de paix qui aboutirent à la normalisation des relations entre Israël et l’Égypte. Celles-ci aboutirent aux accords de Camp David en 1978. Contre l’engagement de ne plus attaquer Israël (engagement tenu jusqu’à aujourd’hui), l’Égypte récupéra la péninsule du Sinaï, occupée après la guerre des Six jours de 1967. La frontière entre l’Égypte et Israël fut rouverte et les populations des deux pays peuvent maintenant voyager chez leur ancien ennemi.
La principale conséquence de cette guerre pour le monde fut le choc pétrolier de 1973, quand l’OPEP décida de l’augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole ainsi que de la réduction de sa production.
En 1974, les chefs d’États arabes déclarent que l’OLP[25] est le seul représentant légitime de tous les Palestiniens. L’OLP est admise comme membre à part entière de la Ligue arabe en 1976.
1987 : Début à Gaza de la première Intifada, la « guerre des pierres » ou la « révolte des pierres », initiée par la population palestinienne contre l’occupation et les humiliations israéliennes. Elle durera sept années.
En 1988, avec l’Intifada, Yasser Arafat reformule sa pensée politique, à travers la « Déclaration d’indépendance de l’État de Palestine », préparée par Jérôme Segal, un universitaire juif américain d’extrême-gauche, et prononcée à Alger. Il se fait élire, par le Conseil national palestinien, président de l’État qu’il proclame indépendant en novembre à Alger.
Le 30 octobre 1991 a lieu une conférence de paix à Madrid, parrainée par Moscou et Washington.
En août 1993, suite à des négociations secrètes menées à Oslo, un accord de paix est signé à la Maison Blanche sous l’égide du président Bill Clinton. Le monde entier retient la poignée de main échangée avec le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et la nouvelle donne géopolitique que constitue le plan d’Oslo.
En 1994 : Yasser Arafat et l’Autorité palestinienne s’installent à Gaza. Suite aux accords d’Oslo, Yasser Arafat reçoit avec Shimon Peres et Yitzhak Rabin le prix Nobel de la paix. Le 4 mai, l’accord sur l’autonomie de Gaza et Jéricho, entériné au Caire, marque le début de la période d’autonomie. L’armée israélienne se retire de 70% de la bande de Gaza et de Jéricho.
Le 1er juillet 1994 : Arafat revient en Palestine après plusieurs années d’exil. Il constitue à Gaza l’Autorité nationale palestinienne et en est élu président en 1996.
Le 4 novembre 1995 Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste juif qui lui reproche la rétrocession des terres juives. Il est remplacé par le travailliste Shimon Peres, qui perdra le pouvoir six mois plus tard au profit du politicien de droite Benyamin Netanyahou.
13 novembre – 21 décembre 1995 : Retrait israélien de plusieurs villes de Cisjordanie.
Durant les années 1994 à 2000, selon un rapport du FMI, l’économie palestinienne a augmenté à un rythme de 9,28% par an, et les investissements de 150%, ce qui en fait l’un des taux de développement les plus élevés au monde lors de cette période, mais cette croissance ne profite pas au peuple du fait du coût économique et social exorbitant de la lutte contre Israël et de la corruption généralisée des dirigeants palestiniens.
23 octobre 1998 : Netanyahu et Arafat signent à Wye Plantation (États-Unis) un accord sur le retrait israélien de 13% de la Cisjordanie. Le 14 décembre, les articles de la charte palestinienne appelant à la destruction d’Israël sont supprimés.
En 2000, le nouveau premier ministre israélien Ehud Barak propose à Yasser Arafat de reconnaître l’État palestinien. L’État proposé voyait les colonies israéliennes non démantelées, était amputé de près de 10% des territoires palestiniens occupés avec un contrôle israélien à l’ouest du Jourdain, avec les colonies qui amputent encore de 40% le contrôle du territoire (du fait des routes de détournements reliant les colonies entre elles) ; l’état proposé n’a pas le contrôle de ses frontières, est démilitarisé, et il était prévu d’y inclure la ville d’Abu Dis à Jérusalem pour la renommer Al Quds (le nom arabe de Jérusalem). La proposition inclut le retour en Israël même de 250 000 descendants des réfugiés de 1948. Suite à l’échec des négociations ont lieu les accords de Taba, mais Barak n’a pas voulu signer car son mandat arrivait à son terme. De plus il restait encore des contentieux à régler (Jérusalem Est, les colonies à démanteler, une reconnaissance demandée par les Palestiniens de la responsabilité israélienne pour les réfugiés).
En septembre 2000, une seconde Intifada est déclenchée ; elle tourne rapidement à la guerre. D’après Imad Al Faluji, ministre palestinien de la Communication (mai 1996 – octobre 2002), la seconde Intifada a été planifiée par les treize formations dès la fin du sommet de Camp David II en juillet 2000. La visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées (aussi appelée Mont du Temple) ayant été vécue comme une provocation par les Palestiniens, elle serait l’étincelle qui déclencha le début de l’Intifada le lendemain.
30 avril 2003 : Publication de la Feuille de route pour la paix, un plan par étapes rédigé par les États-Unis, la Russie, l’Union européenne et l’Onu et devant conduire à la création d’un État palestinien. Les Palestiniens l’acceptent immédiatement, Israël l’adopte en mai, avec des réserves liées à la sécurité de ses frontières et aux attaques terroristes.
9 janvier 2005 : Mahmoud Abbas est élu à la tête de l’Autorité palestinienne.
8 février 2005 : Sommet de Charm el-Cheikh avec Ariel Sharon et Mahmoud Abbas.
17-18 aout 2005 : Retrait et démantèlement des colonies juives de la bande de Gaza, 8000 colons sont évacués en Israël par l’armée israélienne, ce qui provoque une fracture au sein de la population entre les pro-retrait favorables au dialogue avec les Palestiniens et les anti-retrait favorables à la poursuite de la colonisation.
12 septembre 2005 : Après trente-huit ans d’occupation et de colonisation de la bande de Gaza le départ des derniers soldats israéliens marque un tournant dans l’avenir du proche orient. Le retrait de Gaza, le démantèlement de plusieurs colonies en Cisjordanie ainsi que la construction de la barrière de sécurité (« le mur de l’apartheid » du point de vue palestinien) envisage les frontières d’un futur État Palestinien et rassure les Israéliens sur des frontières sûres
Décembre 2005 – Janvier 2006 : Le premier Ministre israélien, Ariel Sharon, acteur principal du plan de désengagement israélien de la bande de Gaza subit deux attaques cérébrales successives et plonge dans un coma profond.
25 janvier 2006 : Tenue des élections législatives Palestiniennes. Stupeur et crainte pour l’avenir remplace l’optimisme du récent retrait israélien de Gaza. Malgré les efforts de paix de Mahmoud Abbas (Président de l’Autorité Palestinienne) et malgré le désengagement israélien de Gaza, le peuple Palestinien élit massivement le Hamas[26] (parti islamiste qui ne reconnait pas Israël et appelle à sa destruction). Le Hamas obtient 74 des 132 sièges au parlement palestinien entrainant la démission du premier Ministre Ahmed Qoreï. Les États-Unis décident de stopper leurs versements financiers au gouvernement Palestinien tant que le Hamas n’aura pas reconnu Israël et qu’il n’aura pas renoncé à son projet de destruction totale de l’État Hébreu.
30 janvier 2006 : Israël, par la voix de son Premier ministre intérimaire, Ehud Olmert, décide de geler les fonds dus à l’Autorité palestinienne, de peur qu’ils ne parviennent à des éléments terroristes.
25 juin 2006 : Un groupe de combattants Palestiniens attaque un poste armé de Tsahal à la frontière sud d’Israël via un tunnel près de Kerem Shalom qui passe au sud de la bande de Gaza. Durant l’attaque, deux soldats israéliens sont tués, trois autres blessés, dont le caporal Guilad Shalit qui est enlevé par les Palestiniens. Mohammed Abdel Al, un porte-parole des Comités de Résistance Populaire, a révélé que l’attaque de ce lieu était planifiée depuis deux mois dans le but de réclamer la libération de prisonniers palestiniens enfermés en Israël.
28 juin 2006 : Israël lance l’opération « pluie d’été » dans le but de récupérer le soldat capturé par le commando palestinien. Plusieurs unités terrestres de Tsahal sont engagées dans les combats ainsi que des hélicoptères et des frappes aériennes de bombardiers F-15 et F-16. Le second objectif de cette offensive est de mettre fin aux tirs incessants de roquettes kassam tirées depuis Gaza sur le sud d’Israël (notamment la ville de Sdérot) et de mettre la pression sur le gouvernement du Hamas qui cautionne ces attaques. C’est la première fois que l’armée israélienne revient sur ce territoire de l’Autorité palestinienne depuis le plan de désengagement unilatéral terminé en septembre 2005. Les premiers jours de l’opération ont été marqués par la destruction de la seule centrale électrique de Gaza, de trois ponts et de l’arrestation de plusieurs parlementaires et ministres affiliés au Hamas.
2008 La Guerre de Gaza : l’Opération « Plomb Durci » est une opération militaire israélienne dans la Bande de Gaza, qui débuta le samedi 27 décembre 2008 à 11 h 30 du matin UTC+2 (9 h 30 du matin UTC) caractérisée par des raids et bombardements aériens suivis par une offensive terrestre lancée le 18 janvier 2009 vers 19 heures 30. L’objectif affiché des Israéliens était de mettre fin aux tirs de roquettes Qassam du Hamas lancés depuis la bande de Gaza, en particulier sur la ville voisine de Sderot, et à son réapprovisionnement en armement, en s’en prenant aux militants du Hamas et en détruisant des infrastructures qu’il utilise, en particulier les centaines de tunnels creusés sous la frontière entre la Bande de Gaza et le Sinaï égyptien.
Le dimanche 18 janvier au matin, un cessez-le-feu est décidé par le gouvernement israélien, qui dit avoir atteint son objectif. Quelques heures plus tard, le Hamas annonce à son tour un cessez-le-feu d’une semaine afin de laisser le temps aux forces israéliennes de quitter la Bande de Gaza et d’ouvrir les points de passage pour l’aide humanitaire et les produits de première nécessité, mais Israël dit que le retrait se fera sans prendre en compte ce délai ; d’après des responsables israéliens, toutes les troupes israéliennes ont quitté le territoire palestinien dès le 21 janvier. Le Hamas déclare lui aussi avoir gagné la guerre, avançant que « notre peuple ne s’est pas rendu », et affirme qu’il va se réarmer et que la fabrication d’« armes saintes » est son objectif. En pratique, le cessez-le-feu n’a cependant pas totalement mis fin aux tirs des deux camps.
Les autorités israéliennes affirment agir en légitime défense. Selon elles, des tirs de roquette ont repris contre l’État juif depuis la rupture unilatérale du cessez-le-feu par le Hamas, le 19 décembre 2008.
Or, le Hamas n’a pas rompu de trêve. Une trêve de six mois avait été conclue entre Israël et le Hamas par l’intermédiaire de l’Égypte. Israël s’était engagé à interrompre le blocus de la bande de Gaza ; l’Égypte s’était engagée à rouvrir le point de passage de Rafah ; et le Hamas s’était engagé à stopper les tirs de roquette contre Israël. Cependant, Israël et l’Égypte ne remplirent jamais leurs engagements. Le Hamas interrompit les tirs de roquettes durant des mois. Il les reprit en novembre à la suite d’une incursion israélienne meurtrière.
Cette opération militaire a suscité une large réprobation dans l’opinion internationale, en raison du caractère jugé disproportionné de la riposte israélienne, du nombre de victimes civiles parmi les Palestiniens[27], et de l’utilisation par l’armée israélienne d’armes dont l’usage est restreint ou limité par le droit international humanitaire. Cependant, les gouvernements restent beaucoup plus balancés dans leur réactions diplomatiques, tels le gouvernement égyptien de l’époque Moubarak qui se montra très critique vis à vis du Hamas ou le gouvernement allemand pour qui le Hamas a « rompu unilatéralement le cessez-le-feu ».
Le Rapport de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le conflit à Gaza plus connu sous le nom de Rapport Goldstone est un rapport de 575 pages rédigé à la demande du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur l’opération militaire israélienne appelée Opération Plomb Durci . Rédigé après un mois et demi d’enquête menée par quatre membres d’une mission d’information de l’ONU dirigée par le juge juge Richard Goldstone, le Rapport Goldstone examine en détail 36 « incidents » au cours desquels les lois de la guerre et le droit international pouvaient avoir été violés. Les rapporteurs ont entendu 188 personnes, examiné plus de 10 000 pages de documents, 1200 photos et 30 vidéos, et tenu deux audiences publiques à Gaza et à Genève. La mission – qui n’avait pas été autorisée par le gouvernement israélien à enquêter sur son territoire et à entendre des militaires israéliens2 – a remis ses conclusions le jeudi 15 septembre 2009. Le rapport accuse l’armée israélienne et des groupes armés palestiniens (en particulier ceux du Hamas) d’avoir commis des « actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, des crimes contre l’humanité. ».
A Israël, il est reproché :
- La mission dans son rapport estime que l’isolement économique et politique imposé par Israël à la Bande de Gaza depuis 2006, constitue une violation des termes de la 4e Convention de Genève.
- Nombreuses attaques des forces israéliennes contre des bâtiments gouvernementaux et des personnels gouvernementaux de Gaza incluant des policiers.
- Bombardement par les forces israéliennes avec des obus au phosphore blanc de l’hôpital al-Quds et du dépôt d’ambulances adjacent, qui ne constituaient pas des cibles militaires.
- Attaques délibérées, aveugles, sans discrimination des forces israéliennes sur des populations civiles.
- Les divers incidents, graves, mettant en cause les forces israéliennes, montrent que les instructions données fixaient un faible seuil à l’utilisation d’un feu mortel contre la population civile.
- Attaques visant les fondements de la vie civile à Gaza: destruction des infrastructures industrielles, de la production alimentaire, des installations d’approvisionnement en eau, des stations d’épuration des eaux usées et des habitations.
- Utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains.
- Recours excessif à la force envers les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
- Restriction des droits des prisonniers palestiniens détenus en Israël.
Aux groupes armés palestiniens, il est reproché :
- La mise en danger de la population civile en lançant des attaques depuis des zones urbaines.
- Le maintien en détention, sans visite, du soldat Gilad Shalit, prisonnier de guerre selon les termes de la 3ème Convention de Genève.
- Des violences et des attaques commises par les forces de sécurité de Gaza contre les opposants politiques membres du Fatah.
Des obus fumigènes M825159 au phosphore blanc seraient utilisés par l’artillerie, selon le site timesonline, de l’armée israélienne.
Selon deux médecins norvégiens (Erik Fosse et l’urgentiste controversé Mads Gilbert), qui interviennent dans la région depuis une vingtaine d’années avec l’Organisation non gouvernementale (ONG) norvégienne Norwac, l’armée israélienne utiliserait à nouveau des armes expérimentales de fabrication américaine, à base de Dense Inert Metal Explosive, développées pour le contexte d’une guerre asymétrique, et caractérisées par une puissance de souffle accru sur un rayon d’une dizaine de mètres. Ces armes causent des lésions incurables dans les tissus mous et les os des organismes vivants. Ces soupçons sont partagés par Marc Garlasco, un analyste militaire travaillant pour Human Rights Watch. Disposant d’un grand pouvoir d’explosion, elles ont un rayon d’action limité afin d’éviter les dommages collatéraux mais leurs éclats possèdent des effets cancérigènes et génotoxiques. Selon Mads Gilbert : « À 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées,… Ils n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire », et d’ailleurs un infirmier de l’hôpital Al-Awda dans le camp de réfugiés de Jabalya rapporte qu’il y a une grande majorité de blessés qui arrivent avec au moins un membre manquant.
Les moteurs de ces drones Hermes 450 sont fabriqués en Grande-Bretagne. Une centaine de députés anglais signent une déclaration « réclamant un embargo de toutes les ventes militaires qui pourraient être utilisées pour l’agression à Gaza et dans les territoires occupés. » De manière générale l’écart technologique entre les deux camps fait que les bombardements se font, comme le dit Gideon Levy[28], « en toute liberté sans rencontrer aucune résistance ».
Selon le colonel britannique Richard Kemp : « Au cours de l’opération Plomb durci, les Forces de Défense Israélienne ont plus fait pour sauvegarder les droits des civils en zone de combat que toute autre armée dans l’histoire de la guerre ». Selon le lieutenant général américain William G. Boykin : « Les Israéliens ont fait très attention à ne pas viser de cibles civiles, et quand ils ont visé des cibles civiles, ils ont fait en sorte d’informer qu’ils allaient frapper. Et le rapport Goldstone dit exactement le contraire ».
La position d’Israël est que l’utilisation de la force militaire à Gaza constitue un acte de légitime défense, plutôt que des représailles ou des punitions collectives. Diverses instances de l’ONU, le CICR, Amnesty International, Human Rights Watch et B’Tselem accusent Israël d’utilisation de phosphore blanc, une accusation d’abord démentie puis reconnue.
Une estimation préliminaire des dommages par l’UNOSAT, institut issu de l’ONU et du CERN, effectuée à partir d’imagerie satellite sur la bande de Gaza indique au 19 janvier 2009 un millier de bâtiments détruits (857 totalement et 151 sévèrement endommagés, 116 cratères dus à des impacts sur des routes et 361 dans des champs cultivés ou non).
Bilan des destructions[29]
Plus de 3000 maisons détruites et 20 000 endommagées. Beaucoup de maisons, d’usines et des fermes ont été rasées par des bulldozers et beaucoup de maisons ont été
détruites avec des mines anti-char.
Un certain nombre de bâtiments publics ont été bombardés par les forces israéliennes dans les premiers jours de l’opération «Plomb durci». Elles comprenaient le Conseil législatif palestinien (PLC), ou parlement, le Ministères des affaires étrangères, du Travail, du Logement et de la Construction, des Finances et la Justice, la prison centrale, pratiquement tous les postes de police et les stations de télévision et les journaux affiliés au Hamas.
La Palestine de nos jours
3.1 Présentation
Le terme « Palestine » a une longue histoire et a le plus souvent désigné — dans les langues occidentales — une division administrative ou politique d’un empire, depuis l’époque romaine jusqu’à l’époque ottomane puis sous le mandat britannique, à l’exception notable de l’époque des Croisades pendant laquelle elle fut appelée « Terre sainte » par les croisés. Charnière entre la vallée du Nil et la « terre entre les fleuves » (Mésopotamie), le pays a été habité depuis des millénaires et a connu la présence de nombreuses dominations d’empires et de brassage de peuples.
La Palestine comprend la Cisjordanie et la bande de Gaza.
La Cisjordanie est divisée en 3 zones par Israël :
- Zone A : Autorité Palestinienne
- Zone B : Autorité Palestinienne sauf pour la sécurité
- Zone C : Contrôle total d’Israël
Démographie[30]
Population totale : 4,016,416 dont Cisjordanie : 2,350,583 ; Gaza : 1,499,369 (2007)
Age moyen : 18 ans
Espérance de vie : 73.6 ans
Densité de population : 667/km2 en Cisjordanie – 4108/km2 à Gaza
En ce qui concerne Israël :
Population totale : 7,337,500 dont Juifs : 5,542,400 ; Arabes : 1,476,500
Géographie
La Palestine se trouve sur la bordure ouest du continent asiatique et l’extrémité orientale de la mer Méditerranée. Il est délimité au nord par le Liban et la Syrie, à l’ouest par la mer Méditerranée, au sud par le golfe d’Aqaba et de l’Egypte la péninsule du Sinaï, et à l’Est par la Jordanie.
Superficie totale: 26,323 km2 ; zone d’eau : 438 km2 (approx.)
West Bank (Cisjordanie) : 5,655 km2; 130 km long, 40-65 km de large
Gaza Strip: 365 km2; 45 km de long et 5-12 km de large
| Frontières du territoire | West Bank | Gaza |
| Total | 404 km | 62 km + 40 km de cote |
| Frontières | Israël 307 km (Green Line) | Israël 51 km (Green Line) |
| Jordan 97 km | Egypte 11 km |
Ligne verte[31] ≅ 320 km

La Palestine et ses voisins.
3.2 Les réfugiés
Le problème des réfugiés palestiniens a été créé à la suite de deux guerres (An-Nakba de 1948 et An-Naksa de 1967), les massacres, et autres agressions perpétrées par des groupes terroristes juifs tels que la Haganah, l’Irgoun et Stern[32]. Après la guerre de 1948, la Commission de conciliation de l’ONU a estimé que 726 000 Palestiniens (75% de la population arabe de Palestine) ont fui ou ont été expulsé, en dehors de ce qui est devenu Israël («réfugiés de 1948») tandis que 32 000 sont restés dans la ligne d’armistice.
Quelques 531 villages et villes ont été détruits ou repeuplés avec des juifs. Le total des pertes de biens palestiniens détruits ou confisqués est estimé à 209 milliards US $. En plus des réfugiés, il ya les Palestiniens déplacés « en interne », qui ont été expulsés de leurs villages – situé dans ce qui est devenu Israël – pendant la guerre de 1948. A la fin de la guerre, ils étaient au nombre de 30-40,000
qui n’ont pas été autorisés à retourner dans leurs maisons et placés sous un régime militaire pour faciliter l’expropriation de leurs terres.
Jusqu’à aujourd’hui, Israël ne reconnaît pas les Palestiniens déplacés « en interne », dont le nombre (y compris leurs descendants) est maintenant estimée à 263,000-300,000 (Centre Badil, Bethléem). Dans la foulée de la guerre de 1948, l’Assemblée générale de l’ONU Res. 302 (IV), du 8 décembre 1949, a créé l’UNRWA[33] pour répondre au développement humanitaire et des besoins des réfugiés palestiniens. En 1950, 914 221 réfugiés ont été enregistrés à l’UNRWA. En 1952, le gouvernement israélien a enlevé la nationalité des Palestiniens qui avaient fui ou avaient été expulsés par l’adoption de la loi sur la nationalité israélienne. Leurs biens ont été saisis et, finalement transféré à l’Etat d’Israël.
Pendant la guerre de juin 1967, environ 300 000 Palestiniens ont été déplacés de la Cisjordanie et de Gaza (« personnes déplacées de 1967 »), y compris quelques 175 000 réfugiés de l’UNRWA qui sont devenus des réfugiés pour la deuxième fois. Aujourd’hui, le total de la population de réfugiés de 1948 est estimé à plus de 7 millions, inclus 4,6 millions enregistrés à l’UNRWA et les plus de 1,5 million non enregistrés (soit ils ne se sont tout simplement pas inscrit ou n’avaient pas besoin de l’aide au moment où ils devenus des réfugiés). En outre, il y a 350 000 déplacés « en interne » (de 1948) et quelques 950 000 de 1967. Environ 70% des Palestiniens dans le monde sont des réfugiés, constituant la population mondiale la plus importante de réfugiés. Environ la moitié d’entre eux sont apatrides. La grande majorité des réfugiés palestiniens vivent dans les territoires palestiniens occupés ou les pays voisins.
Après Oslo, tous les camps de Cisjordanie et de Gaza, sauf Shu’fat à Jérusalem tombent sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne, mais le sort des réfugiés reste l’une des questions les plus complexes encore en attente d’une solution dans le contexte des négociations du «statut final» entre l’OLP / Autorité palestinienne et Israël. A Camp David en 2000, Israël a refusé de discuter des droits des réfugiés palestiniens, arguant qu’il ne portait aucune responsabilité sur le problème des éfugiés ou de sa solution.
A la suite des pourparlers de Taba (janv. 2001), Israël a continué de faire pression pour l’abandon du droit au retour, tandis qu’un an plus tard, l’Initiative de paix arabe a appelé à « une solution juste au problème des réfugiés palestiniens à convenir » basé sur la résolution 194, qui reconnaît le droit au retour des réfugiés ou de recevoir une compensation et qui a été affirmé par l’ONU plus de 110 fois jusqu’à présent. Cependant, Israël continue à contester la légalité de la revendication des Palestiniens qui repose sur la résolution 194 et refuse de rapatrier les réfugiés, même si son admission à l’ONU en 1949 était conditionnelle à l’acceptation des résolutions de l’ONU.

Nombre total de réfugiés par pays.
3.4 Terre et colonisations
Depuis 1967, tous les gouvernements israéliens ont poursuivi une politique expansionniste et de colonisation. La première colonie, Kfar Etzion, était créée près de Bethléem, fin 1967; à la fin de 1968, il y avait quelque 30 colonies, environ 5.000 logements de colons, principalement dans l’Est de la Cisjordanie. Dans les années 1970, la politique officielle suivie est celle du plan d’ Yigal Allon[34], chef du comité ministériel des colonies, et en 1977, lorsque le Likoud est arrivé au pouvoir, l’attention s’est déplacée vers les zones occidentales de la Cisjordanie.
Avec la signature des Accords d’Oslo, les Palestiniens ont convenu de reporter toutes les questions difficiles, y compris les colonies, à un stade ultérieur de échange d’un engagement israélien de se désengager des territoires occupés et de préserver l’intégrité territoriale de la Cisjordanie et de Gaza. Ce, bien que les Accords d’Oslo incluent un large éventail de mesures de protection pour les colonies et les colons – comme leur exclusion de la juridiction palestinienne, des limites générales sur l’utilisation des terres palestiniennes près des colonies ainsi que le contrôle israélien sur l’enregistrement des terres, le zonage et la sécurité.
Israël a continué à prendre des mesures unilatérales, qui toutes visent à créer plus de faits irréversibles sur le terrain, en violation du droit international. Les colonies, sous la protection de l’armée israélienne, prennent des terres pour le logement, les routes, les infrastructures, les puits, ainsi que l’eau. Les colonies violent le droit international (par exemple, art 49 (6) de la Quatrième Convention de Genève: « La Puissance occupante ne peut déporter ou transférer une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ») et diverses résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unis (par exemple, Résolution 465 du 1er mars 1980 appelant Israël « à démanteler les colonies existantes et en particulier de cesser, de façon urgente, la création, la construction et la planification des implantations dans les territoires arabes occupés depuis 1967, y compris Jérusalem »).
De même, la Feuille de route du 30 avril 2003 a appelé au « gel » des colonies, y compris la croissance naturelle des colonies. Toutefois, le fait est que malgré les engagements de la Feuille de route à Annapolis, les colonies israéliennes continuent de s’étendre et très peu d’avant postes ont été supprimés. La position palestinienne est que les colonies israéliennes sont illégales, menacent la viabilité d’une solution à deux Etats et doivent donc être évacuées, incluant celles de Jérusalem Est.
Les colons
Le CBS[35] israélien enregistre 282 500 « Israéliens » en « agglomérations juives » en Cisjordanie (dans la première moitié de 2008, en excluant Jérusalem), le PCBS[36] compte un total de 475 760 colons (2007), et l’OCHA[37] 450 000.
• Selon le CBS, le taux de croissance annuelle des colons était de 5,8% en 2007 (par opposition taux de croissance moyen israélien de 1,8%) et 4,6% dans la première moitié de 2008.
• La population de colons est équivalent à 3,85% de la population totale d’Israël, soit 5,1% de la population juive d’Israël.
• 3% des immigrants en Israël s’installent en Cisjordanie et 19% s’installent à Jérusalem (Est et Ouest) (Ha’aretz, 25 février 2008).
• La « barrière de séparation » incorpore 414 000 colons illégaux, i.e. en les gardant du coté ouest du mur.
Le PCBS donne une population totale des colons en 2006 de 475 760, dont 259 712 dans le gouvernorat de Jérusalem. En conséquence, les colons forment 16,1% de la population totale vivant en Cisjordanie. (PCBS, Rapport statistique sur les colonies israéliennes, 2007).
Les colonies
En novembre 2008, Peace Now dénombrait 120 colonies officielles (267 500 colons) et 100 avant-postes non autorisés (~ 3000 colons) en Cisjordanie, sans Jérusalem-Est, où 180 000 colons vivent. Au moins 50 avant-postes ont été construits après mars .80,25% des colonies et des avant-postes sont situés (totalement ou partiellement) sur des terres palestiniennes privées.
Le CBS israélien compte 119 colonies, les chiffres donnés par PCBS sont de 144 (incl. 26 à Jérusalem-Est), tandis que l’OCHA compte 149 implantations. (PCBS, Rapport statistique sur les colonies israéliennes, 2007, Statistical Abstract of Israel, 2006).
En Mars 2008, il y avait des constructions ou développements de 58 avant-postes, au moins 16 nouvelles structures permanentes ont été construites dans sept avant-postes, au moins 38 nouvelles structures mobiles ont été ajoutées, et 53 structures ont été élargi.

Croissance du nombre de colons en Cisjordanie.
À la mi-Juillet 2008, le ministre israélien de la Défense a approuvé un plan, gelé début 2007, après une forte critique locale et internationale, à son tour l’avant-poste militaire de Maskiyot dans la vallée du Jourdain (créé dans les années 1980) devient une nouvelle colonie permanente pour civils. Il y a plus de 53 000 Palestiniens dans la région (y compris 35 000 dans la région de Jéricho). Toute la vallée du Jourdain est placée sous la compétence du conseil régional des colonies et donc hors des limites des Palestiniens. En outre, au premier trimestre de 2008, 86% des démolitions en raison de l’absence de permis a eu lieu dans la zone C.
Confiscation des terres
Avant la guerre de 1948, les Palestiniens possédaient environ 87,5% de la superficie totale de la Palestine (26.323.000 dunams ou 26 323 km2), alors que les Juifs possédaient 6,6% des terres. Le reste, 5,9% était « terre d’état » selon la classification sous mandat britannique. Depuis Juin 1967, les autorités israéliennes ont exproprié environ 79% du territoire de Cisjordanie et de Gaza. Parmi ces domaines, quelque 44% ont été prises à des « fins militaires », 20% pour des raisons de « sécurité », 12% pour « usage public » (par exemple, « Espaces Verts »), et 12% parce que les propriétaires ont été « absents ».
Le statut des terres d’ « implantations » est compliqué. En Cisjordanie, environ 30% seulement des terres sont enregistrées (vu que l’enregistrement des terres a cessé complètement après l’occupation par Israël en 1967) et Israël a déclaré toute terre enregistrée et non cultivée comme « terre d’Etat » dans les années 1980. À la mi-2007, Peace Now a rapporté que les colonies de Cisjordanie utilisent seulement 12% des terres allouées, dont seulement 9% sont construites. Malgré ces réserves immenses de terrains inutilisés, 90% des colonies ont dépassé leurs limites, et environ un tiers du territoire qu’elles utilisent est adjacent aux terres palestiniennes.

Alors que l’administration civile empêche les Palestiniens de construire dans des zones sous juridiction des colons, elle ne prend pratiquement aucune action contre la construction illégale des colons. (Ha’aretz, 7 Juillet 2007).
Evolution du territoire palestinien depuis 1946.
La superficie des colonies de Cisjordanie ne couvre que 52 000 dunams (1,5% de la zone C), mais leurs juridictions couvrent plus d’un demi-million de dunams (5,1% de l’ensemble de la Cisjordanie). 23% de plus de la Cisjordanie est limitée aux Palestiniens par ordre du commandant militaire, comprenant des zones militaires fermées et des bases, qu’Israël a déclaré réserve naturelle (avec un certain chevauchement entre les deux). 10,2% de plus de la Cisjordanie, dont 42 villages palestiniens, seront enveloppés par l’itinéraire le plus récent de la « barrière de séparation ». Les espaces clôturés comprennent de précieuses terres agricoles et des ressources en eau importantes.
Les routes et checkpoints
Les routes de contournement contournent les villes et villages palestiniens et relient les différentes colonies israéliennes les unes aux autres ainsi qu’à Israël proprement dit. La principale justification derrière ces routes est la « sécurité » des colons, mais ils servent à diviser la Cisjordanie en « bantoustans[38] ». Les routes de contournement sont sous contrôle israélien et comportent une zone tampon de 50 – 75 m de chaque côté de la route dans laquelle aucune construction n’est autorisée.
À ce jour, Israël a construit quelques 794.79 km de routes de contournement en Cisjordanie. Les Palestiniens se voient refuser l’accès à la plupart d’entre elles (souvent bloqué avec des blocs de ciment, des tranchées, des monticules de terre, des barbelés et des portails en fer. Les grands réseaux routiers de contournement sont à Ramallah (183 km) et à Hébron (132km).

Checkpoints de Cisjordanie.
3.5 Le « Mur de Sécurité »

En Juin 2002, Israël a décidé de construire la « barrière de séparation » pour empêcher l’entrée incontrôlée des Palestiniens de Cisjordanie en Israël. En fait, la barrière de séparation fait partie d’une stratégie qui vise à annexer une partie importante de Cisjordanie et de Gaza en encerclant des agglomérations palestiniennes. C’est une combinaison d’un mur de béton de 8 m de haut (surtout près des secteurs de Jérusalem East), des tranchées, des clôtures, des fils barbelés et des routes militaires.
Mur d’annexion à Jérusalem
Il ya aussi une « zone tampon » de 30-100 m de large à l’Est du mur avec des clôtures électrifiées, des tranchées, des capteurs et des routes de patrouille militaire et certaines sections ont des tours armées de sniper . La barrière traverse certaines des régions les plus fertiles de la Cisjordanie et a gravement nui à l’agriculture, qui est l’une des principales sources de revenus de nombreux villages.
Le 9 Juillet 2004, la Cour internationale de Justice (CIJ) a statué que la construction par Israël de la barrière était « contraire au droit international » car elle implique la destruction / confiscation de biens palestiniens et impose des restrictions sévères sur les déplacements , et qu’Israël doit « cesser immédiatement les travaux de construction du mur en cours dans les territoires occupés , y compris dans et autour de Jérusalem-Est »,et restituer les biens saisis et indemniser les propriétaires palestiniens dont les intérêts ont été lésés par sa construction.

En avril 2007, le ministère israélien de la Défense a approuvé une mise à jour pour la barrière, qui, à terme, aura pour effet d’annexer 12% de la Cisjordanie. Au moins 80% de l’itinéraire révisé passe encore à l’intérieur de la Cisjordanie et Jérusalem-Est, isolant les communautés et la séparation des dizaines de milliers de personnes de leurs terres et leurs moyens de subsistance. Israël a déclaré la terre entre le tracé de la barrière elle-même et la Ligne verte « zone fermée » pour une période indéterminée, conformément aux ordres de l’occupation militaire.
Route pour l’armée israélienne près d’une colonie.
Les Palestiniens âgés de 16 et plus qui se trouvent être résidents de la « zone couture » sont tenus de demander une « carte d’identité de résident permanent » afin d’obtenir la permission de rester dans leurs maisons et aussi un permis afin d’accéder à leurs propriétés. Aucun véhicule n’est autorisé à passer et de lourdes restrictions s’appliquent en matière d’équipements. Moins de 20% du tracé de la barrière de séparation, se trouve sur la Ligne verte, tandis qu’environ 9,5% des terres de Cisjordanie, ainsi que de Jérusalem-Est tombent dans la « zone couture » entre la barrière et la Ligne verte, et seront donc isolées du reste de la Cisjordanie.
Plus de 80% des colons israéliens seront intégrés dans la même zone et seront donc connectés à Israël. Une fois terminée, environ 35.000 Palestiniens vivront entre la Ligne verte et la barrière, et 26 000 dans huit collectivités seront entourés de quatre côtés par le mur, avec un tunnel ou une route de connexion au reste de la Cisjordanie. Près d’un quart de million de résidents de Jérusalem-Est seront coupés du reste du pays. Avec le tracé de la barrière de séparation (annexant de facto 9% de la Cisjordanie), les colonies à l’est de la barrière (annexant 8,0% de plus) et l’annexion de facto par Israël de la vallée du Jourdain (28,5%), Israël contrôle 45,5% de la Cisjordanie, laissant les Palestiniens avec seulement 54% ou 12% de la Palestine .
Sur les 275 200 colons en Cisjordanie en 2007, quelques 65 406 étaient situés à l’Est de la barrière de séparation et 209 794 à l’Ouest. Le tracé du Mur intègre 414 000 colons (88% de tous les colons). La superficie globale de ces colonies a augmenté de 2,4 fois passant de 3325 à 7793 dunams. En Juin 2008, la barrière de séparation est passée par 171 localités de Cisjordanie (touchant quelque 712 313 personnes) et a jusqu’ici abouti à la confiscation de 49 291 dunams de terre, l’isolement de 274 607 dunams, et le déplacement de quelque 3880 ménages (27 841 personnes).

Dimensions du « Mur de sécurité ».
3.6 Les ressources naturelles
Depuis l’occupation de 1967, Israël a, en violation du droit international, presque entièrement le contrôle des ressources palestiniennes en eau et les prive d’accès à leur part légitime d’eau pour le bénéfice de sa propre population et des colonies illégales. A l’aide d’un ordre militaire (15 août 1967), Israël a transféré l’autorité sur les ressources en eau de Cisjordanie et de Gaza au commandement militaire et interdit la construction non autorisée de nouvelle infrastructures d’eau, et a confisqué toutes les ressources en eau, les déclarant propriété de l’Etat. En 1982, l’Israeli Water Authority Mekorot a pris le contrôle. Dans le contexte du processus de paix, l’eau était considérée comme un problème provisoire; la Palestinian Water Authority (PWA) a assumé la responsabilité, mais Israël a maintenu le contrôle des flux et le volume d’eau utilisé par les Palestiniens. Alors que les

Palestiniens avaient demandé 450 millions de m3 d’eau par an, Oslo II a fournit – comme une mesure temporaire – seulement 28,6 millions de mètres cubes pour l’usage domestique; toute augmentation supplémentaire a été soumise à l’utilisation de nouvelles ressources en eau. Les besoins futurs des Palestiniens ont été estimés à 70-80 millions de mètres cubes/an (Oslo II, art. 40) et un Comité mixte pour l’eau a été créé.
Réservoir d’eau sur un toit palestinien.
Cependant, Israël a constamment opposé son veto à des projets d’eau palestiniens, ce qui entrave tout développement. Entre autres choses, de 1995 jusqu’à aujourd’hui, Israël n’a pas permis aux Palestiniens de creuser un seul puits afin d’utiliser les réserves aquifères occidentales, ce qui a forcé les Palestiniens à acheter l’eau à des entreprises israéliennes. Selon le droit international, les Palestiniens doivent avoir la pleine souveraineté sur toutes les ressources aquifères de l’Est qui se trouvent en Cisjordanie, et aussi des droits équitables concernant les zones aquifères ouest et nord.
Il y a 8 bassins d’eau souterrains en Palestine / Israël, dont quatre se trouvent en Israël proprement dit (Tibériade, en Galilée occidentale, Carmel, les bassins du Néguev), tandis que les quatre autres sont situées partiellement ou totalement en Cisjordanie et Gaza (Nord-Est, Est, Ouest, et les zones aquifères côtières).
Les Israéliens contrôlent et utilisent 89% des ressources disponibles en eau. Ils contrôlent 86% des eaux souterraines.
L’ONU estime que Gaza n’aura plus d’eau potable dans les 15 prochaines années.
La barrière de séparation israélienne et les colonies permettent de saisir les ressources vitales en terres et en eau, et effectivement d’empêcher une juste et équitable répartition future des ressources en eau de la Cisjordanie. Aujourd’hui, par exemple la zone, C – contrôlée par Israël –
contient 280 des 597 puits de la Cisjordanie, dont seulement 51 sont détenues par Mekorot.
En 2008, 12,3% des ménages palestiniens n’ont pas de service de collecte de déchets. Les autorités locales recueillent 61,6% des déchets solides des ménages, l’UNRWA 10,6%.
A Gaza, une préoccupation croissante concerne la pollution de l’eau de mer due aux effluents d’eaux usées non traitées en raison de la pénurie de carburant et d’électricité. Une récente étude palestino-allemande a révélé des teneurs en nitrates excessives dans l’eau potable de Gaza. 90% de leurs échantillons se sont révélés contenir des concentrations de nitrates qui ont été entre deux et huit fois plus élevé que la limite recommandée. La Cisjordanie est devenu un site de déversement de déchets dangereux comme une alternative bon marché et facile (c’est à dire, pour éviter les lois environnementales strictes d’Israël qui régissent l’élimination des déchets), au détriment de la santé des Palestiniens.
3.7 La « justice » militaire et les prisonniers
La question des prisonniers politiques palestiniens constitue un enjeu important et revêt un aspect politique essentiel car elle s’inscrit dans la lutte du peuple palestinien pour sa libération nationale et son indépendance.

Cette question interroge la politique de l’Etat d’Israël qui ne cesse de justifier l’enferment systématique et massif des Palestiniens pour des raisons majeures de sécurité alors que cela ne vient que compléter le processus de l’occupation. Rappelons juste que depuis le début de l’occupation israélienne en 1967, 650 000 Palestiniens – 20% de la population palestinienne – ont connu les arrestations et depuis le début de la seconde Intifada, près de 35 000 Palestiniens de tous âges sont passés par les prisons ou les camps militaires israéliens.
Ces arrestations se pratiquent sans que la communauté internationale manifeste ouvertement son opposition à ce qui constitue -au regard de la 4ème Convention de Genève- une violation grave, même si certaines résolutions des Nations Unies ont dénoncé aussi bien les arrestations que les emprisonnements.
Israël ne reconnaît pas aux prisonniers palestiniens, le statut de prisonniers de guerre. Dans la pratique, des ordres militaires israéliens régissent les conditions de détention et notamment le régime de la détention administrative qui permet de détenir une personne jusqu’à 6 mois renouvelables sans obligation de jugement. En outre, les conditions de défense des prisonniers sont très préoccupantes : une personne peut rester 32 jours sans voir un avocat, seuls les avocats israéliens peuvent plaider devant les juridictions militaires, leur accès aux camps est limité, le nombre d’avocats disponibles à cette fin très faible, d’autre part les entretiens avec leurs clients ne sont pas confidentiels. Dans les cas de détention administrative, les conditions d’un procès équitables sont loin d’être garanties, l’avocat n’ayant même pas accès aux éléments de preuve.
Les premières vagues d’arrestations se sont attachées à étêter la société palestinienne de ses cadres, puis ont été arrêtées les activistes les plus marqués. Les arrestations se déroulent le plus souvent aux checkpoints, lors des incursions israéliennes dans les villes et villages des Territoires occupés, aux points de contrôle frontaliers ou par kidnapping.
Depuis le début de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza (on laissera de côté le Golan et Jérusalem Est où la loi israélienne est pleinement applicable depuis leur annexion), les autorités israéliennes ont adopté une attitude juridique qui a subi quelques évolutions mais qui a eu toujours pour effet d’éluder la pleine et totale application des conventions de Genève relative au sort des populations sous occupation. Dans un premier temps, l’Etat d’Israël a considéré que s’agissant de territoires ne relevant d’aucune autorité, les conventions de Genève ne trouvaient pas à s’appliquer. En revanche, l’Etat d’Israël s’était engagé à appliquer ces conventions sous certains de leurs aspects humanitaires.
Encore faut-il souligner que cette application partielle supporte, selon les autorités israéliennes, les conséquences d’une occupation datant de 1967, ce qui, selon ces autorités, nécessite des adaptations spécifiques. Par ailleurs, les autorités israéliennes ont toujours considéré, notamment en matière de terres, qu’elles relevaient, pour la Cisjordanie, du droit jordanien. Enfin, et pour ajouter à cette complexité juridique, les autorités israéliennes ont considéré qu’il convenait de continuer à appliquer, notamment en matière de répression, la législation d’exception issue du mandat britannique et qui avait été utilisée jusqu’en 1948 et qui, pour une part, est toujours en vigueur dans les territoires occupés.
Depuis la seconde Intifada, les autorités israéliennes soutiennent qu’il existe un état de guerre ce qui justifierait certaines de leurs actions. Il est bien évident que ces débats, pour être d’abord juridiques, ne sont pas sans conséquences. Ainsi en est-il, par exemple, des destructions d’habitation, punitions collectives strictement prohibées par la 4ème convention de Genève mais fréquemment mises en œuvre par l’armée israélienne puisqu’elle considère que la dite convention n’est pas applicable.
De la même manière, nonobstant l’état de guerre proclamé, l’armée israélienne ne reconnaît pas aux prisonniers palestiniens le statut de prisonniers de guerre et s’autorise, en fait depuis toujours, à les juger et à les condamner (réserve est ici faite d’éventuels crimes de guerre qui pourraient être reprochés à certains de ces prisonniers). Cet échafaudage juridique est rendu encore plus difficile à appréhender par le fait qu’il est possible de déférer les décisions des autorités israéliennes devant la Cour Suprême d’Israël qui se reconnaît compétente pour en apprécier la validité (même si ces recours ont dans les faits une portée restreinte). En réalité, on a la sensation, au-delà du débat juridique, que les autorités israéliennes déploient tous leurs efforts pour édicter, dans leur seul intérêt, leurs propres règles, en dehors des normes internationales, seulement limitées par l’interprétation que la Cour Suprême peut en faire.
Dans la pratique, les autorités israéliennes édictent les règles applicables au moyen d’Ordres Militaires dont certains entérinent ceux émis par les Britanniques avant 1948; La détention administrative, subie par nombre de palestiniens, est une procédure issue de cette période et avait été appliquée aux Juifs. L’autorité militaire est libre d’édicter les ordres qu’elle souhaite mais normalement, toute décision faisant grief doit faire l’objet d’un ordre précis : détruire une maison ou édicter une nouvelle réglementation doit faire l’objet d’un ordre militaire lequel peut être déféré à la Cour Suprême. Normalement ces ordres sont signifiés aux personnes concernées, lorsqu’il s’agit d’actes individuels ou publiés (en arabe et en hébreu) dans un journal officiel propre aux Territoires Palestiniens Occupés.
Depuis que la Cour Suprême a considéré que des Ordres Militaires purement verbaux étaient valides, il a été constaté que :
– Les Ordres Militaires sont publiés avec de plus en plus de retard dans le journal officiel.
– De nombreux Ordres Militaires, en particulier ceux qui conduisent à des destructions de maisons ou de cultures, restent purement verbaux et ceux qui sont écrits ne portent, de plus en plus souvent, pas de signatures
Soumis à la Justice Militaire, les Palestiniens pouvaient être arrêtés dans les conditions prévues par l’Ordre Militaire N°378, édictée en 1978. Cet Ordre Militaire prévoyait que, pour procéder à des arrestations, il fallait qu’il existe « un soupçon raisonnable » qu’une personne avait commis un acte délictueux. Toute personne arrêtée pouvait être détenue au secret, sans contact avec un avocat, pendant 8 jours au maximum.
L’ordre militaire 1500 autorisait les arrestations sur la base d’une autorisation écrite d’un officier et une durée de détention au secret pendant 18 jours. Ce délai devait être ramené à 12 jours par l’Ordre Militaire 1518.
Au total, une personne arrêtée peut :
– Rester sans contact avec un avocat pendant 32 jours (2 jours après son arrestation, puis deux fois 15 jours renouvelés par un officier)
– Etre soumise à une période de détention afin d’enquête de 6 mois et 12 jours (12 jours initiaux, puis une période de trois mois renouvelable une fois par un juge militaire). Ce n’est qu’après cette période qu’une cour de justice militaire peut entamer la procédure conduisant au jugement.
Parallèlement ou alternativement, l’autorité militaire peut placer la personne arrêtée sous le régime de la détention administrative en vertu de l’Ordre Militaire 1226. La détention administrative peut durer 6 mois et est indéfiniment renouvelable par un juge. Il n’existe pas d’obligation de juger les personnes soumises à ce régime et certaines détentions administratives ont duré 6 ans ou plus.
Les arrestations
Depuis la seconde Intifada, soit de septembre 2000 en avril 2003, plus de 28 000 Palestiniens ont été incarcérés dans les prisons ou camps de prisonniers. En avril 2003, il y avait environ 5514 prisonniers, dont 66 femmes et 325 mineurs (âge inférieur à 18 ans.
Les conditions d’arrestation les plus courantes sont :
– Les barrages routiers, où tout peut arriver tant les militaires israéliens sont imprévisibles dans leur comportement ;
– L’invasion de villages ou quartiers entiers avec des forces et des moyens importants : l’ensemble de la population est sortie des maisons, qui sont fouillées et souvent vandalisées une par une ;
– L’arrestation aux points de contrôle frontalier ou aéroportuaire ;
– Le kidnapping.
Les ONG israéliennes et palestiniennes ont recueilli divers témoignages sur les conditions d’arrestation
Ziyad a-Shaludi, rapporté par B’tselem dans son bulletin d’information du 23 janvier 2003
Dans l’après-midi du 7 janvier 2003, 4 soldats israéliens entrèrent dans la maison des a-Shaludi à Hébron. Ils allèrent dans la chambre de Shadia a-Shaludi. Elle témoigne : » Quand les soldats arrivèrent, l’un d’entre eux se présenta sous le nom de Rocky et s’exclama » Wow ! « . Il me demanda en arabe » comment vas-tu ? « …Il s’approcha de moi et me dit que j’étais mignonne. Je reculai. Avec un autre soldat ils se rendirent jusqu’à la table de maquillage et Rocky commença à lire les noms de parfums. Ziyad a-Shaludi, 15 ans, le beau-frère de Shadia, qui était assis sur le balcon entra et se tint juste à côté de Shadia et de sa petite sœur Nivin, 8 ans, qui se trouvait aussi là. Rocky se tenait de plus en plus près de Shadia jusqu’à vouloir toucher son visage avec sa main. Elle se déroba et courut jusqu’à la salle d’eau. Ziyad se positionna entre les soldats et Shadia. Rocky lui demanda de déguerpir de là…Ziyad refusa et leur demanda de partir…Rocky le bouscula et Ziyad vint se cogner contre nous. Il se releva et les quatre soldats commencèrent à le frapper…Ils le sortirent en dehors de la pièce et le jetèrent sur le sofa du balcon. Un des soldats lui envoya un coup de poing, un autre essaya de lui tordre son bras, et un autre lui tira les cheveux. Il se débattit et se mit debout, mais un des soldats, qui portait un casque, lui mit un coup de tête, qui le propulsa contre le mur et il atterrit sur le sofa. Quand le tabassage prit fin, ils bâillonnèrent Ziyad et l’emmenèrent à un poste de garde militaire dans une colonie voisine. Ils le laissèrent trois heures. Puis les soldats qui le gardaient vinrent le battre à nouveau. Ils refusèrent de détendre les liens en plastique dur qui lui serraient les mains au point qu’elles bleuissaient. Ziyadfut ensuite emmené à un poste de police. Il fut gardé en détention pendant 9 jours puis accusé d’avoir agressé un soldat.
Combien y a-t-il de prisonniers palestiniens ?
Au 8 août 2006, 9.273 prisonniers palestiniens sont dans les prisons ou les camps de détention israéliens. Parmi ces prisonniers, 351 sont des enfants de moins de 18 ans, 75 sont des femmes, et 42 ont plus de 50 ans. Dans ce nombre total de prisonniers, 433 Palestiniens, qui ont été emprisonnés avant la signature des Accords d’Oslo, restent en prison en dépit de la clause des Accords stipulant leur libération. Certains prisonniers sont membres élus du Conseil Législatif Palestinien.
Les prisonniers palestiniens n’ont-ils pas été condamnés pour des délits sérieux ?
De fait, sur 9.273 prisonniers actuellement détenus par Israël, seulement 1.800 environ ont en réalité été jugés et condamnés pour un délit quelconque. Selon Amnesty International, ces procès s’éloignent souvent des critères internationaux pour des procès équitables.
Israël détient actuellement en camps de prisonniers environ 800 Palestiniens qui n’ont été accusés d’aucun crime, sous ce qui s’appelle la « détention administrative. » La détention administrative viole le droit international. Israël renouvelle systématiquement les ordres de détention et peut le faire sans limitation, détenant de ce fait indéfiniment des Palestiniens sans charge ou procès. Durant cette période, les détenus peuvent se voir refuser les conseils juridiques. Tandis que les détenus ne peuvent en appeler à leur détention, leurs avocats ne peuvent ni accéder aux preuves de l’accusation ni savoir le but de la détention ce qui rend la procédure d’appel pratiquement inutile.
La plupart des prisonniers palestiniens n’ont-ils pas du « sang sur les mains » ?
Non. La grande majorité de prisonniers palestiniens sont des prisonniers politiques qui ont été emprisonnés arbitrairement ou qui sont détenus sans raison légitime de sécurité, mais pour expression politique, résistance pacifique, ou simplement parce qu’ils sont palestiniens. Selon B’Tselem :
« La sécurité est interprétée d’une manière extrêmement large, le discours non-violent et l’activité politique étant considérés comme dangereux… C’est en contradiction flagrante avec le droit aux libertés, de parole et d’opinion, garantis par le droit international. Si ces mêmes normes étaient appliquées à l’intérieur d’Israël, la moitié du parti du Likoud serait en détention administrative ».
De plus, de ces Palestiniens actuellement détenus, l’écrasante majorité ne sont pas passés en jugement. Beaucoup de Palestiniens sont arrêtés arbitrairement. Par exemple, de février à mars 2002, approximativement 8 500 Palestiniens furent arrêtés arbitrairement. Dans beaucoup de villes, tous les Palestiniens mâles âgés de 15 à 45 ans furent raflés puis détenus ou emprisonnés. Des Palestiniens eurent les yeux bandés, étroitement menottés avec des menottes en plastique, et forcés de s’accroupir, de s’asseoir ou de s’agenouiller pendant des périodes prolongées. Les arrestations en masse et les détentions de ce type ont été condamnées par Amnesty International en tant qu’infractions aux droits de l’homme.
Comment les femmes palestiniennes sont-elles traitées dans les prisons ?
La plupart des femmes palestiniennes prisonnières politiques étaient auparavant logées avec l’ensemble de la population des prisons israéliennes dans la prison de Neve Terze, où des toxicomanes, les prostituées, et d’autres prisonniers endurcis sont détenus. Après des grèves de la faim, la plupart furent transférées à la prison de Telmond. Toutefois, certaines, y compris plusieurs détenues administratives, restent incarcérées à Neve Terze.
Quelques femmes palestiniennes élèvent des enfants en très en bas âge en prison ; deux, Mervat Taha et Manal Ghanem, ont accouché pendant leur détention. Pour la plupart des autres, la visite des parents proches avec des enfants et d’autres membres de la famille est autorisée deux fois tous les six mois. Cependant, comme condition de visite, les femmes doivent obligatoirement se soumettre à des fouilles intégrales à nu. C’est une condition que la plupart ont rejeté.
Des gardiens de prison sont entrés dans les cellules de prisonnières palestiniennes, ont recherché et confisqué leurs effets personnels sans raison, battant les prisonnières durant l’intervention. Le démenti des services médicaux a été utilisé pour punir celles qui protestent des conditions de leur incarcération.
L’Israël soumet-il les prisonniers palestiniens à la torture ?
Oui. Des prisonniers palestiniens sont systématiquement torturés dans les prisons israéliennes. En 1999, une décision de la Haute Cour d’Israël mettant hors la loi quelques formes de mauvais traitements physiques des prisonniers palestiniens n’a pas mis fin aux abus physiques et psychologiques d’Israël sur les détenus palestiniens. Selon Amnesty International :
« Parmi les milliers de Palestiniens arrêtés après le 27 février 2002, quelques centaines ont été transférés à l’interrogatoire complet par le GSS [Agence de Sécurité d’Israël], dans des centres… Amnesty International a reçu des rapports selon lesquels certains des détenus interrogés par le GSS ont été soumis à des privations prolongées de sommeil, au shabeh (position douloureuse prolongée debout ou assise), à des raclées et a de violentes secousses ».
Le Public Commitee Against Torture en Israël et B’Tselem rapportent que les méthodes de torture incluent ce qui suit : gifles, coups de pied, menaces, abus verbaux et humiliation, flexion du corps dans des positions extrêmement douloureuses, serrage intentionnel des menottes, marche avec les pieds entravés, application de pressions sur différentes parties du corps, étouffement et autres formes de violences et d’humiliation (tirage des cheveux, crachement etc.), exposition à la chaleur et au froid extrêmes, et exposition continue à la lumière artificielle.
Les Palestiniens sont détenus dans des centres de détention et des prisons qui ne répondent pas aux normes minimums internationales, et ils sont systématiquement privés du droit de visite. Amnesty International signale ceci :
« Selon des rapports conséquents reçus par Amnesty International, les conditions des détenus à Ofer et à Ansar III/Ketziot sont mauvaises et peuvent équivaloir à de la cruauté, à du traitement inhumain ou dégradant ou à de la punition… Dans les deux camps, les détenus dorment sous des tentes ; à Ansar III/Ketziot les nuits sont particulièrement froides. Les conditions à Ofer sont dites surpeuplées, avec 25 à 30 détenus dormant sous une tente. Dans les deux camps les détenus dormaient au début sur des planches de bois rugueuses… Des détenus disaient qu’il leur était donné des côtelettes de poulet congelées qu’ils devaient dégivrer au soleil ; un pot de yaourt, un ou deux concombres et deux morceaux de fruit pour 10 prisonniers ».
Pourquoi la libération des prisonniers palestiniens est-elle si importante ?
Aucun problème n’illustre plus le déni rigide d’Israël de liberté aux Palestiniens que celui des prisonniers politiques. Les Palestiniens sont soumis au taux d’incarcération le plus élevé du monde. Approximativement 20 pour cent de la population palestinienne dans les Territoires Palestiniens Occupés ont été arbitrairement détenus ou emprisonnés par Israël à un moment ou un autre.
L’emprisonnement et la détention israélienne des Palestiniens est une manifestation du manque de respect pour le droit international et la Quatrième Convention de Genève : La détention et l’emprisonnement administratif à l’intérieur d’Israël sont interdits par la Quatrième Convention de Genève. Le manquement d’Israël à la libération des prisonniers politiques palestiniens et l’arrestation arbitraire continue des civils palestiniens mène à une conclusion malheureuse : Cet Israël se voit lui-même comme au-dessus des lois et considère les Palestiniens comme inférieurs à lui.
Notes :
Avigdor Lieberman en tant que ministre des transports d’Israël a offert de transporter les prisonniers politiques palestiniens sur la Mer Morte pour les noyer. Radio d’Israël, 7 juillet 2003.
3.8 Les enfants
Israël a signé:
- La 4ème Convention de Genève
- La Convention des Droits de l’Enfant des Nations Unies
- La Convention contre la Torture des Nations Unies
Israël est en violation:
- du Droit Humanitaire International
- de TOUTES les conventions citées ci-dessus
Le nombre de résolutions condamnant Israël passées par le Conseil de Sécurité de l’ONU est supérieur au nombre de résolutions passées pour l’ensemble des autres nations.[39]
Comment sont traités les enfants palestiniens dans les prisons israéliennes ?
La question des enfants détenus et prisonniers est peut-être l’exemple le plus frappant de la politique israélienne d’emprisonnement arbitraire. Approximativement 2 000 enfants palestiniens furent arrêtés et détenus de septembre 2000 jusqu’à fin juin 2003. Des enfants aussi jeunes que 13 ans sont détenus dans les prisons israéliennes, et sont logés avec la population de prisonniers adultes. Les enfants âgés de 13 et 14 ans constituent approximativement dix pour cent de l’ensemble des enfants détenus. Presque tous les enfants détenus ont rapporté des formes de torture ou de mauvais traitements, qu’elles soient physiques (raclées ou placés dans des positions douloureuses) ou psychologique (abus, menaces ou intimidations). Les enfants sont systématiquement maintenus en centres de détention dans des conditions inhumaines. Par exemple, dans quelques centres jusqu’à onze enfants furent entassés dans des cellules aussi petites que cinq mètres carrés.
Les arrestations d’enfants par l’armée israélienne
- 700 – Nombre d’enfants vivant en Cisjordanie jugés chaque année par des cours militaires israéliennes (motif de l’accusation: jet de pierres)
- Environ 8000 – Nombre d’enfants palestiniens arrêtés par les forces de défense israéliennes depuis Septembre 2000.
- 20 ans – Sentence maximale encourue par un enfant palestinien pour jet de pierres.
- 2 ans – Durée de détention possible pour un enfant palestinien entre la mise en accusation et le procès.
- Preuves retenues contre l’enfant: aveux obtenus par la force durant l’interrogatoire qui suit l’arrestation, en l’absence de tout parent ou avocat.

En Palestine, tout enfant peut[40] :
Le déroulement classique d’une arrestation d’enfant
- Dans la maison familiale au milieu de la nuit: la maison est alors encerclée par un grand nombre de soldats lourdement armés.
- Les soldats israéliens bandent les yeux de l’enfant et le menottent par des liens en plastique (mains dans le dos).
- L’enfant est transféré vers un centre d’interrogatoire et de détention.
- La famille n’est que rarement informée des charges qui pèsent sur l’enfant.
- Après la condamnation, l’enfant peut être transféré dans une prison en Israël, en violation de l’art. 76 de la 4ème Convention de Genève. En 2010, 58% des enfants palestiniens détenus l’étaient illégalement à l’intérieur d’Israël.
La vulnérabilité des enfants palestiniens face à la violence des colons israéliens
« La violence des colons n’est pas une activité criminelle aléatoire; dans la majorité des cas, les actes de violence sont guidés par une idéologie, organisés, et ont pour but d’asseoir la domination du colon sur un territoire donné ». UNOCHA
Les formes de violence des colons
- Les enfants sont attaqués sur leur chemin d’école.
- Jet de pierres, passages à tabac, tirs à balles réelles.
- Destructions de propriété par les colons idéologiques.
- Attaques d’enfants alors qu’ils travaillent les terres familiales.
L’UNOCHA a rapporté le déracinement de 700 oliviers appartenant à des palestiniens en Janvier et Février 2011, au rythme de 100 oliviers par semaine.
« Les attaques des colons sont devenues si systématiques– et la réponse des autorités israéliennes si absente – de façon à provoquer le déplacement direct de Palestiniens ».
La culture de l’impunité
- En 2010, 90% des plaintes déposées contre des colons pour violences sont restées sans suite: aucune mise en accusation par les autorités israéliennes.
- « Augmentation de 70% de la violence des colons contre les Palestiniens et leur propriété », que l’UNOCHA attribue à « une application de la loi laxiste qui profite aux colons violents ». En Janvier 2011, une « très nette escalade de la violence des colons israéliens » fut à nouveau notée.
- Entre 2008 et 2010, DCI Palestine a documenté les blessures et morts de plus de 45 enfants.
- La violence contre les enfants palestiniens est loin d’être prévenue par les autorités israéliennes histoire de Hamoudi et Basel.
Un exemple :
Localisation de l’incident: près des colonies de Ma’on et Suseya, Hebron
Déclarations sous serment recueillies le 8 avril 2009 par DCI Palestine :
Le 3 Avril 2009, Hamoudi et Basel faisaient paître leurs moutons à 250m de la colonie de Ma’on, quand 3 policiers israéliens et un agent de sécurité de la colonie sont arrivés. Ils ont frappé les garçons avec des bâtons et leur ont ordonné de se déchausser puis de courir devant leur jeep sur une route rocailleuse. Au moindre signe de fatigue, la jeep accélérait, les forçant ainsi à courir de plus belle. Un des garçons s’est évanoui, l’autre l’a alors porté et a continué de courir en le portant. 1/2h plus tard, on leur a dit de s’arrêter. Ils ont été emmenés à l’entrée d’une autre colonie.
Là, on leur a bandé les yeux, noué les mains dans le dos, et les policiers israéliens se sont mis à les insulter et à les frapper violemment en présence de 15-20 soldats. De jeunes colons leur lançaient également des pierres, sous la surveillance des soldats. Les enfants n’ont pu être relâchés qu’à 21h après que 2 étrangers travaillant pour une ONG locale soient intervenus au niveau du checkpoint le plus proche. Les garçons ont du rentrer chez eux par la même route rocailleuse, toujours pieds nus, dans la nuit. Ils sont arrivés entre 2h et 2h30 du matin.
3.9 Jérusalem Est
Jérusalem-Est représente la partie de Jérusalem située à l’est de la ligne verte (à l’exception du Mont Scopus). Cette partie inclut la vieille ville et ses lieux saints (le Saint-Sépulcre, l’Esplanade des Mosquées/Mont du Temple et le Mur des Lamentations).
La qualification de « Jérusalem-Est » doit s’entendre « à l’est de la ligne verte » et non « partie est de Jérusalem » car la plupart de ses quartiers ne sont pas situés à l’est de la ville, mais au centre avec la Vieille Ville ou au nord (par exemple Sheikh Jarrah) ou au sud (par exemple Jabel Mukaber). À l’est de Jérusalem, se trouvent le Mont des Oliviers et son grand cimetière juif, ainsi que des institutions religieuses chrétiennes et de nombreuses mosquées.
La distinction entre Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest date de la fin de la Première Guerre israélo-arabe et n’existait pas avant cette époque. Initialement prévu pour faire partie d’un district sous juridiction internationale (ou corpus separatum, incluant notamment Jérusalem et Béthleem), Jérusalem fut un enjeu de la guerre et le lieu de nombreux combats. La partie Ouest fut annexée par Israël avec reconnaissance de facto d’une partie de la communauté internationale et la partie Est fut annexée par la Jordanie mais sans reconnaissance internationale. Les Jordaniens ont perdu le contrôle de Jérusalem-Est et de toute la Cisjordanie après sa conquête par Israël lors de la guerre de 1967. Les dirigeants israéliens annoncèrent alors officiellement la « réunification » de la ville de Jérusalem et la proclamèrent « Capitale éternelle et indivisible d’Israël et du peuple juif ». La Loi de Jérusalem est adoptée par la Knesset en 1980. L’appellation Jérusalem-Est est depuis lors utilisée par l’ONU.
Le gouvernement israélien ne reconnaît pas de distinction entre les deux parties de la ville. On trouve cependant dans certains documents officiels israéliens les termes anglais de east Jerusalem ou eastern Jerusalem. Cette portion de la ville est considérée comme territoire occupé par l’ONU et par la majorité de ses États membres, y compris par les États-Unis. La résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies présente l’annexion par Israël de cette partie de Jérusalem comme une violation du droit international.
Jérusalem-Est est souvent citée par les représentants palestiniens comme pouvant constituer la capitale d’un État indépendant revendiqué. L’OLP y disposait d’une représentation semi-officielle, la Maison de l’Orient, fermée de force par Israël durant la seconde Intifada.
Nombre d’habitants : ≈ 303 429 (36% de la population de Jérusalem)
Familles sous le seuil de pauvreté : 65.1% (contre 30.8% pour les familles juives)
Enfants sous le seuil de pauvreté : 74.4% (contre 45.1% pour les enfants juifs)
Terre « volée » : Israël a exproprié 24 500 dunams* (1/3 de la surface).
Construction : à la fin 2007, 50 197 logements pour les juifs ont été construits et aucun pour les palestiniens expropriés.
Démolitions de maisons : En 2009, 80 maisons ont été détruites, laissant 300 personnes sans toit.
Histoire
Le plan de partage de la Palestine prévoyait un État de Jérusalem indépendant des deux autres États (juif et arabe) et placé sous juridiction internationale. Ce projet ne se réalisa jamais.
Lors du conflit israélo-arabe de 1948, Israël étendit sa souveraineté sur Jérusalem-Ouest, et la Jordanie sur Jérusalem-Est. En 1950, Jérusalem-Est fut annexée par la Jordanie, ainsi que le reste de la Cisjordanie. Cependant, cette annexion de la Cisjordanie ne fut reconnue que par le Royaume-Uni, à l’exception de Jérusalem-Est. Ce territoire est ensuite conquis par Israël lors de la guerre de 1967, qui annexe alors 6,4 km² de terrain de la Jérusalem jordanienne, ainsi que 64 km² d’autres terres de Cisjordanie, dont de nombreux villages palestiniens voisins. Ces annexions ne sont pas reconnues par la communauté internationale.
Richesses de la vieille ville
Sur un plan religieux, symbolique et historique :
Pour le judaïsme : c’est là que se trouvent l’ancienne cité de David, Sion ; le Mont du Temple et le Mur Occidental (ou Mur des Lamentations) ; le cimetière du Mont des Oliviers, départ attendu de la résurrection des morts lors de la fin des temps ; l’ancien quartier juif de la vieille ville.
Pour le christianisme : c’est là que se trouvent le Saint-Sépulcre (Golgotha et la Basilique de la Résurrection) ; le Cénacle (lieu de la Cène, de la Pentecôte, etc.) ; les sanctuaires du Mont des Oliviers (Gethsémani, Dôme de l’Ascension et, au-delà, Béthanie) ; la basilique Sainte-Anne et des souvenirs d’un miracle du Christ ; des sanctuaires mariaux (nativité de Marie, dormition, assomption) ; le Mont du Temple ; le lieu des martyres de Saint-Étienne et Saint-Jacques ; les quartiers chrétien et arménien de la vieille ville.
Pour l’islam : c’est là que se trouvent l’Esplanade des Mosquées, avec la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher (troisième lieu saint de l’islam), lieux de prières, souvenirs liés à Abraham ou à Mahomet, et lieu où est attendu le Jugement dernier.
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur les Territoires palestiniens occupés, Richard Falk, a exhorté le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à concentrer son attention sur « l’intensification de la détérioration des droits humains dans les territoires occupés de Jérusalem-Est. La poursuite de l’expansion des colonies à Jérusalem-Est combiné avec les expulsions forcées de Palestiniens résidents depuis longtemps sont en train de créer une intolérable situation qui ne peut être décrite, par son impact cumulé, que comme une forme de nettoyage ethnique », a alerté Richard Falk lors de la présentation de son dernier rapport sur la situation des droits de l’homme dans les Territoires palestiniens occupés.

« Israël a pris ces dernières années des mesures afin d’altérer la composition démographique de la partie occupée de Jérusalem et ce d’une manière irréversible », a souligné l’expert. « Les colons israéliens continuent de prendre les maisons des Palestiniens et de les expulser de leurs résidences de Jérusalem qu’ils occupent depuis des décennies et des générations alors que les autorités israéliennes soutiennent ces action illégales », a-t-il précisé. Ce cycle d’expulsion, de destruction et d’expansion des colonies ainsi que les expropriations violentes menées par les colons contre les Palestiniens dans les Territoires occupés de Jérusalem-Est constituent une violation des droits de l’homme et des principes de la quatrième Convention de Genève relative à l’occupation par les belligérants », a déclaré vendredi Richard Falk dans un communiqué qualifiant la situation comme « particulièrement perturbante ».
Le 6 mars 2011, les 15 familles ont reçu un préavis d’évacuation leur laissant 10 jours pour déménager de leurs logements. Les autorités israéliennes justifient souvent ces démolitions lorsque les propriétaires ne détiennent pas de permis de construire, ce qui est quasiment impossible à obtenir pour les Palestiniens, a souligné Richard Falk.
« Au-delà des conséquences désastreuses pour les familles qui sont confrontées à la perte de leurs maisons, de tels actes constituent une image plus large de l’annexion, non pas comme une réclamation israélienne légale mais comme la mise en œuvre d’un projet politique », a prévenu l’expert.
Depuis le début de l’année 2011, les autorités israéliennes ont démoli plus de 96 logements de Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Au total 175 personnes, dont la moitié sont des enfants, ont perdu leurs maisons. A la même époque en 2010, 129 personnes ont été
déplacées à cause de 23 démolitions. Pour Richard Falk, il faudrait que la Cour internationale de justice évalue les accusations d’occupation prolongée en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et s’exprime notamment sur le caractère « colonialiste » et de « nettoyage ethnique » de ces actions.
3.8 Gaza
La bande de Gaza est une bande de terre de 41 km de long sur la côte orientale de la mer Méditerranée dans le bassin Levantin, au Proche-Orient. Elle tire son nom de sa principale ville, Gaza. D’une largeur de 6 à 12 km et d’une superficie de 360 km², son territoire est entouré au nord, à l’est et au sud-est par l’État d’Israël, et au sud-ouest par l’Égypte. Ses habitants sont appelés les Gazaouis. La bande de Gaza a la particularité d’être l’une des zones les plus densément peuplées au monde

tout en n’étant juridiquement rattachée à aucun État, 1,6 million de Palestiniens y vivent.
L’histoire récente de ce territoire palestinien, habité depuis plus de trente-cinq siècles, a été largement liée, depuis la fin du mandat britannique sur la Palestine, aux conflits entre ses voisins égyptiens et israéliens, qui l’ont occupé successivement. La bande de Gaza a accueilli nombre de réfugiés palestiniens déplacés par le conflit israélo-arabe. Depuis 1967, elle est associée à la Cisjordanie dans l’expression de la cause palestinienne.
Le processus de paix concrétisé par les Accords d’Oslo signés en 1993 a placé la bande de Gaza sous l’administration intérimaire de l’Autorité palestinienne. À la suite du déclenchement de la seconde Intifada, le gouvernement israélien a procédé unilatéralement au retrait en 2005 de son armée sur le terrain et au déplacement forcé de la population juive (9 000 colons) qui s’était implantée dans la bande de Gaza. L’autorité du Président Mahmoud Abbas est mise à mal depuis la victoire électorale du mouvement islamiste Hamas de 2006, puis la violente prise de pouvoir de ce même mouvement qui y exerce désormais le pouvoir effectif depuis juin 2007. La bande de Gaza est actuellement isolée par un blocus israélo-égyptien.
Avant 1948
La ville de Gaza a vraisemblablement été fondée vers 1500 avant J.-C. La Bible fait de nombreuses mentions à Gaza dans les livres de la Genèse, des Juges et d’Amos notamment.
Au 13ème siècle avant J.-C., la région est occupée par les Philistins, sur une bande côtière qui correspondrait approximativement à la bande d’aujourd’hui se prolongeant jusqu’à Ashkelon au nord. Le nom de Palestine dérive d’ailleurs de « Philistins » en passant par les langues grecque et latine. La région de Gaza a changé de mains plusieurs fois au cours des deux mille années suivantes. Elle est tombée successivement sous l’autorité des Israélites, avec le roi David (en 1000 avant J.-C.), des Assyriens (en 732 avant J.-C.), des Égyptiens, des Babyloniens (en 586 avant J.-C.), des Perses (en 525 avant J.-C.), et des Grecs.
Alexandre le Grand y rencontre une vive résistance en 332 avant J.-C.. Après la victoire, il vend ses habitants en esclavage. Gaza est conquise par les Romains au Ier siècle avant J.-C.
La région est à l’époque byzantine marquée par l’implantation de monastères chrétiens influencés par le monachisme égyptien. Vers 640, toute la région comprenant la Syrie, la Palestine, la Jordanie et du Liban tombe sous l’autorité de l’État islamique de Médine.
Aux XIe et XIIe siècles, les Croisés conquièrent à plusieurs reprises la ville de Gaza. Le territoire est sous la domination de l’Empire ottoman à partir de 1517 et jusqu’à la campagne d’Égypte des armées napoléoniennes en 1799. En 1832, Mohammed Ali, fondateur de l’Égypte moderne, met Gaza dans le giron égyptien. Cet événement marque une première période d’influence égyptienne sur ce territoire jusqu’à sa reconquête par les Ottomans. Ceux-ci perdent définitivement ce territoire lors de la première guerre mondiale, lorsque la Grande Bretagne occupe la région après la troisième bataille de Gaza du 7 novembre 1917.
Gaza est incluse dans le mandat britannique sur la Palestine, accordé par la Société des Nations en 1922, et reste administrée par les Britanniques jusqu’à la dissolution du mandat en mai 1948. Le Plan de partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe prévoit l’intégralité de ce territoire dans les frontières de l’entité arabe à créer. Ce plan est rejeté par les États voisins ainsi que par les représentants des Arabes de Palestine. L’Égypte répond à la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël en envahissant son territoire par le sud, invasion suivie par les autres pays arabes sur les autres frontières.
Les frontières actuelles de la bande de Gaza résultent des lignes d’armistice de 1949. Ces accords établissent que les frontières résultent exclusivement de considérations militaires dans le cadre de l’armistice et qu’elles n’entérinent aucun changement sur les statuts des territoires concernés.
Sous l’occupation égyptienne
À la fin du conflit israélo-arabe de 1948, la bande de Gaza est occupée par l’Égypte. Le territoire voit l’arrivée d’environ 170 000 réfugiés installés dans huit camps. En 1950, la population est de 254 000 habitants.
La bande de Gaza n’est pas annexée par l’Égypte, à la différence de la Cisjordanie occupée par la Transjordanie en 1949 dans les mêmes circonstances, et annexée en 1950. L’administration de ce territoire est contrôlée par l’armée égyptienne. La citoyenneté égyptienne n’est pas non plus proposée aux habitants de la bande de Gaza, ni aux réfugiés.
En 1956, quand Israël intervient dans la crise du canal de Suez en soutien de l’opération anglo-française contre l’Égypte, l’armée israélienne s’empare de la Bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï. Les pressions des superpuissances (États-Unis et Union soviétique) conduisent au retour d’Israël derrière ses frontières de 1949, et au retour de l’administration égyptienne sur Gaza.
Sous l’occupation israélienne
Les forces israéliennes envahissent de nouveau Gaza dès le début de la guerre des Six jours (juin 1967), et prennent le territoire. Elles installent à leur tour une administration militaire qui dure de 1967 à l’avènement de l’Autorité palestinienne en 1994, puis au démantèlement de l’intégralité des blocs de colonies israéliennes en 2005.
Fin 1967, Le premier ministre Levi Eshkol décide de créer une zone tampon au sud-ouest d’Israël en installant des implantations israéliennes en Égypte. L’idée est très vite écartée par la crainte du gouvernement d’avoir des attaques palestiniennes dans cette zone et pointe aussi le manque de ressources en eau[réf. nécessaire]. Les premières colonies sont implantées dans les années 1970 (un kibboutz était déjà établi à Kfar Darom en 1946). La décision du gouvernement d’établir ces colonies de peuplement et des implantations dans la bande de Gaza est approuvée en Juin 1970 par la Knesset. Elles utiliseront jusqu’à 80 % des faibles ressources hydrauliques de ce territoire2. En 1972, Israël installe deux postes armés, qui deviendront par la suite les colonies de Netzarim et de Kfar Darom.
Du point de vue de l’idéologie sioniste, Gaza fait partie de la Terre d’Israël (Eretz Israel), et c’est pour cela que vingt-et-une colonies juives y furent implantées. Mais, le poids démographique de la population palestinienne – 1,5 million d’habitants dont une bonne part issue des populations expulsées d’Israël en 1947-1948 – a, dès l’origine, posé un problème majeur aux dirigeants israéliens. Peu après la guerre des Six Jours, certains d’entre eux (Yigal Allon, Abba Eban) tentèrent de négocier des transferts massifs de population vers la Jordanie, sur le modèle des mouvements qui avaient été provoqués en 1947-1948. Yitzhak Rabin avait coutume de dire qu’« il souhaitait dans ses meilleurs rêves voir sombrer Gaza dans la Méditerranée ». Dans une perspective strictement réaliste, certains courants de la Gauche travailliste recommandaient, depuis 1974, l’« abandon de Gaza ».
En 1977, la victoire électorale du Likoud de Menahem Begin amène une nouvelle vague de colons israéliens qui reçoivent l’autorisation de rejoindre les installations de l’armée israélienne. De nouvelles colonies de peuplement se développent. En parallèle, ce même gouvernement négocie, en mars 1979, un accord de paix avec l’État égyptien en échange des territoires égyptiens occupés depuis 1967. En 1982, l’implantation israélienne de Yamit, qui se trouvait dans la péninsule du Sinaï, est évacuée en conséquence de ces accords. Certains de ses habitants s’installent alors dans les colonies de la bande de Gaza.
En 1987, la première Intifada commence dans la bande de Gaza par un soulèvement général palestinien. Le gouvernement israélien réagit immédiatement en établissant de nouvelles « colonies de peuplement ».
Dans les années 1990, le dialogue s’établit entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine à partir de la Conférence de Madrid de 1991. Le 13 septembre 1993, les accords d’Oslo, signés entre les Israéliens et les Palestiniens, prévoient l’évacuation israélienne de certaines zones de la bande de Gaza et l’administration civile du territoire par l’Autorité palestinienne nouvellement créée.
L’administration palestinienne sur la bande de Gaza s’exerce dès 1994, à l’exception des blocs de colonies israéliennes toujours implantées et protégées par Tsahal. Yasser Arafat reçoit un accueil triomphal à Gaza où il prend ses quartiers à partir de juillet 1994.
Le désengagement israélien
Tout comme les principales villes de Cisjordanie, la bande de Gaza est administrée par l’Autorité palestinienne. Toutefois, le blocage du processus de paix israélo-palestinien et la montée en puissance des groupes palestiniens qui y sont opposés affaiblissent le pouvoir palestinien, particulièrement dans la bande de Gaza où les colonies israéliennes subsistent.
Le 26 septembre 2001, une rencontre historique a lieu à Gaza, entre Yasser Arafat et Shimon Peres après trois reports successifs. Le 17 octobre 2001, après un ultimatum lancé par le gouvernement israélien à l’Autorité palestinienne, celle-ci déclare hors-la-loi l’aile militaire du FPLP et fait procéder à 12 arrestations à Gaza. La situation est de plus en plus tendue dans les territoires palestiniens en l’absence de résolution finale des négociations. La seconde Intifada éclate en 2001. Israël accuse l’Autorité palestinienne de laisser faire les groupes islamistes.
Chronologie de la Seconde Intifada.
Le 7 décembre 2001 dans la nuit, le quartier général de la police palestinienne est bombardé par des hélicoptères de combat israéliens puis, après l’attentat-suicide contre un autobus israélien ayant fait 11 morts et 30 blessés, Tsahal intensifie du 12 au 15, ses bombardements contre les infrastructures palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie, causant la mort de 13 Palestiniens. Le 8 mars 2002, lors des batailles, 46 Palestiniens et 6 Israéliens trouvent la mort. Le premier ministre israélien Ariel Sharon se dit prêt à « négocier un cessez-le-feu sous le feu », renonçant à son exigence d’une semaine de calme avant de reprendre les pourparlers. Les 11 et 12 mars, suite aux attentats du 9 mars, Tsahal riposte par la destruction des bureaux de Yasser Arafat à Gaza : 39 Palestiniens sont tués.
Israël adopte une politique de ripostes aux attentats palestiniens contre les civils israéliens en visant spécifiquement les responsables des groupes palestiniens dans des attaques ciblées. Le 8 juin 2003, suite à une attaque du Hamas à Jérusalem (23 Israéliens tués et 130 blessés), Tsahal effectue immédiatement un raid de représailles sur Gaza : 7 Palestiniens sont tués dont un responsable du Hamas. Le 10, au cours d’un nouveau raid de représailles de Tsahal à Gaza, Abdel Aziz al-Rantissi, numéro 2 du Hamas, est légèrement blessé et 3 Palestiniens sont tués. Le21 août 2003, Israël riposte à l’attentat du 19 août par un raid d’hélicoptère à Gaza, tuant un des fondateurs du Hamas, Ismaïl Abou Chamah, et par le rétablissement du barrage routier coupant en deux la bande de Gaza. Le 6 septembre 2003, Tsahal bombarde un bâtiment de Gaza dans lequel se trouvait le cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hamas, qui est légèrement blessé. Le 28 janvier 2004, lors d’une opération de l’armée israélienne, treize Palestiniens sont tués dans des affrontements violents. Le 22 mars 2004, le cheikh Ahmed Yassine est tué par un missile israélien .
C’est le gouvernement d’Ariel Sharon qui se résout à se retirer complètement de la bande de Gaza sous la pression de l’Intifada et l’administration directe s’avérant toujours plus difficile. En décembre 2003, Ariel Sharon présente son plan de retrait de la bande de Gaza où vivent alors 8 000 Israéliens, en même temps que le démantèlement de quatre implantations israéliennes en Cisjordanie. Israël agit alors dans le cadre des efforts pour l’application de la feuille de route pour la paix initiée par le Quartet pour le Moyen-Orient composé de représentants des États-Unis, de l’ONU, de la Russie et de l’Union européenne.
Plan de désengagement des territoires occupés.
En octobre 2004, le plan de désengagement est validé par la Knesset et les opérations de retrait commencent officiellement le 15 août 2005. Ne tenant pas compte des nombreuses recommandations internationales demandant que ce retrait soit conduit par négociation avec l’Autorité palestinienne, Sharon s’en tient à l’exécution unilatérale de sa décision d’évacuation. Le 17 août 2005, le gouvernement israélien ordonne à l’armée et à la police l’évacuation des quelques 7 000 personnes habitants les colonies juives de la bande de Gaza. Le 22 août 2005, Israël met fin à la colonisation de la bande de Gaza. Le 12 septembre 2005, les troupes israéliennes quittent la bande de Gaza, après 38 ans d’occupation. L’espace aérien, maritime et la quasi-totalité des frontières restent surveillés par Israël.
Le 16 septembre 2005, l’ONU reconnaît officiellement l’application par Israël du retrait de la bande de Gaza mais pas la fin de l’occupation militaire suite au contrôle frontalier du territoire par Israël. Le poste-frontière de Rafah est confié à une mission européenne en novembre 20059. Israël décrète unilatéralement le statut de frontière internationale fin 2005.
Sous le pouvoir du Hamas
Le désengagement est revendiqué comme une victoire par le mouvement Hamas de plus en plus populaire dans la bande de Gaza. Les 27 janvier 2005 et 5 mai 2005, le Hamas remportait déjà la majorité des sièges municipaux grâce à ses résultats aux premier et second tours des élections locales à Gaza (avec un taux de participation de 8 %). La position prédominante du parti Hamas dans ce territoire fait craindre à certains observateurs, une perte d’influence de l’Autorité palestinienne à l’issue de l’évacuation israélienne.
Ces craintes sont avérées par les affrontements fratricides entre le Hamas et le Fatah dans la bande de Gaza en particulier.
Le 25 janvier 2006, le Hamas remporte les élections législatives palestiniennes de 2006 avec la majorité des suffrages (42,9 % sur l’ensemble du corps électoral). Dans la bande de Gaza, il arrive nettement en tête, notamment à Gaza-Ville
En août 2007, le Black-out est total sur Gaza. L’Union européenne bloque pendant quelques jours les fonds destinés à payer les livraisons de fioul. Alix de Mauny, porte-parole de la Commission européenne à Jérusalem, déclare : « L’Union européenne n´a pas réglé le paiement [de la livraison de fioul]. Nous réexaminons tous les aspects du dossier ». Le 19 septembre 2007, la bande de Gaza est déclarée « entité hostile » par Israël.
L’escalade continue en 2008 entre le Hamas à Gaza et l’armée israélienne. Depuis le 17 janvier 2008, en raison du bombardement de Sderot et de l’accession du Hamas au pouvoir, la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, est soumise à un blocus israélo-égyptien qui entraîne des pénuries de la plupart des produits de base et des coupures d’électricité. Le manque de carburant a également paralysé le traitement des eaux usées et l’approvisionnement en eau. 30 000 m² d’eaux usées non traitées se sont écoulées dans la Méditerranée menaçant alors l’aquifère côtier et endommageant aussi les côtes égyptiennes et israéliennes. En outre, les hôpitaux sont en rupture de médicaments, entraînant la mort de nombreux patients non soignés et empêchant les habitants de bénéficier des traitements de base.
3 mars 2008 : Au moins 86 Palestiniens sont tués au 3 mars 2008. Le 27 février 2008, à cause de la mort d’un israélien, due à un tir de roquette revendiqué par la branche militaire du Hamas sur la ville de Sdérot, des raids israéliens font onze morts dont cinq militants du Hamas et six civils. Le 28 février 2008, onze roquettes du Hamas s’abattent sur le sud d’Israël (Sdérot et Ashkelon). De nouveaux raids israéliens font dix-neuf morts, dont huit militants du Hamas, onze civils. Le lendemain, un militant du Hamas est tué lors d’un raid israélien dans le camp de Jabaliya et une fillette de 2 ans est tuée par l’explosion d’un obus de char près de Beit Hanoun. Le 1er mars 2008, 63 Palestiniens sont tués et 150 autres sont blessés, lors de raids aériens israéliens et d’une opération terrestre. Deux soldats israéliens sont tués. Le 2 mars 2008, sept autres Palestiniens sont tués lors de bombardements israéliens dans le Nord de la bande de Gaza et contre le camp de Jabaliya.
6 mars 2008 : Plusieurs organisations humanitaires britanniques et françaises ont publié le 6 mars 2008 un rapport de la situation dans la bande de Gaza et estiment qu’il s’agit de la situation « la pire depuis le début de l’occupation israélienne en 1967 ». Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), entre juin et septembre 2007, le nombre de familles gagnant moins de 1,2 dollar par jour est passé de 55 % à 70 %.
19 juin 2008 : Une trêve entre le Hamas et Israël entre en vigueur, « L’accord, négocié par l’entremise de l’Égypte, prévoit l’arrêt des tirs palestiniens vers Israël et la fin des attaques israéliennes sur la bande de Gaza. Israël s’est également engagé à alléger progressivement son blocus sur la bande de Gaza, en vigueur depuis bientôt un an ». La trêve tiendra quelques mois avant d’être rompue par Israël en novembre 2008.
26 juin 2008 : les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa tirent une roquette artisanale contre le sud d’Israël.
4 novembre 2008 : les statistiques officielles du ministère des affaires étrangères israélien montrent que durant cette trêve, les tirs sur les civils du Sud d’Israël ont diminué mais n’ont jamais été interrompus. La trêve dégénère gravement le 4 novembre 2008 : « Un cessez-le-feu de 4 mois entre Israël et des militants palestiniens à Gaza est fragilisée aujourd’hui après que les troupes israéliennes tuèrent six hommes armés du Hamas lors d’un raid sur le territoire ».
En raison des tirs réguliers de roquettes sur les localités israéliennes frontalières particulièrement Sdérot, du blocus sur la bande de Gaza, et des représailles israéliennes, la tension reste importante à la frontière et a d’ailleurs conduit à une opération militaire israélienne le 27 décembre 2008 : l’opération Plomb durci.
La guerre de Gaza en 2008 / 2009
De la signature du cessez-le-feu de six mois le 19 juin 2008, à la fin du mois d’octobre 2008, les tirs de roquettes et obus tirés sur Israël, en forte diminution, sont au nombre de trente-huit et non revendiqués par le Hamas. L’armée israélienne fait une incursion le 4 novembre 2008 en territoire palestinien, déclarant vouloir détruire un tunnel inachevé dans le centre de Gaza qui aurait dû traverser la frontière israélienne ; le Hamas n’a pas démenti ces déclarations. Le Hamas considérant cet acte comme la fin de la trêve augmente dès lors les tirs de roquettes en direction d’Israël. Le 19 décembre, contrairement à ce qu’avait demandé le Hamas, Israël refuse de lever le blocus sur Gaza. Les tirs de roquettes s’intensifient, en particulier le 26 décembre 2008 où plus de 80 roquettes sont tirées sur des villes du Sud d’Israël.
À partir du 27 décembre 2008, Israël bombarde massivement les installations du Hamas dans une opération appelée Plomb Durci par les israéliens et Massacre du samedi noir par les palestiniens, tuant par la même occasion des centaines de civils sur le territoire — près de 400 morts dans les quatre premiers jours des bombardements dont au moins un quart de civils. Trois semaines après le début de l’attaque israélienne, le bilan s’élève à 1 315 Palestiniens et 13 Israéliens tués ainsi que plus

de 5 300 blessés côté palestinien.
Différentes propositions de cessez-le-feu sont repoussées par les belligérants. Israël écarte notamment une proposition française du 31 décembre 2008 d’un « cessez-le-feu humanitaire » de 48 heures, Tzipi Livini affirmant au sortir de sa visite à l’Élysée que « la situation humanitaire à Gaza est exactement comme elle doit être ». Le 8 janvier 2009, le Conseil de sécurité de L’ONU appelle à un « cessez-le-feu immédiat » avec la résolution 1860, mais aucune des deux parties ne le respecte.
Les autorités israéliennes maintiennent un « black out » sur les informations venues de la bande de Gaza, l’entrée de journalistes étrangers étant interdite depuis le 5 novembre, tandis que les deux parties mènent une véritable guerre de l’information pour faire prédominer leur version à travers les grands médias et sur Internet.
Depuis le blocus imposé par Israël et l’Egypte à la bande de Gaza, la situation humanitaire s’était déjà fortement dégradée. L’« opération Plomb durci » a encore aggravé la situation malgré l’interruption de trois heures accordée par Israël pour permettre à l’aide humanitaire d’accéder sur le terrain. Mais le 8 janvier 2009, l’ONU suspend toutes ses activités à Gaza, mettant en cause l’armée israélienne après qu’elle a bombardé un de ses convois humanitaires et tué un chauffeur. L’organisation demande aussi une extension de l’interruption des trois heures qu’elle juge en l’état insuffisante. Le CICR de son côté accuse Tsahal d’empêcher l’accès des secours aux victimes.
Un million de Palestiniens sont privés d’électricité, 750 000 d’eau courante, les hôpitaux sont surchargés et les services médicaux épuisés manquent de médicaments.
Un collectif de 90 organisations humanitaires, françaises pour la plupart, a annoncé, le 12 janvier 2009, son intention de déposer, devant la Cour pénale internationale, une plainte contre l’État d’Israël, accusé par elles de « crimes de guerre » dans la Bande de Gaza, en raison du caractère jugé« disproportionné » de la riposte israélienne aux lancers de roquette effectués en direction du sud d’Israël.
Le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, déclare le 3 juin 2010: « Le blocus de Gaza est contre-productif, intenable et immoral. »
Abordage de la flottille pour Gaza.
En mai 2010 une mission humanitaire baptisée flottille de la liberté tente de briser les blocus imposé à la bande de Gaza. Les navires sont arraisonnés dans les eaux internationales, faisant neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants pro-palestiniens turcs de İnsani Yardım Vakfı (IHH) qui est une ONG humanitaire turque considérée comme proche de mouvements islamistes, bien que l’IHH nie ces allégations, et dix blessés parmi les militaires israéliens.
Le 15 mars 2011 la marine israélienne arraisonne un bateau qui acheminait une cargaison de missiles vers la bande de Gaza destinée au Hamas.
Le 22 mars et les jours précédent les militants des mouvements islamistes dans la bande de Gaza ont tirés des missiles vers les villes israéliennes d’Ashdod et Beer sheva faisant un blessé. La riposte israélienne a fait huit morts, quatre militants et quatre civils dont deux mineurs. Israël a exprimé ses regrets pour la mort des civils innocents atteints non volontairement.
Une économie dépendant du blocus
L’économie gazaouie était traditionnellement agricole et n’a connu quasiment aucun développement industriel sous l’occupation égyptienne de 1949 à 1967.

À partir de 1967, elle s’est totalement intégrée au marché israélien dont elle est devenue totalement dépendante. Gaza exportait essentiellement des produits agricoles vers Israël mais aussi des produits finis, fabriqués sous licence israélienne, dans la zone industrielle frontalière d’Erez. La principale source de revenus restait cependant sa main d’œuvre non qualifiée qui était utilisée dans l’industrie du bâtiment et l’agriculture israéliennes. La culture et l’exportation des fraises depuis la bande de Gaza est une culture importante rémunératrice et emploie beaucoup de main d’œuvre (4 personnes par km2).
Depuis le début de la Seconde Intifada, les frontières entre la bande de Gaza et Israël ont fait l’objet de fermetures répétées au passage des biens et des personnes pour des motifs sécuritaires. Le poste-frontière et la zone industrielle de Erez ont été particulièrement la cible de nombreuses attaques armées des groupes palestiniens. En conséquence, l’ensemble de l’économie gazaouie s’est écroulée.
L’Autorité palestinienne a assuré la survie artificielle de l’économie en hypertrophiant le secteur public, principalement les services de sécurité, grâce aux subventions internationales, surtout de l’Union européenne. Près d’un Gazaoui sur trois serait rémunéré par l’Autorité palestinienne.
La bande de Gaza reste totalement dépendante d’Israël pour la fourniture de son électricité et de son carburant, et même si elle dispose de réserves de gaz offshore, elles ne peuvent être exploitées sans accès au marché international, cependant le 20 janvier 2011, le Premier ministre Benyamin Netanyahou annonce vouloir se retirer des secteurs de l’eau et de l’électricité, sans préciser d’échéance.
Après la prise du pouvoir par le Hamas en 2007, les bailleurs de fonds internationaux ont cessé les transferts financiers directs aux autorités publiques de la bande de Gaza qui ne sont plus en mesure de payer leurs employés. Le taux de chômage atteindrait en 2007 la barre des 40 %. La fermeture de tous les points de passage depuis 2007 a entraîné une restriction des approvisionnements en provenance d’Israël qui est l’unique fournisseur. Ainsi, le nombre de camions de livraison s’est réduit de 250 à 45 par jour. Sur les 3 900 fabriques de toute nature recensées en juin 2005, il n’en reste plus que 195 employant seulement 1 750 personnes au lieu de 35 000. D’après un rapport de la Banque mondiale, 95 % de l’activité industrielle a été stoppée. À cause de ce blocus israélo-égyptien, le territoire a subi une dégradation humanitaire et sanitaire.
En juillet 2010, alors que le blocus de Gaza est allégé par Israël, le premier centre commercial de Gaza depuis la prise du pouvoir par le Hamas est inauguré.
Selon l’Ocha en 2009, il y a 42% de la population active au chômage (60% pour les moins de 30 ans); 70% de la population est au-dessous du seuil de pauvreté, plus de 60% en état d’insécurité alimentaire.
La restriction de la pêche
Selon les accords d’Oslo le territoire de pêche pour les Gazaouis est fixé à 20 miles marins de la côte entre Deir el-Balah et le nord de la ville de Gaza, soit une vingtaine de kilomètres de large, plus une petite bande au large de Maghazi Rafah (avec des restrictions d’horaire), tout le reste étant interdit. L’espace maritime est finalement réduit à dix miles marins et encore réduit en octobre 2006 à six miles marins. Depuis janvier 2009, il est encore baissé à trois miles marins. Le tonnage de pêche qui s’était dramatiquement réduit à 292 tonnes de poissons en avril 2007 passe deux ans plus tard à 79 tonnes.
D’autre part seuls quatre ports ont le droit de posséder des bateaux de pêche. Il s’agit du port de Gaza avec un appontement de 468 bateaux; de Deir el-Balah, 95 bateaux; de Maghazi Khan Younès avec 99 bateaux et de Maghazi Raffah avec 108 bateaux.
Situation humanitaire dans la bande de Gaza – juillet 2011
Faits rapides de Gaza
.. La population de Gaza est de 1,6 millions , avec plus de 50% de moins de 18.
.. 38% des Gazaouis vivent dans la pauvreté.
.. 31% de l’effectif de Gaza est au chômage et 47% des jeunes sont au chômage.
.. 54% des Gazaouis souffrent d’insécurité alimentaire et plus de 75% sont dépendants de l’aide.
.. La production économique en 2010 est inférieur de 20% en 2005.
.. 35% des terres agricoles de Gaza et 85% de ses eaux de pêche sont totalement ou partiellement inaccessibles en raison de israélienne des mesures militaires.
.. De 50 à 80.000.000 de litres d’eaux usées brutes ou partiellement traitées sont déversées dans la mer chaque jour.
.. Plus de 90% de l’eau de l’aquifère de Gaza est imbuvable.
.. 85% des écoles à Gaza courir sur les quarts double ou triple.
.. Depuis le début de l’année 2010, 59 personnes ont été tuées dans les accidents dans les tunnels dont 5 enfants et 115 ont été blessés.
.. La traversée principale de circulation des Palestiniens dans et hors de Gaza Crossing (Rafah à l’Egypte frontière) reste limitée à l’adoption de 500 personnes par jour.
1 Le blocus de Gaza est un déni de droits humains fondamentaux en violation du droit international et les montants à une punition collective. Le blocus restreint sévèrement les importations et les exportations, comme ainsi que la circulation des personnes dans et hors de Gaza, et l’accès aux terres agricoles et de pêche les eaux. Les Gazaouis sont incapables de subvenir à leurs les familles et la qualité des infrastructures et services vitaux s’est détériorée.
2 Mesures prises pour faciliter la le blocus en Juin 2010 ont eu peu effet sur la situation humanitaire. Alors que les importations ont augmenté, ils ne sont encore que à 45% des niveaux pré-2007. Les exportations restent très restreint et se limitent à l’agriculture produire pour l’Europe, et les entreprises de Gaza ne peuvent pas accéder à leurs marchés traditionnels de Israël et la Cisjordanie. Accès à la terre et mer reste très limité.
3 Si Israël a approuvé une série de projets d’infrastructure visant à améliorer vitale
services d’assainissement, d’éducation et de santé dans Gaza, peu de ces projets ont été mis en œuvre. Ceci est principalement dû à l’lourde, encombrante approbation processus et des difficultés dans l’importation de matériaux. Cette Gazaouis ont vu les moyens pas de réelle amélioration de la qualité des vitale les services.
4 Des milliers de personnes, beaucoup d’entre eux enfants, au péril de leur vie la contrebande
marchandises à travers les tunnels sous la frontière avec l’Egypte tous les jours. L’industrie florissante du tunnel est une conséquence directe des restrictions en cours sur l’importation de matériaux de construction, le manque d’emplois opportunités, et la reconstruction d’énormes
besoins à Gaza.
5 Les Gazaouis restent isolés et coupés du reste des territoires occupés Territoire palestinien. Mouvement via le Israélienne d’Erez est interdit à la quasi-totalité Les Gazaouis, en dépit des promesses d’assouplir les restrictions. L’Egyptien de passage de Rafah reste limitée
à 500 personnes par jour, avec des centaines de Palestiniens refusé le passage de chaque semaine.
Temps biblique
4.1 L’Ancien Testament (Bible Hébraïque)
L’Ancien Testament se compose de :
Torah (pentateuque, dictée par Dieu à Moïse)
- Genèse (origine de l’homme et du peuple hébreu jusqu’à son arrivée en Égypte en l’éclairant par le projet de Dieu)
- Exode (exode hors d’Égypte des Hébreux sous la conduite de Moïse, le don des Dix Commandements et les pérégrinations du peuple hébreu dans le désert du Sinaï vers la Terre promise)
- Lévitique (il parle des devoirs sacerdotaux en Israël, son but est d’enseigner les préceptes moraux et les vérités religieuses de la loi de Moïse au moyen du rituel)
- Livre des nombres (regroupe tous les éléments qui ont pris place entre la sortie d’Égypte (l’Exode) et l’arrivée en terre promise (livre de Josué).)
- Deutéronome (second code de lois, événements vécus par les Israélites depuis leur sortie d’Égypte : le don du Décalogue, l’institution des juges, le veau d’or)
Nevi’im (livre des Prophètes)
1er Prophètes : antérieurs à la chute du Premier Temple et l’exil dont le récit s’étend de Josué aux Rois
2ème Prophètes : ultérieurs à l’exil, contenant surtout des prophéties sous forme poétique.
Ketouvim
Cantillation poétique (3 livres)
Les Cinq Rouleaux (Cantique des Cantiques, de Ruth, des Lamentations, de l’ Ecclésiaste et d’Esther)
Autres livres : Livre de Daniel, Livre d’Esdras et de Néhémie et Livres des Chroniques
- Deutérocanoniques (pour les catholiques et orthodoxes)
Livre de Judith
Livre de Tobie
Passages grecs du Livre d’Esther
Premier livre des Macchabées et Deuxième livre des Macchabées
Livre de la Sagesse
Ecclésiastique ou Siracide
Passages grecs du Livre de Baruch : chapitre 6 (Lettre de Jérémie).
Passages grecs du Livre de Daniel : chapitre 13 (Suzanne), chapitre 14 (Bel et le dragon).
Les patriarches
Abraham
Sarah
Agar
Isaac
Ismaël (ancêtre des arabes)
Rebecca
Jacob (Israël)
Esaü
Léa
Rachel
Bilha
Zilpa
Ruben
Siméon
Lévi
Juda
Dan
Nephtali
Gad
Aser
Issachar
Zabulon
Dinah
Joseph
Benjamin
12 fils (12 tribus d’Israël)
Nebajoth
Kédar
Adbeel
Mibsam
Mischma,
Duma
Massa
Hadad
Théma
Jethur
Naphisch
Kedma
Mahalath
12 fils
Mahalath
Judith
S’établirent à la Mecque
Tribu de Mahomet
Ketourah
Zimran
Jokschan
Medan
Madian
Jischbak
Schuach
Amara
Éphraïm
Noun
Josué (successeur de Moïse)
Lors de la division en deux royaumes, les tribus de Juda et Benjamin formèrent le royaume de Juda, les dix autres formèrent le royaume du nord, le royaume d’Israël.
La vocation d’Abraham :
La plupart des hommes abandonnaient le culte du Seigneur pour offrir leurs adorations au soleil, à la lune, aux étoiles, et même aux animaux et aux plantes. C’est pourquoi Dieu résolut de se former un peuple particulier, qui conserverait la vraie religion, et donnerait naissance au Rédempteur promis.
Abraham
Dieu apparut une première fois à Abraham, et lui dit : « Sors de ton pays, quitte ta famille, et va dans la terre que je te montrerai » .
Il quitta la Mésopotamie avec son épouse, son neveu, ses serviteurs et ses troupeaux et s’installa en terre de Canaan (Palestine).
trois anges que Dieu envoyait au saint patriarche lui dirent : « Dans un an, Sara, ta femme, mettra au monde un fils que tu nommeras Isaac ; il sera l’héritier des promesses divines ».
Ismaël (l’ainé) ne devait hériter des promesses du Seigneur ; il en conçut une grande haine contre Isaac. Abraham le rejeta avec sa mère. Ismaël habita le désert de Pharaon, où il se rendit habile à tirer de l’arc. Ses descendants prirent le nom d’Arabes, et devinrent fameux dans la suite.
Selon la tradition, Abraham est enterré dans le Tombeau des Patriarches, à Hébron.
JACOB et ESAU
Isaac eut deux fils jumeaux Esaü et Jacob.
Esaü vendit son droit d’aînesse à son frère Jacob pour de la nourriture mais le regretta. Se voyant frustré de la bénédiction paternelle, il en conçut un tel ressentiment, qu’il proféra des menaces et dit : « Le temps de la mort de mon père viendra, et alors je tuerai mon frère Jacob ».
Jacob s’enfuit en Mésopotamie et ne revint que 20 ans plus tard. Sur le chemin du retour il se battit toute une nuit avec un ange. A la fin du combat il prit le nom d’Israël « celui qui a lutté avec Dieu » et fit la paix avec son frère.
Jacob eut douze fils, qui furent les chefs des douze tribus ou des douze familles d’Israël. Voici leurs noms : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Isaachar, Zabulon, Dan, Nephtali, Gad, Aser, Joseph et Benjamin. Il eut aussi une fille nommée Dina.
Les plus célèbres enfants de Jacob sont :
Juda, dont la tribu donna des rois au peuple juif, et le Sauveur à toutes les nations
Lévi, dont la tribu fut consacrée au service des autels,
Joseph, dont la vie, pleine d’événements extraordinaires, fut une vivante figure du Messie.
JOSEPH
Joseph, fils de Jacob, se distingua dès son enfance par sa piété et par sa sagesse; c’est pourquoi son père l’aimait plus que ses autres enfants. Il fut vendu par ses frères et se retrouva en Egypte comme esclave d’un ministre de Pharaon. Le Seigneur n’abandonna pas Joseph, et, pour commencer à récompenser sa vertu, il lui accorda le don de prophétie.
Il devint le conseiller de Pharaon.
Joseph parcourut l’Egypte et fit préparer des greniers pour recevoir l’excédent de la récolte de chaque année d’abondance. Lorsque vinrent les années de stérilité et de la famine, le sage gouverneur épargna les horreurs de la faim aux Egyptiens et aux peuples des alentours.
Suite à une famine en terre de Canaan, Jacob et ses fils vinrent en Egypte où ils retrouvèrent Joseph. Jacob fut enterré à la caverne double de Macpélah où reposaient déjà Abraham, Sara, Isaac, Rebecca et Lia.
Après la mort de Joseph, les Egyptiens oublièrent bientôt ce qu’ils devaient à sa mémoire ; ils conçurent des craintes en voyant que les Israélites s’étaient multipliés au point de former un peuple nombreux qui remplissait la terre de Gessen. Ils les réduisirent en servitude et les employèrent à fabriquer des briques, à bâtir leur villes et leurs monuments.
Les Israélites demeurèrent environ 430 ans en Egypte. Il leur fallait le temps de se multiplier pour être en état de remplir la Terre Promise et de l’occuper, en exterminant ses habitants maudits de Dieu.
MOÏSE
Le roi d’Egypte, inquiet de voir les Israélites se multiplier de plus en plus, ordonna de jeter dans le Nil tous les enfants mâles, aussitôt après leur naissance. C’est le moment que Dieu choisit pour préparer un libérateur à son peuple.
Un bébé échappa au massacre et fut recueilli par la fille de Pharaon, elle le nomma Moïse « sauvé des eaux ».
Instruit de son origine et parvenu à sa quarantième année, Moïse quitta la cour du roi, et alla visiter ses frères.
Pendant quarante ans, Moïse s’occupa de la garde des troupeaux de son beau-père. Un jour qu’il les avait menés jusqu’à la montagne d’Horeb, le Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson qui brûlait sans se consumer, et lui dit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Les cris des enfants d’Israël sont venus jusqu’à moi ; j’ai vu leur affliction, et je veux t’envoyer vers Pharaon, afin que tu fasses sortir mon peuple de l’Egypte… ».
Moïse alla voir Pharaon pour qu’il libère son peuple, il refusa. Dieu infligea les 10 plaies à l’Egypte. Pharaon finit par laisser partir les Hébreux. Il se ravisa et les poursuivit. Dieu permit à Moise d’ouvrir la Mer Rouge pour laisser passer son peuple et referma la mer à l’arrivée des troupes de Pharaon.
Trois mois environ après la sortie d’Egypte, les Israélites arrivèrent au pied du mont Sinaï. Dieu appela Moïse sur la montagne, et lui commanda de dire au peuple : « Purifiez-vous aujourd’hui et demain, et soyez prêts pour le troisième jour, car je descendrai sur la montagne du Sinaï ». Dès le matin du troisième jour, on entendit des tonnerres et l’on vit briller des éclairs ; une nuée épaisse couvrit la montagne ; une trompette mystérieuse sonna avec grand bruit ; le peuple qui était dans le camp fut saisi de frayeur. Alors Dieu se fit entendre au milieu des feux, et publia sa loi qu’on appelle le Décalogue.
- Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai retirés de la terre d’Egypte, de la maison de servitude ; vous n’aurez pas de dieux étrangers devant moi.
- Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu.
- Souvenez-vous de sanctifier le jour de sabbat.
- Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera.
- Vous ne tuerez point.
- Vous ne commettrez point d’adultère.
- Vous ne déroberez point.
- Vous ne porterez point de faux témoignages contre votre prochain.
- Vous ne désirerez point la femme de votre prochain.
- Vous ne désirerez point sa maison, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui.
Les Israélites effrayés, se tinrent éloignés de la montagne, et dirent à Moïse : « Parle-nous toi-même et nous t’écouterons ; mais que le Seigneur ne nous parle pas, de peur que nous mourions ». Moïse rassura le peuple, et remonta ensuite sur la montagne, où la Majesté divine se rendait sensible.
Il y demeura 40 jours et 40 nuits, sans boire ni manger. Dieu lui donna ses ordres pour la construction du tabernacle, le ministère des prêtres et les cérémonies du culte ; enfin, il lui remit deux tables de pierre sur lesquelles il avait lui-même gravé la loi.
Le peuple, inquiet de voir que Moïse restait si longtemps sur la montagne, s’assembla autour d’Aaron (frère de Moïse)et lui dit : « Fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car nous ne savons ce qu’est devenu Moïse, cet homme qui nous a tirés de l’Egypte ». Aaron eut la faiblesse de céder à leurs instances séditieuses, il fit apporter tous les pendants d’oreilles, les fondit ensemble et en fit un veau d’or, en souvenir de l’idole des Egyptiens. Alors le Seigneur dit à Moïse : « Descends de la montagne, car les Israélites se sont écartés de la voie que tu leurs as montrée ».
L‘Arche d‘Alliance était un coffre en bois de sétim (acacia), tout revêtu de feuilles d’or au dedans et au dehors. Elle avait deux coudées et demie de longueur, une coudée et demie de largeur et une coudée et demie de hauteur. Les deux tables de la loi et une mesure de la manne furent placées dans l’arche.
Pendant les quarante ans que dura le voyage dans le désert, les Israélites furent nourris de la manne. Elle tombait du ciel chaque jour, et ressemblait à ces petits grains de gelée blanche qui se forment l’hiver. Il fallait la ramasser dès le matin, car elle fondait aux premiers rayons de soleil. Elle ne tombait pas le jour du sabbat.
La fête du Sabbat (du vendredi soir au samedi soir) se célébrait en mémoire du repos de Dieu, après la création. Personne ne travaillait le jour du sabbat. Plus tard, on réunit le peuple dans les synagogues, pour la prière, la lecture et l’explication des livres saints. Outre le sabbat, les Israélites avaient chaque année quatre fêtes principales : la Pâque, la Pentecôte, la fête des Tabernacles et la fête des Expiations.
Moïse, sachant sa mort prochaine, assembla les Israélites pour la dernière fois. Il leur rappela les bienfaits dont ils avaient été comblés, leur promit toutes sortes de biens s’ils servaient fidèlement le Seigneur, et leur annonça les plus grands malheurs s’ils l’abandonnaient ; puis il chanta un antique admirable, et bénit chacune des douze tribus d’Israël.
Il alla ensuite sur le mont Nébo, d’où le Seigneur, lui montrant la terre des Canaan, lui dit : « Voilà le pays que j’ai promis à Abraham, Isaac et Jacob ; tu l’as vu, mais tu n’y entreras pas ».
JOSUA
Après la mort de Moïse, Josué, son successeur, fit avancer les Israélites vers le fleuve du Jourdain, les avertissant de se tenir prêts pour le traverser. « Sanctifiez-vous, leur dit-il, car le Seigneur renouvellera demain, sous vos yeux, les plus étonnantes merveilles qu’il ait opérées depuis votre sortie d’Egypte ».
La première ville que trouvèrent les Israélites, après le passage du Jourdain, fut celle de Jéricho. Josué, par l’ordre de Dieu, fit faire à son armée le tour de la ville, une fois par jour, pendant six jours de suite. Des prêtres, portant l’arche, précédaient les hommes de guerre. Au septième jour, on fit sept fois le tour de la ville ; au dernier tour, les prêtres sonnèrent de la trompette, et le peuple jeta de grands cris : à l’instant les murailles tombèrent, et chacun entra par la brèche qu’il avait devant lui. Tous les habitants furent passés au fil de l’épée.
Josué défit successivement tous les peuples de Canaan. En peu d’années, il se rendit maître de toute la Terre Promise, et la partagea entre les douze tribus d’Israël.
La tribu de Juda, qui s’était distinguée au-dessus des autres par le courage, reçut en partage le pays des Jébuséens, dont la capitale était Jébus ou Jérusalem, ville destinée à devenir le centre de la religion.
Les enfants de Lévi, consacrés au service du temple, n’eurent pas de terres ; mais le Seigneur leur donna pour subsister la dîme et les prémices de tout ce que la terre produisait ; ils eurent pour demeures 48 villes appelées villes lévitiques.
Jacob ayant adopté Manassé et Ephraïm, fils de Joseph, leurs tribus entrèrent dans le partage : Manassé représentant son père Joseph, et Ephraïm remplaçant Lévi.
Après la mort de Josué, les Hébreux furent gouvernés par le Conseil des anciens, dont la fonction, depuis Moïse, consistait à régler les affaires générales.
Les générations qui avaient vu les prodiges opérés par Moïse et Josué disparurent peu à peu, et les Israélites oublièrent insensiblement les ordonnances de leur loi. Ils contractèrent des alliances illicites avec les peuples infidèles qui les entouraient ; comme eux ils voulurent avoir des dieux visibles, et tombèrent dans une stupide idolâtrie.
Pour les punir, Dieu les livra à leurs ennemis, qui les réduisirent sept fois en servitude. Lorsque les Israélites se repentaient de leurs crimes, le Seigneur leur envoyait des libérateurs, que l’on a désignés sous le nom de Juges, qui retiraient le peuple de la servitude et le gouvernaient après sa délivrance.
DAVID
David est reconnu roi par la tribu de Juda.
Après un règne de sept ans à Hébron, David résolut de se rendre à Jérusalem avec les tribus réunies et d’en chasser les Jébuséens. Leur citadelle, bâtie sur le mont Sion, fut emportée d’assaut, et David y fit construire son palais.
David défit aussi les Philistins et les Amalécites ; il délivra ainsi son peuple de l’oppression de ses ennemis et du tribut qu’il avait payé longtemps aux Philistins.
Toute la terre promise était alors au pouvoir de David ; il avait soumis les peuples situés à l’orient de la Judée, une partie de la Syrie et de l’Idumée. Il possédait sur la mer Rouge des ports pour le commerce qu’Israël faisait alors avec les nations de l’Asie et de l’Afrique les plus éloignées.
Il mourut à l’âge de 71 ans, après un règne de quarante ans, dont sept à Hébron, sur la tribu de Juda, et trente trois à Jérusalem, sur tout Israël. Il fut enseveli dans le Sion, qui dès lors fut nommée la ville de David. Son fils Salomon fut couronné roi.
SALOMON
Après la mort de David, Dieu apparut en songe à Salomon son fils, et lui dit : « Demande ce que tu veux, et tu seras exaucé ».
« Seigneur, répondit le jeune prince, vous avez comblé de bienfaits David mon père, et vous m’avez fait asseoir sur son trône ; mais je ne suis encore qu’un enfant au milieu d’un grand peuple …, donnez-moi un cœur docile, afin que je puisse discerner entre le bien et le mal … ».
La prière de Salomon fut agréable au Seigneur, qui lui répondit : « Parce que tu n’as choisi ni la gloire, ni la fortune, mais la sagesse pour discerner ce qui est juste, je t’accorde ce don précieux, et j’ajoute ce que tu n’as pas demandé, c’est-à-dire les richesses et la gloire ».
La quatrième année de son règne, Salomon fit niveler le sommet du mont Moria, au nord-est de Jérusalem, et commença le temple que David son père avait projeté de bâtir à la gloire du Seigneur. Il mit sept ans et demi à construire ce superbe édifice, dont la beauté et la richesse en firent l’une des merveilles du monde. Le Saint des Saints, ou Sanctuaire, contenait l’arche d’alliance.
La réputation dont jouissait Salomon, ses immenses richesses, les honneurs qu’il recevait de toutes parts, finirent par corrompre son cœur et aveugler son esprit.
Le Seigneur irrité lui apparut, et lui dit : « Puisque tu n’as pas gardé mon alliance, je diviserai ton royaume, et je le donnerai à l’un de tes serviteurs… Néanmoins, en considération de David, ce ne sera pas pendant ta vie, mais sous le règne de ton fils ». le peuple de Dieu fut partagé en deux royaumes. Les tribus de Juda et de Benjamin seules demeurèrent fidèles à Roboam, et formèrent avec les Lévites le royaume de Juda, dont la capitale fut toujours Jérusalem. Les dix autres tribus se donnèrent à Jéroboam, et formèrent le royaume d’Israël, dont la capitale fut successivement Sichem, Thersa et Samarie.
La période qui suivit la mort de Salomon correspondit à la destruction des deux royaumes de Juda et d’Israël par les babyloniens.
S’en suit une captivité des Israelites à Babylone et la destruction du Temple de Salomon en 587 av JC (1er Exil).
Arrivés dans la terre étrangère, les Juifs y furent traités avec humanité. Nabuchodonosor II leur permit d’acheter des terres et de se juger d’après leurs propres lois. Il en éleva même plusieurs à de hautes dignités dans son palais.
Le courage de ces pauvres exilés était principalement soutenu par leurs prophètes, dont les oracles promettaient la ruine de leurs oppresseurs, le retour du peuple hébreu en Judée, et le rétablissement du temple de Jérusalem.
Nabuchodonosor, pour mettre fin aux continuelles révoltes des Juifs restés en Judée, résolut de les disperser dans ses diverses provinces. Il ne laissa dans la Judée que les gens nécessaires pour cultiver les champs et la vigne, et leur donna le juif Godolias pour gouverneur. Cet officier ne gouverna que deux mois ; il fut assassiné dans un festin par Ismaël, qui voulait s’emparer du pouvoir.
Daniel était de race royale de Juda ; il fut amené tout jeune à Babylone, par Nabuchodonosor, qui le fit instruire dans toutes les sciences des Chaldéens avec trois autres enfants de la tribu de Juda, Ananias, Misaël et Azarias. Frappé de leur intelligence et de leurs belles qualités, le roi les traita avec distinction, et leur confia des emplois importants dans la province de Babylone.
Les années de la captivité touchaient à leur fin, et Daniel priait avec ferveur pour la délivrance de ses frères. L’ange Gabriel vint lui dire que ses vœux étaient accomplis, et lui apprit en ces termes l’époque de l’avènement du Messie : « Depuis l’ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu’à la venue du Christ, chef du peuple, il y aura 70 semaines d’années (490 ans). Après ces 70 semaines, le Christ sera mis à mort, le peuple rejeté, le sanctuaire détruit, et Jérusalem réduite à un état de désolation qui ne cessera qu’à la fin des siècles … ».
Le Second Temple fut construit au retour de la captivité des Juifs à Babylone vers 536 av JC.
Vers -63 av JC, l’Empire Romain s’implique dans les affaires de Judée.
HERODE
Le sénat de Rome, traitant la Judée en pays conquis, proclama roi des Juifs le fils d’Antipater, Hérode, qui était natif d’Ascalon, ville de l’Idumée. Hérode fut conduit au Capitole, et couronné avec les cérémonies accoutumées. Le sceptre sortit ainsi de Juda, et passa entre les mains d’un prince étranger. On était donc arrivé à l’époque marquée par la prophétie de Jacob pour la venue du Messie.
Par la force des armes, Hérode se mit en possession des Etats qui lui étaient donnés. Il prit Jérusalem, fit massacrer tous ses ennemis et éteignit dans le sang cette famille des Asmonéens, qui depuis Mathathias avait gouverné les Juifs pendant 129 ans.
Ce monarque sanguinaire reçut cependant le titre de Grand, soit à cause de ses libéralités pendant une famine, soit à cause de la magnificence de ses constructions. Il releva la ville de Samarie et lui donna le nom de Sébaste (nom grec qui signifie Auguste). Sur le rivage de la mer, il fit bâtir une ville qu’il appela Césarée en l’honneur de César ; elle eut un théâtre, un cirque et un temple dédié à Auguste.
Pour calmer les Juifs, que ces constructions païennes irritaient, il fit restaurer le Temple[41] sans interrompre les sacrifices*. C’est ce temple qui fut détruit par Titus. Hérode mourut peu de temps après la naissance de Jésus-Christ, après avoir ordonné le massacre des saints Innocents.
La destruction du Temple correspondit au deuxième Exil des Israélites en dehors de la Terre Promise.
4.2 Lieux bibliques
Jérusalem
- ville au Moyen-Orient, qui occupe une place importante dans la religion juive, chrétienne et musulmane, et le sentiment national israélien.
- L’Etat d’Israël a proclamé Jérusalem comme sa «capitale éternelle» en 1949, une désignation qui n’est reconnue par aucun membre de la communauté internationale. L’Autorité palestinienne veut faire de Jérusalem-Est (considérée par
- l’ONU comme un territoire occupé) la capitale d’un futur Etat palestinien.
- Jérusalem est située sur les montagnes de Judée (dont le mont Sion) à 745 m d’altitude, avec de grandes variations entre les collines et les vallées (700 à 800 m). Le Mont Scopus culmine à 826m dans la vallée du Cédron en dessous de 600m. Le point culminant est le mont Herzl à 834.
- La partie nommée «vieille ville», entourée de murs, se compose de deux quartiers majoritairement arabe, appelé chrétiens et musulmans, d’un quartier Arménien et d’un quartier juif.
-
La ville de Jérusalem est considérée comme «trois fois sainte» car elle contient les lieux les plus saints du judaïsme et du christianisme et le troisième lieu saint de l’islam:
- Le Mur Occidental, vestige du Temple de Salomon (Mur des Lamentations)
- L’Eglise du Saint-Sépulcre
- Le Dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa.
- Population: 769 400 (450 000 Juifs)
Jéricho
- Jéricho est une ville située près du Jourdain en Cisjordanie. Population: 20 000
- Située bien au-dessous du niveau de la mer sur une route est-ouest à 16 km au nord de la mer Morte, Jéricho est la ville la plus basse habitée de façon continue sur Terre. Elle est également considérée comme l’une des plus anciennes villes habitées du monde.
- Décrit dans la Bible hébraïque comme « la ville des palmiers », de nombreuses sources dans et autour de Jéricho, en ont fait un site attrayant pour l’habitation humaine depuis des milliers d’années.
- Elle est connue dans la tradition judéo-chrétienne comme le lieu du retour du peuple d’Israël de la servitude en Egypte, conduit par Josué, le successeur de Moïse. Les archéologues ont déterré les restes de plus de 20 implantations successives à Jéricho, dont le premier remonte à 11 000 ans (9000 avant notre ère).
Bethléem
- signifie « Maison du pain » , c’est une ville palestinienne dans le centre de la Cisjordanie, (10 km au sud de Jérusalem)
- La Bible hébraïque identifie Beit Lehem comme la ville d’où David est venu et où il a été couronné roi d’Israël (tombeau de Rachel).
- Les Evangiles du Nouveau Testament de Matthieu et Luc identifient Bethléem comme le lieu de naissance de Jésus de Nazareth.
- La ville est habitée par une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.
- Population : 30 000
Hébron
- ville de la Cisjordanie, dans la région des monts de Judée, au sud de Jérusalem. Cette ville est l’une des plus anciennes villes du Moyen-Orient encore habitée. Hébron est à une altitude de 930 mètres d’altitude.
- En 1969, un groupe de Juifs s’est installé à Hébron à nouveau, même si un compromis avec le gouvernement concentre la présence juive dans la colonie de Kiryat Arba, à l’est de la ville. Après 1979, les Juifs sortirent de Kiryat Arba pour fonder le Comité de la communauté juive de Hébron dans le quartier juif historique autour de la synagogue Avraham Avinu.
- Hébron est un des lieux saints des trois religions abrahamiques. Ce lieu saint, actuellement divisée entre une synagogue et une mosquée, est vénéré par les juifs, chrétiens et musulmans (Tombeau des Patriarches: Adam & Eve, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Léa).
- Cette ville fait partie de la conquête de Canaan par Josué. Dans le livre de Josué, la ville est donné à Caleb et sa famille. Hébron est devenue la capitale de la tribu de Juda. Dans le deuxième livre de Samuel, Hébron a été donné au roi David qui en fit sa capitale où il gouvernait le royaume de Juda, jusqu’à ce que Jérusalem devienne la capitale du royaume unifié d’Israël.
- Population: 170 000 Palestiniens, 500 colons protégés par 2000 soldats.
- Al Suhadi: rue où il y a le plus long couvre-feu dans l’histoire de la Cisjordanie. Depuis 2001, la rue est « stérilisée », c’est-à-dire que tous les magasins sont fermés sur décision de l’armée.
Naplouse
- C’ est la plus grande ville des Territoires palestiniens occupés, habitées par quelques 134.000 personnes. Elle se situe à environ soixante-trois kilomètres au nord de Jérusalem. Ses habitants sont principalement des Palestiniens, dont environ 300 Samaritains.
- Le principal lieu saint de ceux-ci, le mont Garizim, surplombe en effet la ville. La ville abrite des lieux saints musulmans, chrétiens, samaritains et juifs.
- Shechem, site du tombeau de Joseph. Également important pour les Samaritains, du fait de sa proximité avec le mont Garizim.
Ramallah
- Ramallah est une ville dans la région montagneuse du centre de la Palestine, à environ 15 km au nord de Jérusalem.
- L’altitude moyenne de la ville est de 900 m. Initialement composé essentiellement de chrétiens palestiniens, depuis 1948, Ramallah comprend de nombreux réfugiés musulmans de toute la Palestine.
- La ville compte environ 40.000 habitants, 220.000 en tenant compte de la zone constituée par Ramallah et les 88 villes et villages qui l’entourent.
- Yasser Arafat a été enterré dans un terrain dépendant de la Mouqata’a, siège de l’Autorité palestinienne, situé dans la ville.
- Yasser Arafat a créé le siège du gouvernement de la Cisjordanie, la Mouqata’a à Ramallah. Bien que cette solution est considérée comme temporaire, Ramallah est devenue la capitale de l’Autorité palestinienne.
- En Décembre 2001, Arafat organise des réunions dans la Mouqata’a, tout en vivant avec son épouse et sa fille dans la bande de Gaza. Après les attentats suicide à Haïfa, Arafat a été forcé de rester à l’intérieur du siège du gouvernement à Ramallah. En 2002, elle fut partiellement détruite par les troupes israéliennes et le bâtiment d’Arafat a été coupé des autres.
- Israël a montré des images d’armes illégales, en disant qu’elles ont été trouvées dans la Mouqata’a et que cela démontre le lien entre Arafat et les terroristes. Les Palestiniens ont affirmé que ces armes appartenaient aux services de sécurité .
Jénine
- Jénine est une ville de Cisjordanie et un important marché agricole palestinien. Le nom de Jénine désigne également le district auquel la ville appartient dans son ensemble, et le camp de réfugiés de Jénine. La ville comptait 39 004 habitants en 2007 et le camp de réfugiés en comptait 10 371.
- L’agglomération (cad le district) avait une population de 256 619 habitants en 2007.
- Cette ville, qui était sous l’administration de l’Autorité palestinienne depuis l’application des Accords d’Oslo, fut à nouveau sous l’autorité israélienne au cours de l’opération militaire « Rempart » menée en 2002.
Dome du Rocher
- Le dôme du Rocher, est un sanctuaire érigé sur ordre du calife Abd al-Malik ben Marwan à Jérusalem, sur l’Esplanade des mosquées (Haram al-Sharif), troisième lieu saint de l’islam, où s’élève aussi la mosquée al-Aqsa. Achevé en 691-692, il est actuellement associé au miraj[42].
Mosquée Al Asqa
- La mosquée al-Aqsa ou al-Aksa est une mosquée construite au viie siècle à Jérusalem (al-Quds). Elle fait partie, avec le Dôme du Rocher, d’un ensemble de bâtiments religieux construit sur l’esplanade des mosquées. Il s’agit de la plus grande mosquée de Jérusalem, où cinq mille fidèles peuvent prier, le site dans sa totalité peut accueillir plusieurs centaines de milliers de personnes. L’esplanade des mosquées (Haram al-Sharif) est le troisième lieu saint de l’islam, après La Mecque et Médine.
Mur occidental
- Le Mur occidental, également appelé HaKotel (« le Mur »), mur des Lamentations (arabe : il-Mabka), est un mur de soutènement de l’esplanade du Temple, à Jérusalem-Est datant du premier siècle avant l’ère commune, au temps de la construction du Temple de Hérode à la fin de l’époque du Second Temple. Il est révéré par les juifs pour sa proximité avec le Saint des Saints, situé sur le mont du Temple et est de ce fait considéré comme
- l’endroit le plus saint (généralement accessible) aux juifs pour la prière. Le Mur occidental est également un symbole national israélien, et des cérémonies non intrinsèquement religieuses s’y tiennent, notamment la commémoration des soldats morts pour la patrie et des victimes du terrorisme anti-israélien.
Saint Sépulcre
- Le Saint-Sépulcre est, selon la tradition chrétienne, le tombeau du Christ, c’est-à-dire l’édicule (maintenant englobé dans l’église du Saint-Sépulcre) construit sur la grotte où le corps de Jésus de Nazareth aurait été déposé après avoir été descendu de la croix à Jérusalem.
Golgotha
- Le Golgotha est une colline située dans l’antiquité à l’extérieur de Jérusalem, sur laquelle les Romains crucifiaient les condamnés. Elle est désormais incluse dans la basilique du Saint-Sépulcre. « Golgotha » est la forme grecque de l’araméen gulgūltá et de l’hébreu biblique gulgōlet, « crâne ». Ce nom vient sans doute de la présence d’ossements et de crânes mais il se peut aussi que le sommet de la colline eût la forme d’un crâne.
Via Dolorosa
- La Via Dolorosa (en français : Chemin de la Souffrance) est une rue de la Vieille Ville de Jérusalem. Selon la tradition religieuse, elle est le chemin que Jésus a emprunté avant sa crucifixion. Ce chemin est marqué par neuf des quatorze Stations du chemin de Croix. Les cinq dernières stations sont à l’intérieur de l’église du Saint-Sépulcre. Il s’agit d’un lieu de pèlerinage très important pour les Chrétiens.
Mont des Oliviers
- Judaïsme : Selon la tradition juive, le Mashia’h (Messie), qui amènera la résurrection des morts, passera en premier lieu par le Mont des Oliviers avant d’entrer dans Jérusalem. C’est donc les personnes enterrées en ce lieu qui seront les premières ressuscitées.
- Christianisme : L’ église de l’Ascension commémore le souvenir de la montée au ciel du Christ quarante jours après sa résurrection, et se trouve au sommet du Mont des Oliviers, à 818 m au-dessus du niveau de la mer. Selon la Tradition, elle contient la dernière empreinte du pied de Jésus sur terre avant son ascension vers les cieux. Elle fait partie des Lieux de station de la liturgie de Jérusalem.
Eglise de la nativité
- La Basilique de la Nativité à Bethléem est l’une des plus vieilles églises du monde, bâtie sur le lieu présumé de la naissance du Christ. Elle fut construite au IVe siècle par l’empereur romain Constantin Ier le Grand, et restaurée sous Justinien au VIe siècle.
Tombeau de Rachel
- Le Tombeau de Rachel est un site saint d’une haute importance dans le judaïsme. Il est situé à côté de la ville de Bethléem sur le territoire biblique de Judée, en actuelle Cisjordanie. C’est le lieu où est enterrée la matriarche biblique Rachel, la femme de Jacob, qui est décédée en donnant naissance à Benjamin.
Les piscines de Salomon
- Les piscines de Salomon ou vasques de Salomon, sont situées au Sud-Ouest de Bethléem, près du camp de réfugiés de Dehaishe. Elles faisaient partie du système d’alimentation en eau de la ville de Jérusalem. Elles sont constituées de trois grands bassins à ciel ouvert, avec un dénivelé de 6 mètres entre eux. Chacun a une taille de plus de 100 mètres de long, 65 de large, et 10 de profondeur.
Mont Hérodion
- L’ Hérodion est une colline artificiellement exhaussée (haute de 91 mètres) en forme de cône tronqué de 758 mètres d’altitude située à 6.4 km au sud-est de Bethléem, qui ressemble à un volcan. Elle abrite les ruines d’un palais construit par le roi Hérode Ier le Grand.
- L’intérieur de la colline est creusé de multiples citernes, reliées entre elles par un labyrinthe de passages souterrains. L’équipe d’archéologues chargée de la fouille du site a annoncé y avoir retrouvé le tombeau du roi Hérode.
Basilique de l’Annonciation
- La Basilique de l’Annonciation, est une basilique catholique érigée au milieu du XXe siècle à Nazareth au nord d’Israël, sur le site que la tradition chrétienne, depuis l’époque byzantine, a associé à celui de l’apparition de l’archange Gabriel à Marie.
- La basilique de l’Annonciation est la plus grande des églises du Moyen-Orient et l’un des hauts lieux de la chrétienté. Elle a été inaugurée en 1964 par le pape Paul VI et consacrée en 1969 sur le site d’églises plus anciennes, elles- mêmes édifiées, à partir du ive siècle, sur une grotte identifiée comme celle de l’Annonciation, à l’endroit même où selon la tradition chrétienne l’archange Gabriel apparut à Marie pour lui annoncer qu’elle portait l’enfant Jésus.
Puits de Jacob
- Le puits de Jacob est un puits évoqué dans la Bible, au chapitre 4 de l’évangile selon Jean qui relate la rencontre de Jésus avec une samaritaine. Ce puits est situé près de « Shechem » ou « Sichem » (aujourd’hui Naplouse).
Tombeau des Patriarches
- Le tombeau des Patriarches est un complexe construit sur un ensemble de grottes. Il est situé en Palestine, dans la vieille ville de Hébron, au sud-ouest de la Cisjordanie, au cœur de la Judée. Il est considéré comme le centre spirituel de la ville de Hébron. C’est un lieu saint du judaïsme et de l’islam.
- Le lieu est appelé en hébreu Ma-arat Hamakhpelah, ce qui signifie « la grotte des doubles [tombes] ». En effet, selon la tradition juive, le tombeau cache des tombes jumelles où sont enterrées quatre couples bibliques importants : (1) Adam et Ève ; (2) Abraham et Sarah ; (3) Isaac et Rebecca ; (4) Jacob et Léa.
- En arabe, le lieu est appelé « Haram el-Khalil », c’est-à-dire « lieu sacré de l’ami (de Dieu) » qui désigne Abraham, l’Ami de Dieu ou tout simplement « Al Magr », la « tombe ». Un monument fut construit autour du tombeau à l’époque d’Hérode le Grand. Les musulmans ont ensuite transformé le monument en mosquée connue sous le nom de mosquée d’Ibrahim.
Le Golan
- Le plateau du Golan anciennement connue sous le nom de Hauteurs Syriennes est un plateau stratégique et une région montagneuse à l’extrémité sud de l’Anti-Liban et reste une terre très contestée à cheval sur les frontières de la Syrie et Israël.
- Deux tiers de la superficie est actuellement occupée par Israël.
- Israël a occupé la plupart des hauteurs du Golan depuis la guerre des Six Jours en 1967. En 1981, Israël a adopté la loi du « plateau du Golan », qui a étendu le droit israélien et l’administration sur tout le territoire occupé par Israël, un acte qui a été condamné par le Conseil de Sécurité des Nations Unies dans sa résolution 497.
- Le Golan a une riche histoire qui remonte aux temps bibliques et de nombreux points de repère archéologiques. Il est une attraction touristique populaire avec ses nombreux cours d’eau pittoresques, des montagnes et des cascades.
- Les druzes sont une communauté religieuse que l’on trouve principalement en Syrie, au Liban, en Israël et en Jordanie.
- La doctrine développée par les Druzes est un dérivé de l’ismaélisme. Officiellement nommée Din al-Tawhid (religion de l’unité [divine]), elle constitue une synthèse de divers courants religieux et intellectuels. Elle contient à la fois des éléments issus du mysticisme musulman et de la pensée coranique, mais également des éléments issus de religions perses et indiennes, du néoplatonisme, du gnosticisme et du messianisme. La discipline religieuse druze constitue un courant monothéiste par excellence et insiste sur l’unité absolue de Dieu.
Lac de Tibériade
- La mer de Galilée, également lac de Génésareth, lac de Tibériade ou mer de Tibériade, situé à proximité du plateau du Golan, est le plus grand lac d’eau douce en Israël, et il est d’environ 53 km de circonférence, environ 21 km de long et 13 km de large.
- Le lac a une superficie totale de 166 km² et une profondeur maximale d’environ 43 m. A 209 mètres sous le niveau de la mer, il est le lac d’eau douce le plus bas sur Terre et le deuxième lac le plus bas au monde (après la Mer Morte, un lac d’eau salée).
- Le Kinneret est situé au fond de la vallée du Grand Rift, la vallée causée par la séparation des plaques africaine et arabe et est alimentée en partie par des sources souterraines bien que sa source principale est le fleuve du Jourdain qui le traverse du nord au sud. En conséquence, la zone est soumise à des tremblements de terre et, dans le passé, l’activité volcanique. Cela est évident par le basalte abondante et d’autres roches ignées qui définissent la géologie de la région de Galilée.
- Une grande partie du ministère de Jésus s’est produit sur les rives du lac de Galilée (multiplication des pains et des poissons, transfiguration du Christ…).
La mer morte
- La Mer Morte est un lac salé bordé par Israël et la Cisjordanie à l’ouest, et la Jordanie à l’est. Sa surface et les rives sont à 422 m sous le niveau de la mer, le point le plus bas sur la surface de la Terre.
- La mer Morte est profonde de 378 m, le lac hypersalé le plus profond du monde. Il est également l’un des plus salé avec 33,7% de la salinité.
- Le Jourdain est la principale source qui se jette dans la mer Morte, mais il existe de petites sources pérennes sous et autour de la mer Morte, créant des piscines et des fosses ainsi que des sables mouvants.
- Le Roi Hérode le Grand a construit ou reconstruit plusieurs forteresses et palais, sur la rive occidentale de la mer Morte. La plus célèbre est Massada où, en 70-73 CE (ère chrétienne) un petit groupe de zélotes juifs ont résisté à la puissance de la légion romaine, et Machaerus où, selon Joseph, Jean-Batiste a été emprisonné par Hérode Antipas et mourut .
Qumran
- Qumran est situé sur un plateau sec environ un mile de la côte nord-ouest de la mer Morte en Cisjordanie, juste à côté du kibboutz Kalia, une colonie israélienne. Depuis la découverte de 1947 à 1956 de près de 900 rouleaux dans des conditions différentes, la plupart écrits sur parchemins, avec d’autres papyrus, des fouilles étendues de la colonie ont été entreprises.
- Les citernes, les bains rituels juifs, et les cimetières ont été trouvées, ainsi qu’une salle à manger ou salle de réunion et les débris de l’étage supérieur, selon certains, ont été un scriptorium ainsi que des fours de poterie et une tour.
- De nombreux chercheurs pensent que le site a été la maison d’une secte juive, les Esséniens. La découverte majeure de Qumran est le rouleau d’Isaïe A, devenu mondialement célèbre. Il est le plus ancien manuscrit complet connu d’un livre en hébreu de la Bible. Il a été fait dans le deuxième siècle avant JC.
4.3 Bible et archéologie
La Bible dévoilée Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman
Le livre présente essentiellement une synthèse des travaux scientifiques sur l’archéologie de la période biblique, au proche-orient, entre les années 1970 et les années 2000. Cette période a vu l’abandon de ce qu’on a appelé l’archéologie biblique (entre 1900-1970), au profit d’une démarche sans a priori appuyée par des méthodes de datation de plus en plus précises. Il en a résulté une remise en question de l’historicité d’une grande part des récits bibliques, notamment sur l’origine des anciens Israëlites, l’exode et la conquête de Canaan, ainsi que sur les royaumes unifiés de David et Salomon. Le livre analyse l’histoire de l’ancien Israël et la naissance de son écriture sacrée en présentant les découvertes archéologiques les plus récentes.
L’ouvrage est consacré aux livres dits « historiques » de la Bible hébraïque (Torah et premiers prophètes), jusqu’à la supposée destruction du Temple de Jérusalem. Il considère comme admise l’existence de sources distinctes composées à différentes époques et dans des lieux différents : source « J » dite « yahviste », source « E » dite « élohiste », source « D » dite « deutéronomique », source « P » dite « prêtres », source « R » dite « rédacteurs », la dernière « rédaction » étant postexilique.
Le texte biblique a été conçu en deux ou trois générations, autour de la fin du VII° siècle av. J.C., dans le petit royaume israélite de Juda, autour de la cour de Jérusalem, avec des intentions théologiques et politiques, dans un climat de peurs et d’espoirs face au puissant voisin égyptien. Sur le plan religieux, ces écrits tendent à fixer l’orthodoxie dans le monothéisme judaïque, en centralisant le culte d’un Dieu unique dans un lieu unique, le Temple de Jérusalem, sous l’autorité d’un descendant de la dynastie de David, premier souverain de la monarchie unifiée de l’histoire d’Israël. Sur le plan politique, la constitution d’une histoire nationale, l’origine glorieuse d’Abraham (« Ur en Chaldée »), la lutte victorieuse contre l’esclavage en Égypte et la conquête par Josué de Canaan (Syrie-Palestine) justifient pleinement les prétentions du roi Josias, dans cette période dramatique de la fin du VII° siècle : l’indépendance par rapport au pharaon Neko II, mais aussi la souveraineté sur l’ancien royaume rival d’Israël, au Nord.
Archéologues, les auteurs confrontent dans l’ouvrage la Bible aux données issues des fouilles et des documents égyptiens et mésopotamiens. Il en ressort que bien des épisodes de la Bible – parmi les plus connus – comme l’errance des Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob), l’esclavage des Hébreux en Égypte, l’Exode sous la conduite de Moïse, l’errance de 40 ans dans le désert du Sinaï, la conquête victorieuse de Canaan par Josué, la monarchie unifiée sous l’autorité du grand David, la splendeur de Jérusalem dotée de son magnifique Temple par Salomon ne correspondent à aucune donnée archéologique ou historique et n’ont tout bonnement pas eu lieu ! Reprenons ces points successivement…
En quête des patriarches… Rappelant que la majorité des pionniers de l’archéologie biblique étaient des prêtres ou des théologiens, les auteurs montrent que tous les efforts pour retrouver les traces de la grande migration vers l’ouest d’Abraham, d’Ur à Harân, en Mésopotamie, puis vers Canaan (sa tombe se trouvant, selon la Genèse, à Hébron, dans les actuels territoires palestiniens) se sont révélés vains. « L’archéologie prouve de façon indubitable qu’aucun mouvement subit et massif de population ne s’est produit à cette époque », mouvement que les tenants d’une migration historique de tribus conduite par Abraham et sa famille situent d’ailleurs à des dates contradictoires, selon les découvertes (entre la moitié et la fin du III° millénaire, entre le début et la moitié du II° millénaire, au début de l’âge du Fer (1150-900 av. J.C.). D’entrée de jeu, les auteurs affirment que le texte de la Genèse a été compilé, à partir de sources plus anciennes, au VII° siècle av. JC, sans qu’il soit possible d’en extraire un compte rendu historique exact. Par exemple, l’histoire des patriarches est remplie de chameaux transportant des marchandises, alors que l’archéologie révèle que le dromadaire n’est couramment utilisé comme bête de somme qu’à partir de l’an 1000 av. J.C., bien après l’existence supposée des patriarches. Avec Abraham, Isaac, Jacob – le père des 12 tribus d’Israël, la Genèse met en scène une ascendance commune à tout le peuple israélite, en insistant sur Juda.
Sur son lit de mort, Jacob confie ainsi le droit d’aînesse à son fils Juda, qui donnera son nom à l’un des deux royaumes israélites du Levant, celui du Sud, où se trouve le tombeau, près d’Hébron, des trois patriarches.
L’Exode a-t-il eu lieu ? Moïse se dressant face au Pharaon, déchaînant contre lui les 10 plaies d’Égypte, la fuite à travers la Mer Rouge, puis les Dix Commandements révélés au premier des Hébreux sur « le mont de Dieu », ces épisodes bibliques sont parmi les plus évocateurs et les plus significatifs de la Bible. Sont-ils pour autant historiques ? Au risque de décevoir leurs lecteurs, les auteurs affirment : « Nous n’avons pas la moindre trace, pas un seul mot, mentionnant la présence d’Israélites en Égypte : pas une seule inscription monumentale sur les murs des temples, pas une seule inscription funéraire, pas un seul papyrus. L’absence d’Israël est totale – que ce soit comme ennemi potentiel de l’Égypte, comme ami, ou comme peuple asservi. » A l’époque supposée de l’Exode, au XIII° siècle av. J.C., l’Égypte de Ramsès II est une puissance considérable, qui contrôle parfaitement les cités-États de Canaan.
Des forteresses égyptiennes balisent la frontière, d’autres sont bâties en Canaan. Pour Finkelstein et Silberman, il est inimaginable qu’une foule d’esclaves hébreux aient pu fuir vers le désert et la Mer Rouge sans rencontrer les troupes égyptiennes, sans qu’il en reste trace dans les archives étatiques. Or, la plus ancienne mention des Hébreux est une stèle commémorant, à la fin du XIII° siècle av. J.C., la victoire du pharaon Merneptah sur le peuple d’Israël, mais en Canaan-même. Même absence de vestiges archéologiques dans le Sinaï, où les compagnons de Moïse ont, selon la Bible, erré pendant 40 ans.
Toutefois, pour n’être pas exacte d’un point de vue historique, la Bible, dans sa description de l’Exode, n’est pas pour autant une fiction littéraire : les toponymes (les noms de lieu) en Égypte, dans le Sinaï ou à Canaan, désignent bien des territoires historiques, mais plus proches là encore du VII° siècle av. J.C. que de l’époque présumée de l’Exode. (Ce dernier fait peut-être allusion à l’expulsion d’Égypte, bien réelle celle-là, des Hyksos, qui étaient eux-mêmes des Cananéens). Dès lors, ce récit d’un affrontement victorieux entre Pharaon et Moïse a pu devenir une saga nationale, une toile de fond mythique et encourageante alors qu’au VII° siècle av. J.C., la renaissance de l’Égypte menace les ambitions du roi de Juda, Josias.
L’origine des Israélites…Selon le texte biblique, Moïse confie la conquête de la Terre promise, Canaan, à son lieutenant Josué. Aidé par Dieu, Josué multiplie les victoires, comme à Jéricho, les murailles s’effondrant sous les trompettes de guerre. Là encore, la réalité archéologique contredit le Livre de Josué. Par exemple, les cités de Canaan n’étaient pas fortifiées ; aucune muraille ne pouvait donc s’écrouler… Surtout, l’idée même d’une invasion de Canaan par les Hébreux venus d’Égypte est contestée par nos auteurs. Pour eux, les Hébreux sont en fait des peuplades indigènes de Canaan, qui ont développé progressivement une identité ethnique israélite. Loin d’être de lointains immigrés, loin d’avoir violemment conquis le pays, les Hébreux sont donc surtout des pasteurs, des éleveurs de Canaan, dont le mode de vie s’est modifié au point de les distinguer des autres peuples autochtones, par exemple par leurs habitudes alimentaires (l’interdiction de consommer du porc). Aux alentours de 1200 av. J.C., lors d’une crise très grave de la société cananéenne du littoral, ils ont colonisé les hautes terres de Judée et les montagnes de Samarie, habitant des villages non fortifiés très rustiques.
Un royaume hébreu sous l’autorité de David et Salomon… A l’époque présumée du premier grand souverain hébreu, David, vers l’an 1000 av. J.C., cette société israélite est encore peu développée, très peu peuplée, et n’a certainement pas la dimension d’une cité-État alphabétisée, capable d’encadrer de grands travaux sous le contrôle d’une bureaucratie de fonctionnaires. « Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon », écrivent nos auteurs, qui enfoncent le clou à propos du fameux Temple bâti par Salomon :
« Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur la colline du Temple, au cours du XIX° siècle et au débit du XX° siècle, n’ont pas permis d’identifier ne serait-ce qu’une trace du Temple de Salomon et de son Palais ». Dans une Jérusalem qui ressemble plus à un village de montagne qu’à une capitale prestigieuse, David et Salomon ont certes existé, mais leur mémoire a surtout servi à construire le mythe d’un seul peuple puissant, d’une monarchie israélite unifiée sous la légitime dynastie davidienne. La réalité, telle qu’elle est rapportée par nos auteurs, est toute différente…
Deux royaumes israélites pendant toute l’histoire juive… En se fondant là encore sur leurs investigations archéologiques, Finkelstein et Silberman introduisent – contre le mythe d’une monarchie unifiée originelle – l’idée neuve de l’existence originelle et durable de deux entités israélites, deux sociétés distinctes, au Sud et au Nord des hautes terres, dont les rivalités et le destin historique ont commandé l’écriture de la Bible. Au Sud, le royaume de Juda, plus pauvre, moins peuplé, gouverné depuis Jérusalem par les héritiers de David. D’ailleurs, le Dieu d’Israël, dans les territoires du Sud, est appelé YHWH (que l’on prononce Yahvé). Au Nord, c’est le royaume d’Israël, beaucoup plus prospère, plus peuplé, plus influent, dont la capitale, Samarie, est un grand centre administratif, doté d’un palais et de son propre temple pour honorer El, ou Elohim. Un nouveau monothéisme…Tout le propos du Livre des Rois est de montrer que seul le royaume du Sud, dans sa légitimité davidienne, a vocation à gouverner l’ensemble des territoires israélites, à partir d’un culte centralisé dans le Temple de Jérusalem.
Bien que plus influent, avec de puissantes cités comme Samarie ou Megiddo, le royaume nordiste d’Israël, selon le texte biblique, était voué à la destruction du fait de l’incroyance de ses souverains et de la composition multiethnique de sa population : en 720 av. J.C., les Assyriens détruisent le royaume de Samarie et annexent la contrée. « Le royaume de Juda se retrouva soudain seul, cerné par un monde non israélite. Le royaume ressentit alors le besoin impérieux de posséder un document écrit qui le définît et le motivât. Ce texte, c’est le noyau historique de la Bible, compilé à Jérusalem au cours du VII° siècle av. J.C. »
La destruction du royaume d’Israël est l’occasion de proférer l’exigence, pour tous les Israélites, d’un monothéisme radical – celui du Deutéronome, le cinquième Livre de la Torah (le Pentateuque), qui prescrit l’observance des fêtes nationales (la Pâque, les Tabernacles), l’interdiction des « mariages mixtes », la protection des faibles et des indigents. Jusqu’à cette époque, bien des cultes, celui de divinités domestiques, du soleil, de la lune et des étoiles, de Baal ou d’Asherah (« épouse » de Dieu…) cohabitaient avec celui de YHWH, au sein même du Temple, mais aussi dans des sanctuaires de campagne ! En même temps, l’héritier de David, le roi Josias, est présenté comme un véritable messie, chargé de restaurer la monarchie unifiée et l’autorité davidienne sur tous les Israélites, alors même que les Assyriens se retiraient des provinces du Nord.
Des rois aux prêtres… En 609 av. J.C., le roi Josias est tué par les troupes du pharaon Neko II. Mais ce sont les Babyloniens de Nabuchodonosor qui ravagent le royaume de Juda, incendient Jérusalem et détruisent le Temple en 586 av. J.C. (les fouilles archéologiques ont restitué pointes de flèches et traces d’incendie). Une partie des Israélites, faible selon nos auteurs, l’élite surtout, est déportée à Babylone. Cet exil, relativement court dans le temps puisque les Perses[43] de Cyrus détruisent l’empire babylonien en 534, est essentiel dans la mise en forme finale du Pentateuque. L’éloignement d’Israël réactive le souvenir de l’Exode. Le destin prestigieux d’Abraham choisi par Dieu pour offrir une Terre prospère à sa nation est un message d’espoir, tout comme le souci de bien marquer la séparation entre le peuple juif et ses voisins. Enfin, la reconstruction du Temple (qui inaugure la période dite du Second Temple) permet la conservation de l’identité israélite autour des prêtres, dont l’importance s’est réaffirmée pendant l’exil. En effet, les territoires israélites ne sont plus gouvernés par les descendants de David, la monarchie est hors-jeu : après les Perses viennent les Grecs d’Alexandre, puis ses généraux, puis les Romains (avec un certain Ponce Pilate), les Byzantins, les Arabes… Mais l’épopée biblique est devenue suffisamment cohérente pour permettre la survie identitaire du peuple juif, et son prolongement dans le christianisme.
Annexes
5.1 Cartes









5.2 Campagne B.D.S
5.3 Citations
- « Nous devons tout faire pour nous assurer qu’ils (les Palestiniens) ne reviendront pas. Les plus vieux mourront et les plus jeunes oublieront ».
- « Si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l’a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n’est pas le leur. Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu’une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ? »
- « Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n’est pas dénué d’idéalisme et d’auto-sacrifice. »
- « Nous devrions nous préparer à lancer l’offensive. Notre but est d’écraser le Liban, la Transjordanie (Jordanie) et la Syrie. Le point faible c’est le Liban, car le régime musulman y est artificiel et il nous sera facile de le miner. Nous y établirons un Etat chrétien, puis nous écraserons la Légion Arabe, nous éliminerons la Transjordanie (Jordanie); la Syrie tombera entre nos mains. Nous bombardons alors et avancerons pour prendre Port-Saïd, Alexandrie et le Sinaï. »
- « Si je savais qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les emmenant en Angleterre, et seulement la moitié en les transférant sur la terre d’Israël, je choisirais la dernière solution parce que, devant nous, il n’y a pas que le nombre de ces enfants mais la calcul historique du peuple d’Israël. »
- « Il ne s’agit pas de maintenir un statu-quo. Nous devons créer un Etat dynamique, orienté vers l’expansion. »
- « L’acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie . On ne demande pas à quelqu’un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un état dans les frontières fixées aujourd’hui — mais les frontières des aspirations Sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter. »
- « Le transfert forcé des Arabes des vallées de l’Etat Juif proposé pourrait nous donner quelque chose que nous n’avons jamais eue, même lorsque nous y étions nous-mêmes à l’époque du Premier et du Second Temple, une Galilée affranchie de sa population Arabe ».
D. Ben Gourion, fondateur de l’état d’Israël.
- « Il n’y a pas semblable chose que les Palestiniens, ils n’ont jamais existé ».
Golda Meir, premier ministre israélien, 15 juin 1969.
- « Les Palestiniens sont comme des bêtes marchant sur deux pattes ».
Menahim Begin (ancien premier ministre)
- « C’est le devoir des leaders israéliens d’expliquer à l’opinion publique clairement et courageusement, un certain nombre de faits qui ont été oubliés avec le temps. Le premier est qu’il n’y a pas de sionisme, de colonisation, d’État Juif sans l’éviction des Arabes et l’expropriation de leurs terres ».
Yoram Bar Porath, Yediot Aharonot (14 juillet 1972).
- « Des villages juifs furent construits à la place des villages arabes. (…) Il n’y a pas un seul endroit construit dans ce pays qui n’ait pas eu une ancienne population arabe ».
Moshe Dayan, ministre de la Guerre, Ha’aretz (4 avril 1969).
- « Lorsque nous aurons colonisé le pays, il ne restera plus aux arabes qu’à tourner en rond comme des cafards drogués dans une bouteille ».
Raphael Eitan , chef d’Etat major de l’IDF (Tsahal), NY Times, 1983.
- « Le sang juif et le sang des goys ne sont pas les mêmes ». i.e. tuer n’est pas un crime si les victimes ne sont pas juives.
Rabbin Yitzhak Ginsburg, Jerusalem Post , 1989.
5.4 Articles
- Conférence d’Illan Pappé
2011
Je pense que c’est bien l’essentiel de l’histoire sioniste de ne pas permettre aux gens de mener une vie normale, de ne pas leur permettre d’être des amis normaux, et de les obliger à passer par toutes ces difficultés pour satisfaire cette aspiration humaine élémentaire qui est de vivre ensemble.
Nous vivons des temps très bizarres. D’une part, en tant que militants, nous ne pourrions pas avoir rêvé un meilleur gouvernement israélien. Je pense en effet que ce gouvernement rend tout à fait superflue une analyse sophistiquée de ce qu’est le sionisme en Israël. Il est très facile d’expliquer, non seulement ce qu’est la politique menée par Israël, mais aussi l’idéologie raciste qui la sous-tend. D’autre part, l’économie israélienne est celle qui a connu les plus grands succès au cours des trois dernières années ; elle a fait beaucoup mieux que l’Allemagne, beaucoup mieux que la plupart des puissances économiques de l’Occident ; son système bancaire est très stable, sa monnaie est l’une des plus fortes dans le monde et elle ne souffre pas du tout de toutes les difficultés qui ont affecté les économies capitalistes occidentales au cours des trois dernières années.
Le résultat est un écart très déconcertant entre ce que le citoyen occidental moyen pense d’Israël et la façon dont les Israéliens, en particulier les juifs israéliens, se voient eux-mêmes. Ils pensent qu’ils vivent dans une société très performante ; ils croient que le conflit israélo-arabe est une chose du passé, que la question palestinienne est terminée ; que, oui, il y a un problème à Gaza, que oui il y a un problème avec le Hezbollah au Liban, mais que c’est un problème qui concerne l’ensemble du monde, que ce n’est pas un problème qui concerne particulièrement les Israéliens ; que cela fait partie de la soi-disant guerre contre le terrorisme.
Nous vivons aussi des temps bizarres car, en dépit de cela – Mazin Qumsiyeh en a parlé hier en détail, je n’ai donc pas à le répéter – nous vivons aussi une époque où certaines politiques particulières et spécifiques d’Israël sont sévèrement critiquées. Les gens vont manifester contre le massacre à Gaza, les gens vont manifester contre l’attaque de la flottille pour Gaza, et pourtant, personne n’ose attaquer l’idéologie qui est derrière ces politiques. Il n’y a pas de manifestations contre le sionisme, parce que le Parlement européen considère, même une manifestation contre le sionisme, comme de l’antisémitisme.
Imaginez qu’à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, vous n’ayez pas été autorisé à manifester contre l’apartheid sud-africain, mais seulement contre le massacre de Soweto ! Cela, est encore un grand succès israélien. Et l’Allemagne joue un rôle très important dans ce succès, dans le fait que le principal problème et la principale raison des politiques criminelles [d’Israël] n’est pas analysé, n’est pas discuté, n’est pas abordé, seulement les symptômes. Je ne suis pas médecin, mais je sais que si vous traitez les symptômes et non la cause de la maladie, vous ne guérissez pas le patient.
Donc je pense que ce dont nous avons vraiment besoin, en tant que militants – je pense qu’il est plus facile de vous parler de cela qu’à des gens qui ne savent rien du conflit ou qui se situent totalement de l’autre côté – c’est de changer un peu ce que nous faisons. Pas en ce qui concerne notre campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) qui a beaucoup de succès ; ou le genre d’actions que nous faisons en Allemagne et ailleurs en solidarité avec le peuple palestinien. Je pense que c’est un chapitre remarquable de l’activité de la société européenne, pas moins remarquable, comme cela a été souligné hier, que le chapitre de la lutte contre l’apartheid, mais, pour la plupart d’entre nous, nous n’utilisons pas encore le bon langage. Nous, la plupart d’entre nous, n’utilisons pas encore le genre de vocabulaire que nous devrions utiliser pour faire passer le message au sujet du problème dont nous nous occupons.
Parce que l’un des plus grands paradoxes de ce qui se passe en Israël et en Palestine, est que, d’une part, ce n’est pas une histoire compliquée ; c’est une histoire que l’on a déjà vue : des colons européens qui arrivent pour, soit liquider, soit expulser le peuple autochtone. À cet égard les sionistes n’ont rien inventé de nouveau. Mais d’autre part, Israël a réussi, avec l’aide des alliés qu’il a partout dans le monde, y compris dans ce pays, à construire cette explication complexe …… qui est tellement complexe que seuls les Israéliens sont capables de la comprendre ! Et vous n’êtes pas autorisé à intervenir, surtout si vous êtes Allemand, vous n’êtes pas autorisé à interférer dans cette analyse, car elle est très complexe !
Non, ce n’est pas du tout complexe. Et c’est pourquoi l’histoire est si importante. Comprendre l’histoire, pas si complexe, de ce qu’a été le mouvement sioniste et de ce qu’il est en train de faire aux autochtones de la Palestine, c’est cela toute l’histoire. Oui, il y a d’autres histoires qui lui sont connectées, je suis d’accord : le sort des juifs en Europe, l’Holocauste, que sais-je, les relations entre le christianisme et le judaïsme au cours des 2000 ans écoulés, mais ce sont des à-côtés. Elles ne sont pas l’histoire principale, elles font partie de l’histoire, mais ce n’est pas par elles qu’il faut commencer.
C’est pourquoi, en Israël, quand ils apprennent l’histoire de leur propre pays – même, malheureusement, les étudiants palestiniens qui sont citoyens israéliens – ils commencent à Odessa. Je me souviens de cet étudiant palestinien, à l’Université, qui me disait « pouvez-vous nous expliquer pourquoi nous, qui sommes nés à R…ou à S… ou dans le Néguev, nous devons commencer notre histoire à Odessa ? » Ils ne savaient même pas où se trouvait Odessa. Et je lui ai dit : c’est parce que vous êtes sous occupation, même à l’intérieur d’Israël, pas seulement en Cisjordanie, pas seulement dans la bande de Gaza. Les Palestiniens vivant en Israël sont aussi sous occupation, et sont aussi colonisés, et si nous ne comprenons pas cela, nous ne pourrons pas sortir de l’impasse.
Parce que ce qu’on appelle le « processus de paix », qui a commencé en 1967, semble se dérouler sur Mars, sur la Lune ! C’est, dans l’histoire, le seul processus de paix que je connaisse qui n’ait jamais eu aucun rapport avec le problème qu’il était censé résoudre. Ce dont ils parlaient, à Genève en 1977, à Madrid en 1991, à Oslo en 1993, avait très peu à voir avec l’essence du problème. Ils traitaient des symptômes – je suis d’accord – mais pas de l’essence du problème.
Et cela, c’est le second plus grand succès israélien : le fait que non seulement l’opinion publique ne traite pas de l’essence du problème, mais que le processus de paix lui aussi réussisse à l’éviter. Donc si vous revenez à l’histoire, et que vous utilisez aujourd’hui le bon vocabulaire, vous n’êtes pas anachronique ; vous êtes en réalité une personne très pertinente et tout-à-fait à jour. Je vais vous expliquer ce que je veux dire.
Si vous dites que le sionisme est du colonialisme, vous êtes l’étudiant le plus jeune et le plus à jour que j’aie rencontré. Quiconque tenterait de vous décourager en disant que c’est anachronique, que ce n’est pas utile, que c’est de l’antisémitisme … est lui-même anachronique ; il vit sur la lune ou sur Mars, et peut continuer à parler de quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qui se passe sur le terrain.
En fait, si vous connaissez l’hébreu, vous savez que toute la langue hébraïque, de 1882 jusqu’à aujourd’hui, qui a été construite pour décrire ce que le mouvement sioniste est en train de faire en Palestine, utilise, encore et encore, les mots « hityachwut, hituachahut » ; et la seule façon de traduire ces mots est COLONISER. Il n’y a pas d’autre traduction.
Ainsi le mouvement sioniste, à la fin du XIXè siècle, époque où le colonialisme disposait de très bonnes relations publiques, utilisait très volontiers le mot coloniser. Mais, par la suite, les sionistes ont appris que le colonialisme n’était pas si populaire, alors ils l’ont traduit différemment, ils ont trouvé le mot « settlement » [« implantation »], qui signifie quelque chose d’autre en anglais ; et ils ont trouvé cette réponse : « Oui, c’est coloniser, mais ce n’est pas comme « coloniser », c’est une chose différente ».
Encore une fois, c’est complexe, et nous seuls, les juifs israéliens pouvons comprendre pourquoi la colonisation israélienne et le colonialisme blanc en Afrique « ne sont pas pareils ». Mais si vous n’êtes pas un juif israélien, vous ne pouvez pas le comprendre ; si vous n’êtes pas un sioniste juif israélien, bien sûr, vous ne pouvez pas le comprendre ! Et je pense qu’il est important de ramener cela, dans nos écoles, dans notre approche du public, dans nos négociations avec les élites politiques de ce pays, et en Occident, et de dire : vous avez affaire avec le dernier projet colonialiste et, aussi bizarre que cela puisse paraître, même au XXIè siècle, ce projet colonialiste emploie les mêmes tactiques que le colonialisme du XIXè siècle.
Je pense que toute personne décente en Occident, comme au temps du colonialisme, ne prendra pas parti pour le colonialisme. Mais vous devez nettoyer votre vocabulaire, vous devez nettoyer votre esprit et vous devez penser que ce que les gens disent à propos de ce que vous dites est absolument sans pertinence. Ce qu’ils disent n’a pas d’importance ; ils vont vous considérer comme antisémite même si vous soutenez la solution de deux États parce que cela signifie que vous ne soutenez pas la solution de deux États comme ils l’entendent. Parce que vous ne comprenez pas le problème ; vous pensez que la solution de deux États consiste en un État souverain et indépendant sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, non, vous ne comprenez pas.
L’État pour les Palestiniens, c’est deux Bantoustans, divisé par douze en Cisjordanie, et clôturé comme un camp de concentration à Gaza, qui n’a pas de connexion entre les deux, et qui a une petite municipalité à Ramallah que l’on appellera gouvernement ; voilà l’État. Et si vous ne comprenez pas que c’est un État, cela montre [de leur point de vue] que vous avez encore beaucoup à apprendre sur la complexité du conflit !
Le colonialisme est un message du passé que nous devrions accepter et que nous devrions traiter, et nous devrions recruter des anciens combattants de même que des cohortes de jeunes militants pour travailler sur une chose pour laquelle il devrait être partout facile de recruter des gens : la lutte contre le colonialisme, la lutte contre l’idée que quelqu’un de l’extérieur a le droit de démolir la vie des gens qui sont à l’intérieur. Car c’est cela qu’ils ont fait en 1882, et en 1948, et c’est cela qu’ils ont fait hier dans le Néguev, ou en Cisjordanie, et ils vont le faire encore la semaine prochaine si nous continuons à parler de négociations de paix, de solution à deux États, de toutes sortes de concepts sans pertinence qui n’ont rien à voir avec les réalités sur le terrain.
Le second concept du passé sur lequel je pense que nous devrions insister et que nous devrions transmettre, que ce soit pour essayer de protester contre quelque chose qu’Israël est en train de faire aujourd’hui, ou que ce soit pour commémorer en janvier ce qu’Israël a fait dans la bande de Gaza, ou lorsque nous commémorons en mai le crime qu’Israël a commis en 1948, est celui du nettoyage ethnique.
C’est, bien sûr, un concept qui a été développé dans les années 1990 à cause de ce qui s’est passé au cours des guerres dans les Balkans, mais même avant ces évènements, le nettoyage ethnique était considéré par la communauté internationale comme une idéologie et une politique inacceptables. Seul le génocide est considéré par la communauté internationale comme une chose pire que le nettoyage ethnique. Et bien souvent les deux sont liés, comme on peut le voir dans d’autres endroits, et comme on peut le voir en Israël et en Palestine. Lorsque vous autorisez la poursuite d’une politique de nettoyage ethnique, il n’y a pas à être surpris si ses auteurs passent un jour à un génocide. Parce que dans les deux cas, vous devez totalement déshumaniser les personnes que vous expulsez ou massacrez, même si ce sont des enfants ; elles doivent être totalement déshumanisés.
Quiconque a vécu en Israël assez longtemps, comme c’est mon cas, sait que la principale corruption subie par les gens au cours du service militaire est la totale déshumanisation des Palestiniens. C’est pourquoi, quand il voit un bébé palestinien, un soldat israélien ne voit pas un bébé, il voit un ennemi potentiel. Entre chasser le bébé de la maison à coups de pieds, et tuer le bébé, la route n’est pas très longue. Et je pense que le message à transmettre touchant la purification ethnique est un message de criminalisation, non des politiques de l’État d’Israël, mais de criminalisation de l’État d’Israël. Et c’est ce que nous devrions faire.
Nous devrions le faire parce que seule une approche fasciste de la vie prétendrait que, dans toute situation historique, un État et un pays sont une seule et même chose. Non, ce n’est pas le cas. Parfois l’État représente la pire chose qui puisse arriver à un pays. Et la pire chose qui soit arrivée à la Palestine, c’est l’État d’Israël. Si nous voulons faire de la Palestine un pays où les gens pourraient vivre comme des égaux, en fait vivre de bien des façons mieux que dans d’autres parties du Moyen-Orient, peut-être même mieux que dans certaines parties de l’Europe, il faut mettre au premier plan le pays, au détriment de l’État. Je sais que ce n’est pas facile, et il ne s’agit pas de mettre en question le droit des États à exister.
Nous sommes des individus, nous sommes des militants, nous n’avons pas le pouvoir de contester le droit d’un État à exister, nous n’avons pas le pouvoir d’éliminer des États – Israël a le pouvoir d’éliminer des États, pas nous. Ce que nous avons, c’est le pouvoir moral de dire aux gens : le type d’État que vous avez fondé, et le type d’État que vous soutenez, est en train de détruire le pays dans lequel vous vivez. La création de cet État a conduit, en 1948, à l’expulsion de la moitié de la population indigène de la Palestine. Montrez-moi n’importe quelle autre situation où la communauté internationale viendrait dire, sous le slogan de la paix : pour faire de ce pays un endroit paisible, il fallait expulser la moitié des gens qui y vivaient.
Ce n’est qu’en Israël et en Palestine que l’on a ce moment historique bizarre où les Nations-Unies – incarnant la volonté de la communauté internationale – disent au monde qu’elles autorisent Israël à expulser la moitié de la population de la Palestine au nom de la paix. Et quand vous commencez par là l’histoire d’Israël, il est très difficile de vous rétracter ; vous devez expliquer qu’en fait vous devez étudier l’histoire, et revenir à 1947 et 1948, et dire que la partition, ou l’idée de partition est une idée immorale. Ce n’est même pas une bonne idée de « real » politique, mais cela bien sûr on ne pouvait pas le savoir en 1947. Je peux comprendre, qu’en 1947-1948, on aurait dit « voyons si, en divisant le pays en deux » cela pourrait marcher. Qui pouvait le savoir ?
Mais 60 ans plus tard, peut-on encore prétendre que de couper en deux le bébé, si vous voulez, est différent du jugement de Salomon ? Vous connaissez l’histoire du jugement de Salomon ? Vous connaissez cette histoire du bébé et des deux mères [qui se le disputent], et que c’est la véritable mère qui refuse que le bébé soit coupé en deux. Nous savons qui est la véritable mère dans le cas d’Israël et de la Palestine. Nous savons qui est tout le temps prêt, soi-disant, à le couper. Donc je pense que toute l’idée de la purification ethnique est liée au soutien international qui lui a été fourni ; pas par un soutien direct, mais par l’accord et le consentement des Nations-Unies, et par la suite de la Communauté européenne et des États-Unis, pour dire que la seule façon d’établir la paix en Palestine, c’était que les Israéliens expulsent assez de Palestiniens, et s’emparent d’une partie suffisante de la Palestine pour créer la « seule démocratie du Moyen-Orient ».
Avec le projet sioniste, ils ont corrompu le sens commun de tout le vocabulaire que nous avions en Occident à la fin des années 1940 et au début des années 1950. C’est ainsi que vous établissez une démocratie ? En expulsant la population autochtone, de sorte que vous puissiez avoir une majorité juive ? Mais c’est ce que tous les jeunes Israéliens croient. Ils apprennent dans les départements de science politique que, pour construire une société démocratique, où la majorité peut décider ce qu’il faut faire, vous avez le droit de définir d’abord qui constitue la majorité, même par le meurtre de l’autre partie, de façon à être sûr de ce que sera le résultat des élections démocratiques.
Les Israéliens ne trouvent pas du tout bizarre que, si vous établissez une démocratie, vous pouvez aussi perpétrer un nettoyage ethnique, et un génocide, de façon à obtenir le bon électorat pour la future démocratie. Mais beaucoup de gens en Occident parlent d’Israël comme d’un État démocratique ; parce que, disent-ils, c’est la majorité qui vote et qui décide quoi faire. Le fait que la majorité doit être maintenue en permanence par le nettoyage ethnique, par des massacres, par la colonisation, par l’emprisonnement [des Palestiniens] dans de grands ghettos comme Gaza, n’est jamais évoqué comme faisant partie de la démocratie israélienne.
Je pense que c’est cela que nous devrions mettre en lumière. La seule façon de maintenir Israël comme un État démocratique, selon l’idéologie sioniste, est de continuer à être un État criminel. C’est presque comme de permettre dans la pire sorte de prison, à la pire espèce de criminels d’avoir un système démocratique, par la force de leurs armes, par la force brutale, par leur puissance.
Le troisième et dernier concept dont je voudrais vous parler, vient du colonialisme et du nettoyage ethnique qui sont les principales idéologies moteur de l’État juif. Le nettoyage ethnique et le colonialisme sont en effet les raisons pour lesquelles il y a un État juif en Israël. Ce n’est pas, bien sûr, ce que l’on enseigne, aussi bien aux Israéliens nés en Israël qu’aux gens qui soutiennent Israël dans le monde. On nous parle de deux idéologies. On nous parle de la nécessité de trouver un endroit sûr pour les juifs, et nous savons que ce n’est pas un endroit très sûr pour les juifs – au contraire, Israël est le seul endroit dangereux pour les juifs, c’est là qu’ils sont morts en grand nombre depuis 1948 -, et que c’est l’endroit où les juifs peuvent se recréer en tant que mouvement national et où ils peuvent exercer leurs droits à l’autodétermination.
Mais nous savons qu’Israël ne s’intéresse pas au droit à l’autodétermination pour les juifs, c’est pourquoi il encourage des centaines et des milliers de non-juifs dans le monde à venir s’installer en Israël, car ce qui est important pour Israël n’est pas l’autodétermination pour le peuple juif, ce qui est important pour Israël est de s’assurer que ce ne soit pas un État arabe. Et si vous êtes un Bahaï, et que vous vivez sur une montagne dans l’Himalaya, mais que vous n’êtes pas un Arabe, vous deviendrez un citoyen israélien juif en un rien de temps, si vous êtes prêt à venir. Il n’y a pas de problème. Les rabbins feront en sorte que vous soyez un juif et, si vous êtes un homme, ils pourront vous faire subir quelque opération douloureuse, mais dans l’ensemble vous êtes le bienvenu car vous n’êtes pas un Arabe. Et si vous êtes un Arabe juif, vous devrez vous « désarabiser », sinon vous ne serez pas le bienvenu dans la société juive israélienne.
Ainsi, le troisième et dernier concept est celui de la pureté ethnique. La pureté ethnique de l’État, et cela est lié au droit au retour [des réfugiés palestiniens]. La plupart des gens, et spécialement certains de nos meilleurs amis – et je ne dis pas cela ironiquement puisque je viens de publier un livre avec Noam Chomsky, que j’inclus ici – certains de nos meilleurs amis sont contre le droit au retour. Ils s’appuient sur des considérations pratiques ; ils vous diront qu’il est irréaliste de dire aux réfugiés qu’ils devraient s’attendre à la possibilité de revenir ; ils vous diront qu’ils devraient [au contraire] être encouragés à réfléchir à un avenir différent.
Je voudrais dire que, dans cette analyse, le point de départ n’est pas la praticabilité, n’est pas la « real » politique. Parce que si la base d’analyse de la situation est la « real » politique – comme le fait Uri Avnery, comme le fait Noam Chomsky, et beaucoup d’autres, et ce n’est pas cyniquement que je dis « nos bons amis », ils sont mes bons amis mais je suis, sur ce point, en total désaccord avec eux – cela signifie que c’est l’équilibre des forces qui détermine votre attitude.
Eh bien, si c’est l’équilibre des forces – comme nous l’avons entendu hier, entre la plus grande et la plus puissante armée du Moyen-Orient, et les plus faibles forces militaires du monde – qui détermine notre attitude, nous ne devrions même pas être réunis aujourd’hui. Nous devrions céder aux diktats israéliens. Nous savons que les Israéliens sont très clairs au sujet de ce qu’ils veulent : ils veulent autant de territoire palestinien que possible, avec aussi peu de Palestiniens que possible ; c’est ce qu’ils voulaient en 1882, et c’est ce qu’ils veulent en 2010. Cela n’a pas changé. Les moyens ont changé, les circonstances historiques ont changé, mais la vision de ce qui serait une florissante et prospère société israélienne, à savoir une société avec aussi peu d’Arabes que possible, et autant de territoire palestinien que possible, cela n’a pas changé. Donc, si la « real » politique détermine notre attitude, nous devrions céder à cette vision.
En tout état de cause, nous ne nous occupons pas de « real » politique quand nous contestons ce que veut Israël. Et la raison pour laquelle les Israéliens refusent, même de reconnaître, le droit au retour, sans parler de la mise en œuvre pratique de ce droit, ce n’est pas comme certains le pensent parce qu’ils auraient un sérieux problème de conscience à admettre qu’ils ont expulsé et massacré un peuple, trois ans après l’Holocauste. J’ai cru autrefois que c’était là le problème, je l’admets. Je le croyais, j’étais plein d’espoir parce que je suis un optimiste ; n’étant pas très grand, je voyais la moitié du verre plein. Je croyais que les Israéliens ne voulaient pas parler du droit au retour parce que des gens qui, comme Uri Avnery par exemple, avaient été impliqués dans le nettoyage ethnique, se sentaient malheureux à ce sujet. Et je croyais que, si vous parliez du droit au retour, vous apportiez … comme une sorte de panacée, le remède à la maladie.
Non, malheureusement je pense que cela n’a rien à voir avec ça. D’un point de vue sioniste cela fait sens : les Arabes ne sont pas les bienvenus. Qu’il s’agisse des Arabes que nous avons expulsés, ou des Arabes que nous n’avons jamais touchés, ou de ces Arabes juifs qui insistent à demeurer arabes même s’ils sont juifs, ils ne sont pas les bienvenus car nous voulons être une démocratie ! Et ces gens voudraient venir ! C’est la principale raison qui est derrière le refus israélien du droit au retour.
Alors – et je vais terminer là-dessus – quand vous soutenez le droit au retour [des réfugiés palestiniens], vous ne soutenez pas seulement, ce que nous faisons tous, le droit des personnes expulsées à revenir si elles le veulent. Vous ne reconnaissez pas seulement le crime de nettoyage ethnique de 1948, vous n’adhérez pas seulement aux résolutions des Nations Unies qui soutiennent très clairement le droit au retour, vous dites en plus un très simple NON au racisme. C’est cela que vous faites. Vous dites NON au seul État raciste du Moyen-Orient.
Nous n’avons pas de très jolis régimes au Moyen-Orient, je suis d’accord ; les régimes politiques du Moyen-Orient ne sont guère inspirants, je ne recommanderais pas aux futures sociétés de s’en inspirer pour construire leurs politiques ; mais aucun d’eux n’est raciste. Le seul État raciste est l’État juif d’Israël. Un des seuls moyens de s’en prendre à cet État raciste est de le contester sur la question du droit au retour des réfugiés. Non pas parce qu’il serait praticable ou pas praticable, mais parce qu’il touche au code génétique de l’État juif. L’idée que vous pouvez coloniser n’est pas nouvelle. Mais l’idée que vous pouvez, au XXIè siècle, maintenir cette colonisation en maintenant ouvertement un État raciste, ne devrait pas être considérée comme acceptable, surtout pas dans ce pays.
- Ce qui guide la politique d’Israël – Ilan Pappé
6 juin 2010
L’aspect le plus déroutant de l’affaire de la flottille de Gaza a très certainement été la défense indignée et moralisatrice du gouvernement et du peuple israélien. Les modalités de cette réponse sont peu relayées par la presse britannique, mais il s’agit aussi bien de communications officielles, célébrant l’héroïsme des commandos ayant pris d’assaut le navire, que de manifestations d’écoliers en soutien inconditionnel au gouvernement et contre une prétendue nouvelle vague d’antisémitisme. En tant que natif d’Israël, passé avec enthousiasme par tout son processus de socialisation et d’endoctrinement pendant un quart de siècle, je ne connais que trop bien cette réaction.
Comprendre l’origine de cette attitude furieusement protectrice est une clé essentielle pour appréhender correctement l’obstacle principal à la paix en Israël et en Palestine. On ne peut mieux définir cette barrière que comme la perception officielle et populaire qu’ont les juifs Israéliens de la réalité politique et culturelle qui les entoure. Un certain nombre de facteurs expliquent ce phénomène, mais trois d’entre eux sont particulièrement remarquables, et interconnectés. Ils forment l’infrastructure mentale individuelle sur laquelle la vie en Israël de tout juif sioniste est basée, et dont il est presque impossible de s’écarter – ce dont, personnellement, je n’ai que trop fait l’expérience.
La première hypothèse, et la plus importante, est la suivante : ce qui était historiquement la Palestine est d’après un irréfutable droit sacré la propriété politique, culturelle et religieuse du peuple juif représenté par le mouvement sioniste, puis plus tard par l’Etat d’Israël. La plupart des Israéliens, les hommes politiques comme les citoyens, comprennent que ce droit ne peut être pleinement appliqué. Mais bien que les gouvernements successifs aient été assez pragmatiques pour accepter la nécessité d’entamer des négociations de paix et celle d’une sorte de compromis territorial, ce rêve n’a pas été abandonné. Et – ce qui est encore plus important – la conception et la représentation de toute politique réaliste est ainsi considérée comme un acte de générosité internationale ultime et sans précédent.
Toutes les insatisfactions palestiniennes ou – dans le cas qui nous intéresse – internationales, exprimées devant les propositions mises en avant par Israël depuis 1948, ont donc été considérées comme insultantes et ingrates face à la politique accommodante et éclairée de la « seule démocratie du Moyen-Orient ». Maintenant, imaginez que ce mécontentement se traduise par une lutte réelle et parfois violente, et vous commencez à comprendre les mécanismes de cette fureur vertueuse. Lorsque nous étions écoliers, pendant le service militaire et plus tard en tant que citoyens israéliens adultes, la seule explication donnée aux réactions arabes ou palestiniennes était que notre comportement civilisé s’opposait à la barbarie et aux antagonismes de la pire espèce.
Selon le discours dominant, il y aurait deux forces malveillantes à l’œuvre contre Israël. La première consisterait en l’ancien et habituel mouvement antisémite du monde au sens large, un virus infectieux touchant soi-disant tous ceux qui entrent en contact avec les Juifs. Selon ce discours, les Juifs modernes et civilisés ont été rejetés par les Palestiniens simplement parce qu’ils étaient juifs, et non par exemple parce qu’ils ont volé leur terre et leur eau jusqu’en 1948, expulsé la moitié de la population Palestinienne en 1948, imposé une occupation violente de la Cisjordanie et, dernièrement, un siège inhumain de la bande de Gaza. Cela explique également pourquoi l’action militaire est considérée comme la seule réaction possible : une fois les Palestiniens vus comme cherchant inéluctablement à détruire Israël, suivant en cela une pulsion atavique, la seule manière possible d’y faire face repose sur la force militaire.
La seconde force est également un phénomène qui, selon eux, n’a rien de neuf : une civilisation islamique chercherait à détruire les Juifs en tant que foi et nation. Le courant dominant chez les orientalistes israéliens, appuyés par de nouveaux universitaires conservateurs aux États-Unis, a contribué à définir cette phobie comme étant une vérité scientifique. Ces peurs, pour être immuables, doivent évidemment constamment être nourries et manipulées.
De là découle la seconde caractéristique permettant une meilleure compréhension de la société juive israélienne : Israël est dans une position de déni. Même en 2010, avec tous les moyens de communication et d’information alternatifs et internationaux, la plupart des Juifs israéliens sont toujours alimentés quotidiennement par des médias qui leur cachent la réalité de l’occupation, de la stagnation ou de la discrimination. C’est notamment valable en ce qui concerne le nettoyage ethnique commis par Israël en 1948, qui a transformé la moitié de la population palestinienne en réfugiés, a détruit la moitié de ses villes et villages, et a vu les Israéliens s’arroger 80 % de son pays. Il est douloureusement clair que, même avant que les murs et clôtures de l’apartheid n’aient été construits autour des territoires occupés, l’Israélien moyen n’était pas au courant. Et qu’il ne s’intéressait pas aux 40 années de violations systématiques des droits civils et humains de millions de personnes, réalisées sous le contrôle direct et indirect de son État.
Les Israéliens n’ont pas non plus eu accès à des comptes rendus honnêtes sur la souffrance des habitants de la bande de Gaza pendant les quatre dernières années. Et, sur le même schéma, les informations distillées sur la flottille correspondent à l’image d’un État attaqué par les forces combinées de l’antisémitisme séculaire et du nouvel islamisme judéocide fanatique, forces débarquant pour détruire Israël. (Après tout, pourquoi auraient-ils envoyé l’élite des meilleurs commandos du monde pour faire face à des militants des droits de l’homme sans défense ?)
Quand j’étais jeune historien en Israël dans les années 1980, c’est d’abord ce déni qui a attiré mon attention. En tant que chercheur débutant, j’avais décidé d’étudier les événements de 1948, et ce que j’ai alors trouvé dans les archives m’a permis de mettre un pied hors du sionisme. Doutant de l’explication officielle du gouvernement à propos de son agression du Liban en 1982 et de son comportement pendant la première Intifada en 1987, j’ai commencé à réaliser l’ampleur de la manipulation. Je ne pouvais plus souscrire à une idéologie déshumanisant les Palestiniens autochtones et favorisant des politiques de dépossession et de destruction.
Le prix de ma dissidence intellectuelle a fini par tomber : la condamnation et l’excommunication. En 2007, j’ai quitté Israël et mon travail à l’Université d’Haïfa pour un poste d’enseignant au Royaume-Uni, où les points de vue qui seraient au mieux considérés en Israël comme de la folie, au pire comme une trahison pure et simple, sont partagés par presque toutes les personnes honorables du pays, qu’elles aient ou non une connexion directe à Israël et à la Palestine.
Ce chapitre de ma vie – trop compliqué à décrire ici – constitue la base de mon prochain livre, Out Of the Frame, qui sera publié cet automne. Brièvement, il s’agit de l’évolution d’un sioniste israélien tout ce qu’il y a de plus banal et ordinaire, évolution menée grâce à la découverte de sources d’information alternatives, à des relations étroites avec plusieurs Palestiniens et à des études post-universitaires à l’étranger, en Grande-Bretagne. Ma quête d’une véritable histoire des événements au Moyen-Orient m’a obligé à démilitariser mon esprit.
Même aujourd’hui, en 2010, Israël reste, à bien des égards, un État prussien colonisateur. C’est-à-dire un État combinant, à tous les niveaux de la vie, des politiques colonialistes et un haut niveau de militarisation. il s’agit là de la troisième caractéristique de l’État juif, à appréhender pour comprendre la réaction israélienne. Elle se manifeste par la domination de l’armée sur l’ensemble de la vie politique, culturelle et économique d’Israël. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a ainsi été le commandant de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, dans une unité militaire semblable à celle qui a agressé la flottille. Un contexte qui explique grandement la réponse sioniste de l’État à ce qu’eux, et tous les officiers de commando, ont perçu comme l’ennemi le plus redoutable et le plus dangereux qui soit.
Il faut probablement être né en Israël, comme je le suis, et être passé par tout le processus de socialisation et d’éducation – y compris le service militaire – , pour saisir la puissance de cette mentalité militariste et ses conséquences désastreuses. Et il faut un tel passé pour saisir pourquoi les fondements de l’approche de la communauté internationale au Moyen-Orient sont totalement et désastreusement inadaptés à la situation .La réaction internationale se base sur l’hypothèse que des concessions palestiniennes croissantes et un dialogue continu avec l’élite politique israélienne pourraient faire émerger une nouvelle réalité sur le terrain. Selon le discours officiel en Occident, une solution très raisonnable et réalisable – la solution des deux États – est à portée de la main pour peu que toutes les parties fournissent un ultime effort. Un tel optimisme est malheureusement erroné.
La seule version de cette solution [des deux États] qui soit acceptable pour Israël ne saurait l’être pour l’Autorité palestinienne « apprivoisée » à Ramallah, non plus que pour le Hamas « péremptoire » à Gaza. Comprendre : l’offre d’emprisonner les Palestiniens dans des enclaves apatrides pour peu qu’ils mettent fin à leur lutte. Ainsi, avant même de discuter d’une solution alternative – un État démocratique commun, ce que je soutiens moi-même – ou d’explorer l’idée plus plausible de l’établissement de deux États, il faut transformer en profondeur la mentalité officielle et populaire en Israël. Cette mentalité est le principal obstacle à une réconciliation pacifique dans le terrain morcelé d’Israël et de la Palestine.
Comment peut-on la faire évoluer ? C’est là le plus grand défi que doivent relever les militants en Palestine et en Israël, les Palestiniens et leurs partisans à l’étranger, et toute personne dans le monde se souciant de la paix au Moyen-Orient. Ce qu’il faut, en premier lieu, c’est la reconnaissance que l’analyse présentée ici est valable et acceptable. Alors seulement, on pourra commencer à faire des conjectures. Il est présomptueux de s’attendre à ce que les gens revisitent une histoire de plus de 60 ans afin de mieux comprendre pourquoi l’agenda international actuel concernant Israël et la Palestine repose sur des bases erronées et préjudiciables. Mais on peut certainement s’attendre à ce que les politiciens, les décideurs géopolitiques et les journalistes réévaluent ce qui a été appelé par euphémisme le « processus de paix » depuis 1948. Il faut également leur rappeler ce qui s’est réellement passé.
Depuis 1948, les Palestiniens luttent contre le nettoyage ethnique de la Palestine. Cette année-là, ils ont perdu 80 % de leur patrie et la moitié d’entre eux ont été expulsés. En 1967, ils ont perdu les 20 % restants. Ils ont été fragmentés géographiquement, et traumatisés comme personne ne l’a été au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Et n’eut été la fermeté de leur mouvement national, cette fragmentation eut pu permettre à Israël de faire main basse sur l’ensemble de la Palestine historique, poussant les Palestiniens vers l’oubli.
Transformer un état d’esprit est un long processus d’éducation et de conscientisation. Contre toute attente, certains groupes alternatifs au sein d’Israël avancent sur cette longue et sinueuse route vers le salut. En attendant, il faut mettre un terme à ces politiques israéliennes qui sont symbolisées par le blocus de Gaza. Elles ne cesseront pas plus à cause des faibles condamnations internationales que nous avons entendues la semaine dernière qu’en raison du mouvement à l’intérieur d’Israël, trop faible pour provoquer un changement dans un avenir proche. Et le danger ne réside pas seulement dans la destruction continue des Palestiniens, mais aussi dans la constante surenchère israélienne qui pourrait conduire à une guerre régionale, avec des conséquences désastreuses pour la stabilité de l’ensemble du monde.
Par le passé, le monde libre a fait face à ce type de situations explosives en prenant des mesures fermes, comme les sanctions contre l’Afrique du Sud et la Serbie. Seules des pressions sérieuses et durables des gouvernements occidentaux sur Israël feront là-bas passer ce message que le chantage militaire et la politique d’oppression ne peuvent être moralement et politiquement acceptables pour le monde auquel Israël veut appartenir.
La continuité dans la diplomatie des négociations et des « pourparlers de paix » permet aux Israéliens de poursuivre sans cesse la même stratégie ; et plus cela perdure, plus il sera difficile de réparer les dégâts. Le moment est venu de s’unir avec les mondes arabe et musulman, en offrant à Israël une possibilité de rentrer dans la norme et de se faire accepter, en contrepartie d’un abandon inconditionnel des idéologies et pratiques passées. Le retrait de l’armée de la vie des Palestiniens opprimés en Cisjordanie, la levée du blocus de Gaza et l’abolition de la législation raciste et discriminatoire contre les Palestiniens en Israël seraient de premiers pas fort bien venus vers la paix.
Il est également essentiel de discuter sérieusement et sans préjugés ethniques d’un retour des réfugiés palestiniens, selon des modalités respectant leur droit fondamental au rapatriement et les chances de réconciliation en Israël et en Palestine. Toute politique allant dans ce sens doit être approuvée, accueillie et mise en œuvre par la communauté internationale et les populations vivant entre le Jourdain et la mer Méditerranée.
Alors, les seules flottilles qui se rendront à Gaza seront celles des touristes et des pèlerins.
Notes
[1] Ainsi qu’il l’explique dans un entretien donné à Il Manifesto, où il revient sur les raisons de son départ.
[2] Ilan Pappé revient sur l’épuration ethnique pratiquée depuis 1948 dans cet entretien.
- A la recherche de la Palestine – Julien Salingue
Mon premier déplacement dans les territoires palestiniens remonte à avril 2001. J’étais alors davantage animé par un sentiment de solidarité spontanée avec une population en butte à la répression d’une armée d’occupation que par un quelconque intérêt scientifique ou journalistique. Cette première rencontre demeure, 10 années plus tard, un souvenir d’une extrême violence, à l’image de celle qui sévissait alors dans des territoires où chaque jour apportait son lot de nouvelles victimes.
Violence de la découverte d’une situation d’occupation militaire prolongée et de ses déclinaisons multiples, dont la perversité n’avait d’égal que l’invisibilité médiatique. Violence de la marginalisation politique, économique et sociale de pans entiers de la population palestinienne par un leadership largement contesté, mais accueilli et célébré, notamment dans le « mouvement de solidarité » français, comme seule représentation palestinienne légitime et, de ce fait, incritiquable. Violence, en substance, du décalage entre une Palestine imaginée et une Palestine vécue, une Palestine-rêve et une Palestine-réalité.
Durant les dix jours qu’aura duré cette première prise de contact, je n’ai pu qu’effleurer ce que je peux nommer aujourd’hui la « double complexité palestinienne » : complexité des mécanismes et des effets protéiformes de l’occupation militaire ; complexité de la scène politique et sociale palestinienne. C’est mû par une volonté d’appréhender et de rendre compte de cette double complexité que j’ai pris la décision, en septembre 2001, de m’installer dans les territoires palestiniens.
J’ai visité villes, villages et camps de réfugiés durant plusieurs mois, aux côtés de mon père Pierre-Yves et de sa compagne palestinienne Jamalat. Témoin d’un changement qualitatif dans la répression israélienne, de la militarisation et de la « dé-popularisation » de la lutte palestinienne, j’ai tenté de parfaire ma compréhension de la question palestinienne tout en essayant de rapporter le plus fidèlement possible, via internet, la rapide dégradation de la situation « sur le terrain ».
Les textes que j’écrivais alors ont été publiés sur divers sites internet, au fur et à mesure que je les rédigeais, sous le titre générique « Chroniques d’un séjour en Palestine occupée ». Lorsque je les relis aujourd’hui, je réalise l’ampleur du chemin parcouru tout en mesurant à quel point cette expérience des années 2001-2002 a largement façonné mon appréhension de la question palestinienne, y compris sur le plan universitaire.
Ce sont des centaines de Palestiniens que j’ai alors rencontrés. Hommes, femmes, jeunes, vieux, militants ou non, se revendiquant du Fatah, du Hamas ou de la Gauche, membres de groupes armés, d’ONG ou d’associations… Des centaines de conversations, d’échanges, d’expériences partagées, au cours desquels j’ai découvert la Palestine et ses habitants.
Je faisais alors, sans le savoir, une partie significative du « terrain » de ma thèse. Des « observations » qui ont eu lieu, dans l’angoisse, lors de longues journées et nuits de couvre-feu à Béthléem ou à Naplouse, tandis que dehors, les chars patrouillaient et les obus explosaient. Des « entretiens » qui se sont tenus, dans les larmes, sur les ruines des maisons détruites du camp de réfugiés de Jénine. Des « observations participantes » qui se sont déroulées, dans la terreur, à l’abri des toits en tôle des maisons du camp de réfugiés de Khan Younes, sous le ballet des drones et des F16.
Ces angoisses, ces larmes et ces terreurs partagées avec la population palestinienne m’ont, durant plusieurs années, privé de toute possibilité de « mise à distance » dans mes écrits : les textes et articles que je rédigeais alors étaient empreints de considérants essentiellement idéologiques. Le temps passant, j’ai progressivement pris conscience de cette faiblesse originelle et entrepris de la dépasser en lisant divers ouvrages théoriques et historiques. Mais c’est à partir de 2006, lorsque Gilbert Achcar m’a proposé de rédiger, sous sa direction, un mémoire de master en science politique portant sur les élites d’Hébron, que j’ai pu réellement engager ce travail d’objectivation de la question palestinienne.
Les articles contenus dans ce livre ont tous été écrits dans cette période « post-master » qui a coïncidé avec des événements participant d’un changement de coordonnées majeur en Palestine : la victoire électorale du Hamas en janvier 2006 et la consommation du schisme au sein du mouvement national. La périodisation choisie pour cet ouvrage est donc liée à ma trajectoire personnelle mais aussi, comme on va le voir à présent, aux évolutions de la question palestinienne elle-même.
La seconde mort du processus d’Oslo
La victoire du Hamas lors des élections législatives de janvier 2006 peut en effet être considérée comme la « seconde mort » des Accords d’Oslo.
Présentés lors de leur signature comme une étape dans le règlement de la question palestinienne via la mise en place d’une « autorité d’auto-gouvernement intérimaire », ces accords ne se sont avérés être, à l’épreuve des faits, qu’un moyen pour Israël de poursuivre l’occupation par d’autres moyens. En transférant la gestion des zones palestiniennes les plus densément peuplées à une entité proto-étatique autochtone (l’Autorité palestinienne) tandis que le règlement de l’ensemble des questions politiques majeures (statut de Jérusalem, colonies, réfugiés) était différé à d’hypothétiques « négociations sur le statut final », l’Etat d’Israël et ses parrains occidentaux ont opéré un changement de paradigme : la satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien, pourtant consacrés par les résolutions de l’ONU, était subordonnée à la capacité de l’Autorité palestinienne à maintenir l’ordre dans les quelques territoires évacués par l’armée israélienne.
Dans le même temps, le nombre de travailleurs palestiniens autorisés à se rendre en Israël s’effondrait, tandis que les points de contrôle, barrages et checkpoints israéliens se multipliaient dans les territoires occupés. L’Autorité palestinienne affirmait que la libération était proche à une population qui voyait, en outre, le nombre de colons israéliens doubler entre 1993 et 2000. Les contradictions inhérentes au « processus de paix » ont explosé au grand jour en septembre 2000, avec le soulèvement consécutif à la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées qui n’a été, on le comprend, que l’étincelle qui a fait déborder le vase. La fragilité de l’hypothèse des Accords d’Oslo s’est à cette occasion manifestée de la manière la plus visible qui soit : nul gouvernement, quand bien même il serait issu de l’OLP, ne pouvait imposer « l’ordre et la sécurité » tant que les droits nationaux du peuple palestinien seraient bafoués.
La violence de la répression israélienne et la faillite stratégique de la direction historique du mouvement national palestinien ont conduit à un rapide essoufflement de la « deuxième intifada ». Mais les élections de janvier 2006 ont rappelé à qui ne voulait pas l’entendre que la population palestinienne n’avait pas renoncé à lutter pour ses revendications. A l’issue d’un scrutin que l’on peut qualifier d’ « Intifada électorale », elle a en effet donné une majorité de gouvernement au Hamas : conscients des enjeux du scrutin, les Palestiniens ont souhaité de la sorte exprimer leur volonté de continuer à lutter pour leurs droits légitimes tout en exigeant une amélioration de leurs conditions de vie quotidiennes. Et force est de reconnaître que c’est le Hamas, organisation présente dans l’ensemble des territoires occupés, offrant un profil sans compromis vis-à-vis d’Israël et une assistance réelle à la population, qui incarnait le mieux, quelles que soient les appréciations que l’on peut porter sur ce courant, cette aspiration.
Ce vote, qui n’était pourtant qu’une confirmation de l’échec manifeste du « processus de paix », a été tout simplement rejeté par l’ensemble des parrains du processus d’Oslo, qui ont refusé de reconnaître la victoire du Hamas et ont soutenu, contre le choix de la majorité de la population des territoires occupés, la direction sortante de l’Autorité palestinienne. Du boycott du Hamas au soutien à la nomination de Salam Fayyad au poste de premier ministre, alors qu’il n’avait obtenu qu’un peu plus de 2% des voix, la myopie des thuriféraires d’Oslo les a conduits à des choix diplomatiques des plus hasardeux. A l’encontre des faits.
Ce sont ces faits que les articles regroupés dans cet ouvrage entendent rapporter. Sans aucune prétention à l’exhaustivité, la somme des études, chroniques et interviews proposées tente de prendre le contrepied d’une rhétorique dominante qui vise à gommer l’approfondissement des contradictions que sous-tend la double complexité palestinienne. Ecrits entre 2007 et 2011, souvent au cours de séjours dans les territoires occupés, ces articles n’ont pas vocation à aborder l’ensemble de ces contradictions, mais plutôt à les illustrer en mêlant tranches de vie, entretiens avec des acteurs significatifs et analyses des tendances socio-politiques à l’œuvre en Cisjordanie et à Gaza.
Ils ont été classés par thème, et non par ordre chronologique. Réfugiés palestiniens, « putsch » de Gaza, crise du Fatah… Ces regroupements n’ont pas été opérés pour la commodité de la lecture, mais parce qu’ils font sens : les thématiques ainsi abordées permettent de cerner un certain nombre de questions qui sont autant de problématiques saillantes pour celles et ceux qui souhaitent mieux appréhender, au-delà des illusions générées par le prétendu « processus de paix », les dynamiques qui traversent les territoires et le mouvement national palestiniens.
« Neutralité » et « actualité » des thèses défendues
Deux questions restent posées : l’actualité des articles contenus dans l’ouvrage et la « neutralité » de leur auteur, étant donné son parcours.
Pour commencer par ce dernier point, je ne considère pas que le contexte dans lequel j’ai « rencontré » la Palestine soit un handicap insurmontable. Bien au contraire. Comme je l’ai indiqué plus haut, je ne conteste pas le fait que mes premières expériences en Cisjordanie et à Gaza ont largement façonné mon appréhension de la question palestinienne. Mais elles m’ont aussi et surtout permis de développer un large réseau de contacts dans les territoires palestiniens et des relations de confiance avec nombre des interlocuteurs cités, implicitement ou explicitement, dans cet ouvrage. Je crois, modestement, que c’est précisément la combinaison entre une « entrée » militante et un cadre d’analyse universitaire qui fait l’originalité de ce livre.
L’empathie n’est pas contradictoire avec la prise de distance nécessaire à l’analyse, pas plus que l’engagement ne le serait avec l’intégrité intellectuelle. Les deux principales contraintes que je me suis imposé lors de la rédaction des articles qui suivent sont celles de la rigueur et de l’honnêteté. Je ne revendique pas une quelconque neutralité qui, dans des situations où le déséquilibre dans les rapports de forces est aussi flagrant que dans le conflit opposant Israël aux Palestiniens, équivaut à un accompagnement, conscient ou non, des mécanismes de domination. Sans renier la subjectivité qui imprègne tout écrit, quelles que soient ses prétentions scientifiques, j’essaie de tendre vers l’objectivité telle que Paul Ricoeur la définit dans Histoire et vérité : « L’objectivité ici doit être prise en son sens étymologique strict : est objectif ce que la pensée méthodique a élaboré, mis en ordre, compris et ce qu’elle peut ainsi faire comprendre ».
Cette aspiration à la rigueur et à l’honnêteté n’a pas vocation à délégitimer les critiques, et je ne nie pas le caractère polémique de certaines des thèses défendues dans ce livre. Je tiens cependant à souligner ici que les reproches que j’ai pu essuyer au cours des dernières années émanaient tout autant de farouches partisans de l’Etat d’Israël que de certains soutiens proclamés de la « cause palestinienne ». Les premiers m’ont souvent accusé de « dissimuler ma haine d’Israël sous un vernis scientifique », tandis que les seconds me reprochaient de « faire le jeu du sionisme ». Cet élément n’est évidemment pas une preuve per se de la rigueur du travail proposé au lecteur, qui reste seul juge de la qualité des textes qui suivent.
Le 3 octobre 2010, le Président palestinien de facto Mahmoud Abbas déclarait qu’il refuserait tout dialogue avec Israël si le gel de la colonisation de la Cisjordanie n’était pas reconduit. Le même jour, le Chef d’Etat-major israélien sortant Gaby Ashkenazi était en « visite » à Béthléem, où il rencontrait des responsables des forces de sécurité palestiniennes. La coïncidence de ces deux événements apparemment contradictoires est à l’image du décalage de plus en plus flagrant entre, d’un côté, les gesticulations diplomatiques visant à ranimer un « processus de paix » en état de mort clinique et, de l’autre, la réalité du terrain, la poursuite de la politique expansionniste israélienne et l’intégration de plus en plus forte de l’Autorité palestinienne à l’appareil de l’occupation.
Les « Palestine Papers » révélés en janvier 2011 par la chaîne qatarie al-Jazeera confirment ces tendances : la faiblesse du niveau d’exigence des négociateurs palestiniens est inversement proportionnelle au durcissement des positions israéliennes ; dans le même temps, la coopération entre les services de sécurité palestiniens et israéliens n’a jamais été aussi forte. Tandis qu’Israël refuse des propositions qui équivalent pourtant à un renoncement aux revendications essentielles du peuple palestinien (droit au retour des réfugiés, souveraineté sur Jérusalem…), certains dirigeants de l’OLP lui suggèrent de réoccuper le sud de la Bande de Gaza pour mieux contrôler et étouffer le Hamas.
Cette situation, que l’on pourrait qualifier de burlesque si elle n’était pas tragique, est l’expression la plus brute des contradictions inhérentes de l’hypothèse d’Oslo et confirme l’orientation générale des articles contenus dans cet ouvrage. Sous nos yeux, c’est une parenthèse qui se referme : le « processus de paix » est une fiction, l’autonomie palestinienne une chimère, et le Président de l’Autorité palestinienne n’a de Président que le nom. La décomposition du système mis en place par les Accords d’Oslo s’accélère et c’est l’idée même d’un Etat palestinien indépendant qui est en train de disparaître. L’Etat d’Israël sera alors confronté à une situation qu’il a toujours voulu éviter mais dans laquelle sa politique l’aura inexorablement conduit : des Palestiniens ne luttant pas pour une entité politique indépendante mais pour l’égalité totale des droits, au sein d’un même Etat.
Julien Salingue, février 2011
- La Palestine et les révolutions arabes
L’ancien président Bush avait décrété la « guerre du bien contre le mal ». Dans ce cadre, tout ce qui était arabe et musulman représentait le terrorisme et une menace contre la civilisation (occidentale, ça va de soi). Cette politique s’accompagnait de la criminalisation systématique des musulmans vivant en Occident.
Le mythe du « bon Arabe »
Les révoltes du monde arabe balaient ces stéréotypes racistes et frappent toutes les formes de régime : déjà, les dictatures mafieuses sont partiellement tombées en Tunisie et en Egypte. Les aspirations à la liberté, le refus de l’étouffement, le réveil de la lutte des classes et le dégoût face à une classe dominante qui a accaparé toutes les richesses soulèvent des lames de fond dans des pays apparemment très différents : Syrie, Bahreïn, Libye, Yémen, Maroc, Algérie … Dans toutes ces révoltes, l’intégrisme religieux, dont on avait fait un épouvantail, joue un rôle marginal.
L’impérialisme a depuis longtemps choisi ses « bons Arabes », ceux qui garantissent l’ordre capitaliste et qu’on peut exhiber comme un rempart contre le terrorisme et l’islamisme. Le soutien aux féodalités du Golfe date du début du XXe siècle. Pour garantir la possession des richesses pétrolières, un « modèle social » domine la région, mélange de féodalisme patriarcal, intégriste, obscurantiste et d’ultralibéralisme ayant réduit au rang d’esclaves des millions de prolétaires étrangers. Le soutien à ces régimes est plus que jamais d’actualité : l’armée saoudienne est intervenue à Bahreïn tout en soutenant l’intervention occidentale en Libye. Il n’y a pas de contradiction : dans les deux cas, il s’agit de prévenir tout bouleversement incontrôlable et de maintenir l’ordre capitaliste. Le fondamentalisme saoudien est censé représenter la civilisation face à la barbarie iranienne. Après l’Irak et l’Afghanistan, c’est peut-être là qu’aura lieu la prochaine guerre « préventive ».
Avec les féodaux saoudiens, Moubarak a représenté pendant trois décennies et jusqu’à la caricature le prototype du « bon Arabe ». Il a amplifié l’alliance avec les Etats-Unis qui forment et équipent l’armée égyptienne. L’aide économique permet à la population surexploitée de survivre dans l’extrême pauvreté. Moubarak était devenu le gendarme de la région en participant au blocus de Gaza.
Et en Palestine ?
Parmi les mensonges fondateurs du sionisme, il y a la phrase attribuée à Zangwill « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Les sionistes se sont comportés lors de leur arrivée dans la région comme si la Palestine était une terre sans peuple. Dès le départ, pour acquérir la terre et conquérir le territoire, ils se sont adressés à des féodaux locaux qui ont vendu ou bradé la terre palestinienne. Quand il est devenu clair qu’un mouvement national émergeait en Palestine dans les années 1930, les sionistes ont trouvé un allié avec la dynastie hachémite (la future Jordanie) pour se partager le pays. Dans la guerre de 1948, chaque armée arabe s’est battue pour ses propres intérêts nationaux et pas pour les Palestiniens. À la fin de la guerre, il y a eu consensus parmi les dirigeants arabes pour qu’il n’y ait pas de Palestine. La bande de Gaza est devenue égyptienne alors que la Jordanie annexait Jérusalem Est et la Cisjordanie. Les réfugiés palestiniens expulsés de leur pays ont été très mal accueillis dans les « pays frères », en particulier au Liban.
La stratégie israélienne de nier l’existence du peuple palestinien en s’appuyant sur des dirigeants arabes complices s’est prolongée très longtemps. En 1970, l’armée israélienne a apporté un appui décisif au roi de Jordanie pour écraser les Palestiniens (Septembre Noir). En 1977, les accords Begin-Sadate ont eu pour but de faire une paix séparée pour mieux écraser la Palestine. Et pendant la guerre civile du Liban, il y a eu alliance stratégique entre Ie gouvernement israélien et les Phalanges Libanaises pour liquider l’OLP. Pendant cette même guerre civile, la dictature syrienne a aussi servi d’allié objectif quand l’OLP s’est retrouvée encerclée entre les tanks syriens et les vedettes israéliennes.
La première Intifada a obligé les dirigeants israéliens à reconnaître l’OLP. Mais pas les droits du peuple palestinien. Les textes signés lors des accords d’Oslo ont porté essentiellement sur la sécurité de l’occupant. Les questions essentielles (l’occupation, la colonisation, l’apartheid, les réfugiés, les frontières …) n’ont pas trouvé de solution. Arafat a refusé à la fin de signer une paix qui aurait baptisé « Etat Palestinien » quelques cantons éclatés non-viables et il en est probablement mort. Avec son successeur, Mahmoud Abbas, les Israéliens ont trouvé un dirigeant beaucoup plus complaisant, acceptant les pires humiliations pour son peuple et continuant pourtant à maintenir une « Autorité Palestinienne » de plus en plus fantoche. Avec le Premier Ministre Salam Fayyad, l’homme du FMI, ils ont entrevu la possibilité de pouvoir faire des affaires sans avoir besoin de trouver un règlement politique.
La division entre Gaza et la Cisjordanie a été une très grande victoire pour l’occupant. Elle a permis une accélération du fait accompli colonial et un crime de guerre resté impuni, le massacre de « plomb durci ».
Une résistance ancienne
Les Palestiniens ont tiré des leçons de leur histoire douloureuse. S’accrocher à leur terre, même quand celle-ci est détruite. Ne plus partir en exil comme en 1948 et partiellement en 1967. Réussir à vivre, à produire, à s’organiser malgré l’occupation. Il y a en Palestine un foisonnement d’associations et de syndicats. On pourrait citer le PARC (Palestinian Agricultural Relief Commitees) qui a créé une entraide entre paysans pauvres et population sans ressources, le PHCR (Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme) qui dénonce tous les crimes d’où qu’ils viennent. Les femmes jouent un très grand rôle dans cette auto organisation de la société palestinienne, surtout depuis que les hommes qui travaillaient en Israël ont été licenciés et ont perdu leurs moyens d’existence. Des syndicats indépendants défendent les employés de l’UNRWA (l’office des réfugiés de l’ONU) qui discrimine les travailleurs palestiniens. Dans les camps de réfugiés, la population, abandonnée, a su créer elle-même les logements des habitants, des centres sociaux et des associations de défense.
Depuis de nombreuses années, la population est massivement convaincue que l’ensemble des institutions issues des accords d’Oslo ne vise qu’à perpétuer indéfiniment l’occupation et qu’on ne peut attendre que le pire d’un processus de négociations piloté par l’impérialisme américain. La Palestine a été divisée par l’occupant en plusieurs entités : Cisjordanie, Gaza, Jérusalem, Palestiniens de 48 (vivant en Israël) et Réfugiés.
En 2005, 172 associations palestiniennes ont lancé l’appel international au BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) de l’Etat d’Israël. Il s’agit de s’en prendre à l’Etat d’Israël sur tous les plans (économique, politique, académique, culturel, sportif …) tant que dureront l’occupation, la colonisation, l’apartheid et l’exil des réfugiés. Cet appel a déjà remporté d’importants succès et les dirigeants israéliens sont très préoccupés par la dégradation de leur « image » qui en résulte.
La résistance en Palestine est aujourd’hui essentiellement non-violente. Elle s’est structurée avec des comités populaires unitaires qui luttent contre les destructions de maisons ou de quartiers (Silwan et Cheikh Jarrah à Jérusalem), le tracé du Mur, les confiscations de terre et les arrachages d’oliviers (Bil’in, Masara, Beit Ommar, Tulkarem …). En face, l’occupant n’est pas non-violent, 30 résistantes et résistants ont déjà été assassinés.
La division de la Palestine qui n’a pas d’Etat mais deux gouvernements rivaux est vécue justement comme une tragédie. De nombreuses manifestations pour l’unité et contre les négociations bidon ont eu lieu aussi bien à Ramallah qu’à Gaza et les deux gouvernements les ont réprimées.
En décembre 2010, la jeunesse de Gaza a publié un manifeste « Merde à Israël, merde au Hamas, merde au Fatah. Merde à l’ONU et à l’UNRWA. Merde à l’Amérique ! Nous les jeunes de Gaza, on en a marre d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations permanentes des droits de l’homme et de l’indifférence de la communauté internationale ».
En Cisjordanie, le discrédit de l’Autorité Palestinienne est massif. Lors de la 166e mission « judéo-arabe » en octobre 2010, nous avons entendu des propos très durs contre Mahmoud Abbas : « nous aurions aimé n’avoir qu’un seul adversaire et pas deux ».
En Israël, il y a 11000 prisonniers politiques palestiniens. On y trouve un franco-palestinien (Salah Hammouri), de nombreux élus du Hamas, un membre éminent du Fatah (Marwan Barghouti) et toute la direction politique du FPLP. En 40 ans, plus de 600 000 Palestiniennes et Palestiniens ont connu la prison, cela touche toutes les familles. Dès 2006, les prisonniers de tous les partis ont établi un document de réunification de la Palestine rappelant ce que devraient être les bases d’une négociation.
Tout va changer
En Tunisie comme en Egypte, les bourgeoisies essaient de toutes leurs forces d’endiguer le processus issu des révoltes, mais à l’heure où ces lignes sont écrites, elles n’y arrivent toujours pas.
Il était logique que ces révoltes atteignent la Palestine d’autant que Mahmoud Abbas avait été, avec Nétanyahou, le seul dirigeant à regretter la chute de Moubarak.
La question palestinienne a toujours été centrale dans le monde arabe, même si les mouvements populaires actuels n’en ont pas fait leur première revendication. Depuis 1967, la défaite arabe a fortement contribué à la glaciation de la région, à l’élimination des forces progressistes et à la domestication de tous les régimes en place.
En l’espace de quelques jours, l’Egypte a entrouvert puis ouvert la frontière de Rafah avec la bande de Gaza. C’est un signe fort indiquant qu’on est loin d’une reprise en main achevée en Egypte. À terme, ce sont toutes les complaisances égyptiennes qui ont accompagné les accords Begin-Sadate qui devraient être remises en cause, à commencer par les livraisons de pétrole et de gaz à bas prix.
L’ignoble blocus de Gaza établi par l’occupant (pour punir les Palestiniens d’avoir « mal » voté) avec la complicité de toute la communauté internationale est ébréché. Contre ce blocus, une flottille internationale a été arraisonnée et mitraillée en 2010 par la marine israélienne (9 morts sur le ferry-boat turc Mavi Marmara) en toute impunité. Une autre flottille internationale partira fin juin. Il y aura un bateau français. Cette fois-ci, des courants politiques qu’on avait peu vu jusque-là se mobiliser pour la Palestine (en France CGT, PCF, Mouvement de la Paix…) ont rejoint la campagne qui rencontre un grand succès populaire et a déjà collecté l’argent nécessaire. Cette flottille a les moyens de rompre le blocus et il sera beaucoup plus difficile pratiquement et politiquement pour Nétanyahou de réitérer la répression de l’an dernier.
Fatah et Hamas ont enfin signé un accord de réunification qui semble solide et reprend plusieurs points du document des prisonniers. Pourquoi cette signature maintenant ? Il y a une incontestable victoire du peuple palestinien qui exigeait la fin de la division et vit cet accord comme une victoire. Il y aussi le fait que les deux gouvernements étaient dans l’impasse. Mahmoud Abbas n’a pas obtenu la moindre miette de l’occupant malgré sa complaisance. Au contraire, Nétanyahou a utilisé cette bienveillance pour accélérer la colonisation, à Jérusalem et en Cisjordanie. Il y a maintenant 500 000 colons. Cette occupation pille la Palestine. La colonisation est aussi spatiale. Les colonies encerclent et asphyxient villes et villages palestiniens. Et Nétanyahou promet toujours plus de colonies et jamais d’Etat palestinien.
À Gaza, le Hamas est apparu quand il a pris le pouvoir comme étant un parti de la résistance. Mais il a géré, souvent de façon dictatoriale, le territoire sans aucune perspective autre qu’un nouveau massacre commis par l’occupant (1 400 morts lors de l’opération « plomb durci »).
La signature de l’accord est donc aussi un moyen pour les deux partis de rebondir.
Enfin, il y a du nouveau sur le plan diplomatique. Déjà des pays ont gelé ou rompu les relations politiques avec Israël (Venezuela, Bolivie, Turquie …). Il va y avoir probablement une demande d’adhésion de l’Etat Palestinien à l’ONU. Avec des chances importantes pour que cette demande, si elle est formulée, soit majoritaire. On change donc de période dans cette guerre. Mais attention aux illusions !
Panique en Israël
Le sionisme a traversé des périodes politiques très différentes depuis l’arrivée des premiers colons. Sa stratégie, c’est avant tout le fait accompli, l’exigence d’impunité au nom d’un crime européen (l’antisémitisme et le génocide nazi). C’est aussi réaliser l’idéal de Jabotinsky, l’idéologue de la droite sioniste dans les années 1930 : créer un mur de fer face aux « Arabes » et réaliser le « transfert », l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. Repousser sans cesse la frontière et « achever la guerre de 48 » pour reprendre le thème de campagne électorale qui avait porté Sharon au pouvoir.
Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il n’y a pas de « gauche » sioniste. Celle qui s’intitulait ainsi a participé à tous les crimes contre les Palestiniens : l’expulsion de 1948, la conquête de 1967, la colonisation, la répression, le Mur … Déjà Itzhak Rabin avait installé 60 000 nouveaux colons après les accords d’Oslo. Ses héritiers politiques sont en pleine débandade. Ils ont approuvé la guerre contre le Liban (2006) et le massacre de Gaza (2008-09). Ce n’est pas par hasard si le débat politique en Israël n’oppose que des partisans de la colonisation (les intégristes, Nétanyahou, Liberman, Livni, Barak …). Le sionisme ne désire surtout pas avoir « un partenaire pour la paix » (pour reprendre l’expression de Barak) qui l’obligerait à abandonner les parodies de négociations actuelles. Au contraire le sionisme a besoin d’avoir en face de lui le « bon Arabe » qui fera écran pour ne jamais aborder les revendications palestiniennes.
Interrogé au moment de la chute de Moubarak, l’ancien ambassadeur d’Israël au Caire (Zvi Mazel) a considéré les révolutions arabes comme une « catastrophe pour les Juifs ». Au moment de la chute de Ben Ali, la presse israélienne présentait les manifestants comme des antisémites traquant les derniers Juifs tunisiens. L’idée dominante en Israël est que la démocratie dans le monde arabe est un danger sur tous les plans. Les analystes évoquent aujourd’hui la rupture des accords de paix avec l’Egypte. Nétanyahou rappelle qu’une « attaque préventive contre l’Iran » était prévue dans son programme électoral. Son gouvernement sanctionne l’Autorité Palestinienne pour avoir signé la paix avec le Hamas, exhorte l’Occident à refuser toute discussion avec ce dernier et multiplie les pressions sur différents pays pour empêcher le départ de la flottille. Il exige comme préalable la reconnaissance d’Israël comme « Etat Juif », Sarkozy en a même rajouté en parlant de « l’Etat des Juifs ».
La politique israélienne actuelle est le résultat d’une très longue période d’impunité et d’absence de pression. Ce n’est parce qu’ils sont mal informés que les dirigeants occidentaux soutiennent inconditionnellement Israël, au point de rehausser les relations économiques entre cet Etat et l’Union Européenne et d’inonder les marchés européens de produits venant des colonies et détaxés. Ce n’est pas parce qu’il est mal informé que le gouvernement américain accompagne l’aide privée à Israël d’une très importante aide publique, économique et militaire. Aide politique aussi puisque Obama a empêché par le veto américain toute condamnation d’Israël à l’ONU. Ce n’est pas par ignorance que les troupes de la FINUL n’ont jamais tiré un seul coup de feu contre l’envahisseur israélien malgré deux occupations du Liban. Fondamentalement, l’Etat d’Israël, morceau d’Occident au Proche-Orient permettant de contrôler la région, Etat surarmé dépensant 60% de son budget dans l’armement et les technologies de pointe, c’est l’Etat d’Israël rêvé pour les dirigeants occidentaux. Un Etat d’Israël vivant en paix et sur un plan d’égalité avec les Palestiniens ne les intéresse pas.
Les années d’impunité d’Israël, celles où tout était permis, sont peut-être derrière nous. Les bouleversements dans le monde arabe et en Palestine ouvrent de nouveaux possibles. Nétanyahou ne changera pas de politique, mais ses capacités d’action vont très nettement se rétrécir, surtout si l’ensemble des dirigeants arabes suit la voie initiée par l’Egypte ou si la Palestine remporte des victoires diplomatiques. La chute de son gouvernement devient possible.
En Israël, une partie de l’opinion n’est plus représentée à la Knesset et sait que la politique menée a un côté suicidaire. Il existe une minorité de militantes et de militants anticolonialistes que Michel Warshawski appelle « la petite roue ». Ce sont diverses organisations « radicales » qui travaillent avec les Palestiniens : Centre d’Information Alternatif, Anarchistes contre le Mur, Coalition des Femmes pour la Paix et bien d’autres. Il y a un véritable enjeu à ce que, comme en 1982, cette « petite roue » puisse entraîner la grande : les centaines de milliers de personnes qui avaient manifesté contre l’invasion du Liban.
La paix ? Quelle paix ?
Déjà Shimon Pérès, qui n’est pas à un retournement près, considère qu’il faut cesser de refuser la négociation avec le Hamas. Il n’est donc pas exclu qu’on entre d’ici peu dans une nouvelle période avec la fin du blocus de Gaza, une entrée de la Palestine à l’ONU et un gouvernement israélien acceptant sous la pression de venir à la table de négociation.
Il faut garder en tête la mémoire de l’échec total d’Oslo et de ses causes.
Parler d’un Etat palestinien sans même aborder la question des frontières ou celle des réfugiés peut être dangereux. La paix passe avant tout par la reconnaissance du crime fondateur (l’expulsion des Palestiniens de leur pays en 1948) et l’examen de la réparation de ce crime. Parler de paix sans aborder ce qui est à l’œuvre (colonisation, apartheid, Palestiniens devenus un peuple de réfugiés) ne peut aboutir qu’à un échec. Parler de paix sans évoquer le fait que les 500 000 colons devront partir ou accepter la citoyenneté palestinienne n’a pas de sens
En 1988, l’OLP avait fait un pari : amnistier Israël pour 1948 et ne demander que la réparation de 1967. Le nombre de colons et d’Israéliens installés à Jérusalem Est et en Cisjordanie a triplé depuis. Les Palestiniens qui ont négocié à Oslo ont imaginé qu’il y avait des sionistes « de gauche » avec qui on pourrait négocier « la paix des braves » sur la base « la paix contre les territoires ».
Aujourd’hui, la création d’un Etat Palestinien sur la base des 22% de la Palestine historique conquis par Israël en 1967 paraît irréaliste. L’annexion n’est plus rampante, elle se veut irréversible. Curieusement le sionisme qui est au départ une théorie (colonialiste) de la séparation voulant coûte que coûte séparer les Juifs des Non Juifs, rend aujourd’hui la séparation impossible. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a quasiment autant de Juifs israéliens que de Palestiniens avec une imbrication totale. S’il y a séparation, on ne voit pas pourquoi ce serait sur la base 78% pour les uns et 22% pour les autres. S’il y a une paix fondée sur le droit international, elle devra accepter la résolution 194 de l’ONU qui proclamait le droit au retour des réfugiés palestiniens.
Quelle que soit la solution étatique envisagée, elle ne peut reposer que sur une égalité complète politique, économique et citoyenne. S’imaginer que l’idéologie sioniste dans laquelle tous les Israéliens baignent depuis leur naissance puisse accepter une telle issue, c’est se tromper lourdement. La paix suppose une désionisation d’Israël, la fin des institutions militaires, policières ou de conquête que le sionisme a créées (en particulier le Fonds National Juif KKL) et la fin de « l’Etat Juif » dans lequel les Non Juifs sont des sous-citoyens (particulièrement discriminés). Il ne peut pas y avoir de paix si les Juifs du monde entier peuvent du jour au lendemain émigrer en Israël et s’y installer. Un tel processus implique l’expulsion du peuple autochtone. Il ne peut pas y avoir de paix sans une même citoyenneté pour tous, indépendamment des origines ou de la religion.
On entre donc dans une période passionnante où le colonialisme triomphant va subir des échecs, mais aussi dans une période dangereuse. La priorité des tâches militantes actuelles, c’est affaiblir l’occupant et atteindre son image avec notamment la campagne BDS et la flottille pour Gaza. Quand on entrera dans une période de discussions, il faudra exiger que soient traitées les questions fondamentales de cette guerre : colonisation, occupation, apartheid, égalité des droits.
Pierre Stambul (FSU 13 et Union des Juifs français pour la Paix), 13 mai 2011
- Comment écrire un article sur la « réalité » israélo-palestinienne
Dans cette période troublée où le journaliste doit manifester la plus grande prudence dans le compte-rendu des événements du Moyen-Orient et éviter de choquer l’opinion publique, il est bon de rappeler quelques principes et règles qui permettront de parer aux critiques. Correctement appliquées, les préceptes et conseils ci-dessous vous éviteront d’être accusé d’opinion tendancieuse.
Pense-bête à l’usage du journaliste chargé du Moyen-Orient
- Ne jamais oublier que ce sont toujours les Arabes qui attaquent ; Israël ne fait que se défendre et agit toujours en représailles.
- Quand l’armée israélienne tue des civils arabes, c’est toujours en état de légitime défense.
- Quand des civils israéliens sont tués, cela s’appelle du terrorisme.
- Les Israéliens n’enlèvent pas les civils palestiniens, ils les capturent.
- Toujours mentionner les nécessités de sécurité pour expliquer ces captures.
- Inversement, les Palestiniens et Libanais ne sont pas habilités à capturer des militaires israéliens ! S’ils le font, le qualificatif à utiliser est enlèvement.
- Il n’est pas convenable de mentionner le nombre prisonniers palestiniens (11.000, dont 300 enfants) capturés actuellement. Si, malgré tout, vous devez en faire état, qualifiez-les de terroristes ou supposés terroristes.
- Utilisez le moins possible le terme Palestinien et préférez Arabe, terme officiel du gouvernement israélien pour désigner les habitants non-juifs des deux territoires.
- Quand vous mentionnez le « Hezbollah », toujours ajouter l’expression soutenu par la Syrie et l’Iran. Mais quand vous parlez d’Israël, il est superflu d’ajouter soutenu par les USA et l’Europe. On pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.
- Ne pas utiliser le terme « territoires occupés » mais territoires contestés. A ce propos, il est aussi préférable de dire Judée-Samarie plutôt que Cisjordanie.
- Ne jamais rappeler les diverses résolutions de l’ONU ou conventions de Genève défavorables à Israël. Idem pour les condamnations par la Cour de Justice de La Haye… Cela risque de perturber le lecteur, téléspectateur ou auditeur.
- Il est préférable de ne pas dire armée israélienne, mais d’utiliser la qualification plus sympathique de Tsahal.
- Il est de bon ton de laisser entendre que le « Hamas » est un groupe terroriste qui ne reconnaît pas l’Etat d’Israël (ces Islamistes qui ne veulent pas la Paix est un commentaire bienvenu). Surtout, ne faire aucune mention de la reconnaissance faite en 2002.
- Il n’est pas indiqué de signaler qu’Israël a toujours refusé de fixer ses frontières et ne reconnaît pas la Palestine.
- Le mot colonies doit être écarté dans vos textes, parlez plutôt d’implantations.
- Afin d’affirmer la symétrie du conflit, ne jamais évoquer l’expansionnisme israélien mais toujours parler de deux peuples se disputant un territoire.
- Au cas où vous devriez évoquer les projets de développement nucléaire de l’Iran, il n’est pas utile d’insister sur l’arsenal nucléaire militaire israélien… Et surtout pas de signaler que c’est la 6ème puissance mondiale dans ce domaine.
- Quand vous devez faire état du refus palestinien d’agréer les conditions israéliennes pour l’arrêt des hostilités, toujours ajouter que « Israël considère qu’il n’a plus de partenaire pour le processus de paix »… Si possible sur un ton de regret.
- Si vous êtes appelé à citer le « mur de séparation », ne jamais mentionner qu’il a été établi sur des terres palestiniennes annexées, mais toujours mentionner que ce mur a été érigé pour arrêter les attentats terroristes… Et éviter surtout de citer la condamnation du « Tribunal International de Justice » exigeant son démantèlement.
- Concernant les opposants à Israël, ne jamais utiliser les mots résistants ou militants… Toujours parler d’activistes. Même s’ils manifestent seulement pour la paix, ils doivent être qualifiés de pro-palestiniens.
- Au cas où vous seriez amené à reparler de « Plomb Durci », toujours reprendre la thèse israélienne : c’est le Hamas qui a rompu la trêve (ajoutez « unilatéralement » pour une meilleure compréhension)… et qu’Israël avait mis les Palestiniens en garde avant les bombardements (inutile de citer les bombes au phosphore).
- En cas de nouvelle opération visant à briser le blocus de Gaza, utilisez des expressions telles « cette flottille de soi-disant pacifistes » ou « acte de provocation »… et surtout évitez les commentaires du style « blocus illégal d’Israël, condamné par l’ONU ».
- Si vous en avez l’occasion, affirmez qu’Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient. Evitez, évidemment, d’ajouter que cette qualité ne concerne que la population blanche et juive du pays.
- Ne faites aucune critique de la volonté du gouvernement actuel de transformer le terme Israël en Etat Juif, excluant de facto les 20% de musulmans de la population. Toujours éviter la référence religieuse à ce propos.
- Les Israéliens parlant mieux le français que les Arabes, donnez-leur souvent la parole. Ils peuvent mieux nous expliquer les règles précédentes et vous affirmerez ainsi votre neutralité journalistique.
- Livres
« Gaza » : Gideon Levy
« Chroniques de gaza » : Christophe Oberlin
« le Mur de Fer » : Avi Shlaïm
« La guerre de 1948 en Palestine » : Illan Pappé
« Comment le peuple juif fut inventé » : Shlomo Sand
« Le Nettoyage ethnique de la Palestine » : Illan Pappé
- Sites internet
Breaking The Silence : http://www.shovrimshtika.org/about_e.asp
B’Tselem : http://www.btselem.org/English/
AFPS : http://www.france-palestine.org/
EAPPI : http://www.eappi.org/
Blog de Julien Salingue : http://juliensalingue.over-blog.com/article-20777756.html
Campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) : http://www.bdsfrance.org/
DCI : http://www.defenceforchildren.org/
Ma’an News Agency : http://www.maannews.net/eng/Default.aspx
+972 : http://972mag.com/
- Theodor Herzl, de son nom hébreu Benjamin Ze’ev né le 2 mai 1860 à Budapest (Autriche-Hongrie) et mort le 3 juillet 1904 à Edlach (actuelle Autriche), est un journaliste et écrivain juif autrichien. Fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897, il est l’auteur de Der Judenstaat (« L’État des Juifs ») en 1899 et fondateur du Fonds pour l’implantation juive pour l’achat de terres en Palestine. ↑
- Le livre de Josué est le premier livre des Prophètes pour la tradition juive et le sixième livre de l’Ancien Testament chrétien. ↑
- Alya est un mot hébreu signifiant « ascension » ou « élévation spirituelle ». C’est l’immigration en Terre sainte d’ un Juif. ↑
- Steve Chan, Anita Shapira, Derek Jonathan, Israeli Historical Revisionism: from left to right, Routledge, 2002. ↑
- La Légion juive est un projet visant à constituer une armée juive qui défendrait les intérêts sionistes en Palestine, dans le cadre de la fondation d’un « foyer national juif » dans cette région. Ce projet fut mis en œuvre sous direction britannique pendant la Première Guerre mondiale. Les unités juives seront dissoutes en 1918 et 1919, mais la revendication d’une légion juive a continué à être soutenu jusque dans les années 1930. ↑
- L’Irgoun ( organisation ), est une organisation armée sioniste en Palestine mandataire, née en 1931 d’une scission de la Haganah, et dirigée à partir de 1943 par Menahem Begin. ↑
- Haganah signifie « défense » en hébreu. Il s’agit d’une organisation clandestine sioniste créée en 1920, qui se voulait une force de protection pour les Juifs ayant émigré en Palestine. ↑
- Avi Shlaim, le mur de fer, Israël et le monde arabe, BUCHET/CHASTEL, 2008. ↑
- Knesset : parlement israélien basé à Jérusalem ↑
- Shlomo Sand : Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de « Comment le peuple juif fut inventé », Fayard, 2008. ↑
- Heinrich Graetz (né le 31 octobre 1817 – décédé le 7 septembre 1891) a été parmi les premiers historiens à écrire une histoire complète du peuple juif dans une perspective juive. ↑
- Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Gallimard, 2004. ↑
- Le Temple de Salomon, également connu sous la dénomination de Premier Temple, fut, selon la Bible, le premier temple juif de Jérusalem, construit par le roi Salomon. Sa construction fait l’objet, dans la Bible hébraïque, des chapitres 6 à 8 du Premier livre des Rois. Il agissait comme un foyer de la vie religieuse et culturelle, étant le lieu des sacrifices décrits dans la Torah sous le nom de korbanot. La date supposée de son achèvement se situerait aux alentours du xe siècle av. J.-C., celle de sa destruction par les Babyloniens en -586. Le temple de Salomon aurait été construit dans la partie est de l’actuelle Vieille ville de Jérusalem, dans le secteur de l’Haram-el-Charif. La partie la plus haute de l’édifice, aujourd’hui couverte par « le Dôme du Rocher » peut avoir été le sanctuaire intérieur. Le Temple de Salomon abritait l’arche d’alliance et était couvert d’or en provenance d’Ophir. ↑
- Les Samaritains sont un peuple peu nombreux se définissant comme descendant des anciens Israélites, et vivant en Israël et en Cisjordanie. Les Samaritains offrent le paradoxe d’être à la fois une des plus petites populations du monde, puisqu’ils sont 712 en 20071, et une des plus anciennes dotées d’une histoire écrite, puisque leur existence est attestée au Ier millénaire av. J.-C.en Samarie. Ils ont dominé cette région jusqu’au vie siècle, dans le nord de l’actuel Israël. Leur religion est fondée sur le Pentateuque, comme le judaïsme. Cependant, contrairement à celui-ci, ils refusent la centralité religieuse de Jérusalem. Bien qu’ils soient apparus avant le développement du judaïsme rabbinique et que cette différence ne soit donc pas à l’origine de leur divergence, ils n’ont pas de rabbins et n’acceptent pas le Talmud du judaïsme orthodoxe. Les Samaritains refusent également les livres de la Bible hébraïque postérieurs au Pentateuque (Livres des prophètes et livres hagiographes). Ils ne se considèrent pas comme Juifs, mais comme des descendants des anciens Israélites du royaume antique de Samarie. À l’inverse, les Juifs orthodoxes les considèrent comme des descendants de populations étrangères (des colons Assyriens de l’Antiquité) ayant adopté une version illégitime de la religion hébraïque, et à ce titre refusent de les considérer comme Juifs, ou même comme des descendants des anciens Israélites. Ils sont reconnus comme Juifs par l’État d’Israël. ↑
- Les Zélotes (ou zélés, Qiniim en hébreu, de qina, jaloux, exclusif, sur la racine QYN, Caïn), sont les groupes qui combattent le pouvoir romain les armes à la main pendant la Première Guerre judéo-romaine. Leurs détracteurs de l’époque les appellent aussi les Galiléens. Révoltés au départ contre le recensement de Quirinius, qui permet l’impôt « par tête », ils se radicalisent et finissent par s’attaquer aussi bien à leurs compatriotes jugés timorés ou soupçonnés de collaborer avec les Romains, qu’aux païens qui – pensent-ils – souillent la Terre promise par leur seule présence. Les Zélotes constituaient un des courants du Judaïsme du premier siècle. ↑
- Le Talmud est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique, ne cédant en importance qu’à la Bible hébraïque dont il représente le versant oral. ↑
- L’Agence juive est une organisation sioniste créée en 1929 sous le nom d’Agence juive pour la Palestine pour être l’exécutif de l’Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique. ↑
- SDN : Société des Nations ↑
- La Ligue arabe, officiellement la Ligue des États arabes, est une organisation régionale à statut d’observateur auprès de l’ONU. Elle fut fondée le 22 mars 1945 au Caire, par sept pays et compte aujourd’hui vingt-deux États membres. L’organisation de la Ligue arabe repose sur quatre organismes principaux : le sommet des chefs d’État, le Conseil des ministres, les comités permanents et le Secrétariat général dirigé par Nabil Al-Arabi depuis 2011. De plus, divers organismes ont été créés en application de traités qui complètent le pacte de 1945 et plusieurs agences spécialisées travaillent en étroite collaboration avec elle. ↑
- Illan Pappé : Le nettoyage ethnique de la Palestine, fayard ↑
- Pour les Palestiniens c’est la Nakba « désastre » ou « catastrophe » qui fait référence à l’exode de la population arabe palestinienne qui se produisit pendant la période que les historiens nomment guerre de Palestine de 1948 et qui couvre les six derniers mois du mandat britannique de Palestine et la première guerre israélo-arabe. ↑
- Le massacre de Deir Yassin s’est produit le 9 avril 1948 durant la guerre de Palestine. Il a été perpétré par 120 combattants de l’Irgoun et du Lehi. Les historiens évaluent aujourd’hui le nombre de tués aux alentours de 100 à 120 personnes avec une majorité de civils, femmes et enfants. À l’époque, la presse et différents commentateurs rapportèrent le nombre de 254 victimes. ↑
- Alain Gresh, Dominique Vida : Palestine 1947, un partage avorté, André Versaille éditeur ↑
- Benny Morris : 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, 2008 ↑
- L’Organisation de libération de la Palestine, est une organisation palestinienne politique et paramilitaire, créée en mai 1964. L’OLP est composée de plusieurs organisations palestiniennes, dont le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP). ↑
- Le Hamas, « Mouvement de résistance islamique »), est un mouvement politique et religieux palestinien se revendiquant de résistance. Créé en 1987 par Sheikh Ahmed Yassin, Abdel Aziz al-Rantissi et Mohammed Taha, tous trois issus des Frères musulmans, son programme, exprimé dans sa charte, est la destruction de l’État d’Israël et l’instauration d’un État islamique palestinien sur toute la terre de l’ancienne Palestine (c’est-à-dire incluant les actuels État d’Israël, Cisjordanie et bande de Gaza). Ne reconnaissant pas Israël (qu’il nomme « entité sioniste ») et rejetant les accords d’Oslo signés en 1993 entre Israël et l’Autorité palestinienne, le Hamas s’oppose sur ce point au Fatah – principale force politique palestinienne concurrente, qui reconnaît l’existence d’Israël et prône la création d’un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël. Le Hamas, considéré comme le plus important mouvement de résistance palestinien actuel dans le cadre du conflit israélo-palestinien, se définit lui-même comme un mouvement trouvant ses principes dans le Coran et se battant au nom de l’islam. Certains observateurs y voient une « organisation aux buts militaires prospérant sur un réseau caritatif ». Les actions militaires du Hamas, via sa branche armée notamment constituée par les Brigades Izz al-Din al-Qassam, prennent pour cible aussi bien les militaires que les civils israéliens. Entre avril 1993 et 2005, le Hamas a organisé des attentats suicides visant essentiellement des civils. Le dernier attentat-suicide contre Israël revendiqué par le Hamas remonte ainsi à janvier 2005 ; il a déclaré en avril 2006 renoncer à ce type d’actions, préférant alors tirer des roquettes de type Qassam sur des villes israéliennes, dont Sdérot. Le Hamas est classé terroriste par de nombreux États, dont Israël. Il est sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis d’Amérique et de l’Union européenne. Il est également considéré comme terroriste par le Japon. En revanche, pour la Grande-Bretagne et l’Australie, seule la branche armée du Hamas est classée comme terroriste. La plupart des autres pays du monde, notamment l’Afrique du Sud, la Russie, la Norvège, le Brésil ne reprennent pas le Hamas sur la liste des organisations qu’ils considèrent comme terroristes. ↑
- 1400 victimes palestiniennes dont 400 enfants. 13 soldats israéliens. ↑
- Gideon Lévy est un journaliste connu en grande partie pour s’être élevé dans des médias israéliens pour dénoncer la politique israélienne à propos des territoires disputés en Cisjordanie. Il critique la politique du gouvernement israélien à Gaza, les médias et la société israélienne, selon-lui insensible au sort des habitants des Territoires occupés. Il tient dans Haaretz une chronique hebdomadaire sur des activités l’armée Israélienne sous le titre de « Twilight Zone » soit « zone grise ».Il se définit comme un patriote israélien. En tant que journaliste, son journal l’a envoyé en mission à Sarajevo pendant la guerre des Balkans. ↑
- Rapport d’Amnesty International : Operation cast Lead. ↑
- Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA) ↑
- Ligne Verte : Le terme de ligne verte se réfère à la ligne de démarcation datant de l’armistice de 1949 entre Israël et certains des pays arabes voisins (Syrie, Liban,Transjordanie, et Égypte), à la fin de la guerre israélo-arabe de 1948. Aujourd’hui, elle désigne les frontières internationalement reconnus de l’État d’Israël avec la Cisjordanie, la bande de Gaza et le plateau du Golan. Tandis qu’elle est considérée, notamment par les résolutions de l’ONU, comme une base à la définition des frontières du futur État palestinien, les Israéliens n’y voient qu’une ligne d’armistice « temporaire ». Le tracé controversé de la barrière de séparation entre Palestiniens et Israéliens ne suit la ligne verte que sur 20 % de son tracé seulement1, englobant des blocs de colonies israéliennes, des villages et des terrains agricoles palestiniens. ↑
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Avraham Stern (23 décembre 1907 – 12 février 1942) est un écrivain et poète, ainsi que le fondateur du groupe de lutte armée Lehi,
encore appelé Bande Stern ou Groupe Stern . Il est proche au début des années 1930 de la faction « Brit Ha’birionim » au sein du parti révisionniste, qui regroupe la droite nationaliste sous l’autorité de Vladimir Jabotinsky. Cette faction est la plus à droite du parti, proche du fascisme italien. Après la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, l’Irgoun, convient d’un cessez-le-feu avec les Britanniques au nom de la lutte contre les nazis. Stern refuse ce cessez-le-feu et quitte alors les rangs de l’Irgoun. Avec ses partisans, il crée le Lehi (Lohamei Herut LeIsrael, « Combattants pour la liberté d’Israël), connu aussi sous le nom de « Groupe Stern« . Le Lehi cesse les attentats anti-arabes, et engage la lutte armée contre les Britanniques. Totalement rejeté par le reste du Yishouv, très isolé, le Lehi tente un rapprochement avec l’Allemagne nazie, au nom de la différence entre l’ennemi (les Anglais qui veulent créer un état à majorité arabe en Palestine) et le persécuteur (l’Allemagne, qui voudrait chasser les Juifs d’Europe – Stern ne croit pas à un génocide). Dans l’optique de Stern, le persécuteur peut aider au regroupement des juifs en terre sainte, quand l’ennemi s’y oppose. Après plusieurs attentats meurtriers anti-anglais, La police et les services spéciaux britanniques offrent un prix de 1000 livres pour la capture de Stern. Le 12 février 1942, les Britanniques découvrent sa cachette dans les quartiers sud de Tel Aviv. Un officier britannique le tue d’une balle après sa capture. ↑
- UNRWA : United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East ↑
- Le plan Allon a été élaboré par le ministre de la défense Ygall Allon juste après la victoire de 67. Il l’a présenté le 26 juillet au premier ministre de l’époque : Levi Eshkol . Ce plan a été rendu public en 1976 , 9 ans plus tard . Ce plan était bâtit sur des considérations de sécurité et de démographie : il fallait le maximum de sécurité pour Israël et pour Jérusalem ,tout en reprenant le minimum d’arabes « intramuros » de façon à éviter d’être submergé démographiquement …. ↑
- CBS : Central Bureau of Statistics ↑
- PCBS : Palestinian Central Bureau of Statistics ↑
- OCHA : Office for the Coordination of Humanitarian Affairs ↑
- Bantoustans : ghetto pour « noirs » en Afrique du sud ». ↑
- Résolution 181 : plan de partage de la Palestine
Résolution 194 : droit au retour des réfugiés palestiniens
Résolution 446 : colonisation
Résolution 478 : annexion de Jérusalem Est
etc … ↑
- DCI : Defense for Children International ↑
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Le Temple d’Hérode fut une extension massive du Second Temple, y compris une rénovation du Mont du Temple. Elle fut initiée par Hérode Ier le Grand vers -19. Ce Temple fut détruit par l’empereur romain Titus en 70, il n’en reste aujourd’hui comme vestige que les murs de soutènement de l’esplanade construite par Hérode et les restes des arches qui permettaient l’accès à l’esplanade.
Le Mur Occidental dit Mur des Lamentations constitue une partie du mur de soutènement ouest.
Le terme usuel de Mur des Lamentations fait allusion aux pèlerins venant y pleurer la destruction du Temple et l’exil du peuple juif. Mais les lamentations ne sont plus de mise depuis la restauration de l’État d’Israël, et l’appellation Mur occidental est le terme idoine, car c’est la traduction exacte de l’hébreu Kotel hamaaravi, et ce mur est effectivement le mur ouest du Temple détruit par les armées de Titus en l’an 70. ↑
- Miraj : L’isrâ est, pour les musulmans le voyage nocturne que leur prophète Mahomet aurait fait de La Mecque à Jérusalem puis au paradis et aux enfers. Il est suivi par le mi`râj « échelle, ascension » quand Mahomet serait monté aux cieux puis descendu aux enfers en compagnie de l’ange Gabriel sur une monture appelée Bouraq après être allé sur le mur du temple à Jérusalem. ↑
- Le royaume de Juda devient alors la province perse de Yehoud (en araméen). Les Judéens deviennent alors les Yehoudim, les Juifs… ↑
